La Ventolière en plastique | Marius Chivu, traduit par Fanny Chartres

elle dit qu’elle est une ventolière en plastique
elle me chuchote qu’elle a des robes en kiwi
des pulls en bois parfumé
un jardin de macarons
et des plages aux sables parlants
elle croit qu’elle est la ventolière en plastique
et que ma joue a l’odeur
des mèches du plaisir
mens sana in soprana chante-t-elle
tout en confiant sa folle envie de prunifères de génisse

elle est la ventolière en plastique
elle dévore la vigilance
et veut caresser les oiseaux en gestation
quelque chose n’est pas à sa place me chuchote-t-elle
d’un air perplexe
lorsque je lui coupe les ongles pour ne pas qu’elle se blesse
elle mord les fleurs au lieu de les sentir
et pleure quand je lui demande
est-ce que tu rêves encore ?

hier nous étions lundi alors quel jour sommes-nous aujourd’hui
et qu’y a-t-il après janvier
parmi ces animaux lequel est le cheval
comment s’appelle le fruit dans la petite corbeille
(ne mange pas la serviette)
comme il est dur de faire un 4 et le chapeau du î
regarde quelles jolies formes a le 8 : il ressemble à shakira
non, cette tranche n’est pas le pain de Dieu
arrête de me dire monsieur
allez répète après moi :
bonjour je m’appelle lidia tu es mon fils marius

elle est encore jeune, m’encouragent-ils
elle va peut-être se remettre à bouger
elle va peut-être se rappeler
il va falloir qu’elle réapprenne tout ce qu’elle aura oublié
patience
patience
la patience est la mesure du véritable amour

nous nous caressons dans des mondes parallèles
à présent nous sommes
seulement liés par une fiche de dossier glissé dans une pile
haute jusqu’au plafond

*****
spune că e vîntureasa de plastic
îmi şopteşte că are rochii de kiwi
pulovere din lemn parfumat
o grădină de macaroane
şi plaje cu nisipuri cuvîntătoare

crede că e vîntureasa de plastic
şi că obrazul meu miroase
a şuviţe de plăcere
mens sana in soprana cîntă ea
tînjind şi azi la prunifere de viţică

e vîntureasa de plastic
şi înfulecă vigilenţă
vrea să mîngîie păsări gravide
ceva e nelalocul lui îmi şopteşte
nedumerită
cînd îi tai unghiile pentru a nu se răni
muşcă din flori în loc să le miroasă
şi plînge cînd o-ntreb
oare tu mai visezi ?

ieri a fost luni deci ce zi e astăzi
şi ce vine după ianuarie
care dintre aceste animale e calul
cum se numeşte fructul din coşuleţ
(nu mînca şerveţelul)
cît de greu e să faci un 4 şi căciuliţa la î
uite ce forme frumoase are 8-ul : seamănă cu shakira
nu, felia asta nu e pîinea lui Dumnezeu
nu-mi mai spune matale
haide, repetă după mine :
bună dimineaţa mă cheamă lidia tu eşti fiul meu marius

e încă tînără, mă încurajează ei
poate o să se mişte din nou
poate o să mai ştie
va trebui să înveţe tot ce nu-şi va reaminti
răbdare
răbdare
răbdarea e măsura adevăratei iubiri

ne mîngîiem din lumi paralele
deocamdată ne aparţinem
doar în fişa unui dosar dintr-un teanc
înălţat pînă la tavan


L’auteur : Marius Chivu, né en 1978 à Horezu (Roumanie), est écrivain, traducteur et journaliste. Il est rédacteur en chef des revues culturelles Dilemateca et Dilema Veche pour lesquelles il publie également des critiques littéraires. Il a traduit les oeuvres d’Oscar Wilde, Lewis Carroll et Tim Burton. En 2012, il publie La Ventolière en plastique qui sera encensé par la critique et récompensé de deux prix littéraires (celui de l’Union des écrivains et de la revue Observateur culturel).
La traductrice : Fanny Chartres, à qui l’on doit notamment le très beau Blues pour chevaux verts de Letiția Ilea (Editions Le corridor bleu – 2012)
L’illustrateur : Dan Stanciu

Lucie Taïeb - 28 août 2014