Décès de Pierre Autin-Grenier

Immense immense tristesse. Pierre Autin-Grenier nous a quittés ce matin à 6h. Un être rare, un ami. Je t’embrasse, Pierre. Le silence ne sera plus jamais le même.


C’est par ces mots que Jean-Jacques Marimbert annonçait ce matin la triste nouvelle du décès de Pierre Autin-Grenier. Son message était accompagné de ces quelques lignes extraites des Radis bleus de celui qui disparait ainsi .

"Assez souvent, cela commençait par la fin. Il disait : "Je crains que cette étrange maladie ne soit la mort". Il mourait. Tout ce qui était accessoire avait été supprimé ; ne subsistait que l’essentiel : un grand lit blanc, une fenêtre par laquelle on pouvait voir la mer, un chien.
Certains auraient souhaité qu’il y eût quelque action d’éclat, de la coutellerie fine, des étoffes lacérées bruyamment, ou bien que s’engage alors un long dialogue quant à l’inutilité de tout. D’autres espéraient l’arrivée impromptue de personnages importants dont ils eussent pu, éventuellement, tenir le rôle.
Lui ne se sentait pas de peau en trop pour ainsi perdre son temps. Il tenait à mourir d’entrée. C’était d’ailleurs le seul effet valable de toute la pièce."

Lundi 11 avril. Saint Stanislas.

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Le relire encore et encore :

DISTANCES
« Je sens qu’une grande muraille de sable en moi sans cesse avance qui, insensiblement, d’un mot l’autre bientôt me portera aux rives de l’absolu silence. » Aucune terre, disait-il encore, n’est jamais vraiment gagnée sur la mer. C’est folie de vouloir prendre la parole pour ultime refuge, quand alentour tout appelle avec force à se taire. Droit sur les marches du perron, comme décidément seul au centre d’un désert, le regard fixe tout au loin égaré par travers ses étranges visions qu’agitent ça et là d’invisibles musiques…

L’époque se donnait-elle corps et âme au mensonge, il enseignait, infatigable, le devoir d’oser. À peine sonnée l’heure de vérité momentanément comblant ses vœux qu’il entreprit aussitôt d’apprivoiser pour le quotidien les farouches déceptions à venir. Cependant l’indomptable impatience des incrédules bien vite rendit caduc son discours ; le bonheur immédiat comme toujours menaçait, inutiles furent les exhortations et vaines les prières : masques et rumeurs déjà emboîtaient le pas aux porteurs de bannières. Alors, dans le fracas des délires et le triomphe des chimères, d’un coup s’évanouirent ses dernières espérances.

Usé mais vivant, il s’en remit pour un temps à la fragilité des oiseaux, au simple souci qu’ont les arbres de durer, aussi à des pluies passagères. Bientôt les mots eux-mêmes l’abandonnèrent…

Aujourd’hui, assis seul sur un bord de divan ou debout sur le perron, la tête enfiévrée d’or et de poussière, c’est lui l’homme couvert de haillons qui, infiniment, rêve aux barques que l’on peut voir, là-bas, osciller tranquilles sur le lointain des vagues, tout près des îles, lorsque la mer est calme et qu’enfin plus rien ni personne ne l’habite."

extrait de "Chroniques des faits" de Pierre Autin-Grenier. Illustrations Georges Rubel, frontispice Ronan Barrot. © éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2014
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