Jean-Marie Barnaud | Le don furtif

Jean-Marie Barnaud vient de publier Le Don furtif aux éditions Cheyne.

Le poème que vous allez lire en est extrait.
Lire Jean-Marie Barnaud c’est faire l’expérience que se distendent soudain les discours assourdissants dès que se fait entendre une voix qui saisit la présence de la langue dans le monde alentour. Cette langue, ces poèmes disent ce qu’il en est de ceux, proches ou inconnus, qui nous côtoient, le don généreux que sont les arbres, le ciel, la nuit, les rêves et le matin.

Jean-Marie Barnaud sur remue.





Toujours ce même geste
du matin :
Le dormeur remonte en vain
la mécanique des rêves
Il efface la nuit
de son visage

À pas lents
le petit jour est aux fenêtres
Il porte le temps sur ses épaules
Il n’a que faire des traits crispés
des mains des dos vrillés
des âmes en charpie
Simplement
à la dérobée
il va dénouer les ombres

Tous les matins
cette jeunesse passe
Notre chance peut-être

Qui croit la saisir
la discrète
ne saisit que ses jeux
obliques

Quelques feuilles en grappes
qu’elle a touchées
illuminent un arbre noir
Et chaque objet
sur quoi se pose
l’invisible main
prend feu
devient visage

Bientôt une autre nuit
éteindra toutes ces lampes
notre absolu
multiple
et minuscule

22 octobre 2014