"ANTHROPOS", de Jean-René Lassalle

ANTHROPOS

beaucoup, polla, pollen

première version tracée d’une torse baguette sur le sable

rien n’est plus inventoriant que l’il-y-a / car ses lettres sont ensuite effacées d’un pied nu

soutenant vers la voiture au réveil de l’anesthésie

il y a : beaucoup (πολλα) de merveilles d’horreur, deïnos, ungeheuer

mais aucune/rien n’est plus effroyable considérable étrange

je ferme les volets par les oreilles

hallucinant déchirant sublime résonnant accidentel

ferme les fenêtres des yeux

exorbitant particulier que l’être humain anthropos

jacquet naviguant la nuit lactée constellé par vent du sud

bâtissant réparant habitations contournées par la brise

entourées de semés labyrinthes de maïs voltaïques à l’aube

successivement le doigt doucement sur le visage

sous la circulation irréelle de flux contaminés par exponentielles interconnectées

« den plirono » je ne paie pas, avec prudence dépliant

panoramique de conséquences, s’approprie les formes du maelström avec art

je ferme la porte de la bouche

jusqu’à ce que l’entende traduit par le vent sur lequel est écrit

je tourne la clé du nez

et du langage, et les pensées vives comme l’air

mots non-perçus emportés persistent entretissés floraux entre les maux

et les mégapoles recelant dignités

c’est la voie d’un Jaume sur le pont transparent dessus clignotis de nébuleuses

les a tous appris appréciés étudiés compris oubliés remémorés

modulant équivalence/différence écrite calme sur l’eau scintillante du matin jusqu’au soir

et les balles traçantes vertes et rouges évitées dans les passages, pantoporos, aporos,

courant toutes routes, en déroute, arrivant, à rien/nichts, repartant

poussant depuis sa barque fins rondins à former idéogrammes flottés sur lac reflète-ciel

ou déployant les corolles du rien pour soi donc pour d’autres

comme une mélodie à clapets en écho sous un pont à rivets

voyageant avec l’ample cymbale de cuivre doré-gong sur son dos

mais rien n’est plus, incommensurable comme l’être

humain viscère-œil-cerveau, wanderer devant ηλιοϛ

écrit sur le sable, écrit sur le vent, écrit sur les eaux

rien, n’est plus, insoutenable ahurissant inadmissible chérissable

imperturbable, intraduisible et transposé

que tout humain, l’eau

mirrorant ciel changeant


Dessin de l’artiste français Jean Marie Boivin (1950), résidant à Berlin <brW

Jean-René Lassalle  :

né en 1961 en Aquitaine, vit et travaille à Fribourg en Allemagne.

Poésie :

La Forêt de signes (Rafael de Surtis, 1999)

Triling (Cynthia 3000, 2008)

poèmes, carrés (Grèges, 2012)

Traductions de l’allemand :

Friederike Mayröcker : Métaux voisins (Atelier de l’Agneau, 2003)

Paul Wühr : Matière à l’autre bout l’esprit (Grèges, 2006)

Participation à la traduction collective d’Oskar Pastior : Lectures avec tinnitus (Grèges 2010)

Franz Josef Czernin : Le Labyrinthe d’abord invente le fil rouge (Grèges 2011)

Contribution mensuelle au site internet Poezibao (un passionnant article sur la poésie multilingue ici)

Publications en revue  : K.O.S.H.K.O.N.O.N.G., Ligne 13, Mütze, Ink, La Feuille

Collaboration avec artistes (Isabelle Chemin, Jean Marie Boivin) ou musiciens (Das Synthetische Mischgewebe, Jeff Arnal/Dietrich Eichmann)Collaboration avec artistes (Isabelle Chemin, Jean Marie Boivin) ou musiciens (Das Synthetische Mischgewebe, Jeff Arnal/Dietrich Eichmann)

Participation à des collectifs : Rapsodes (La Différence 1998), Le Jardin Ouvrier (Flammarion 2008),), Book Machine Paris (Centre Pompidou, 2013)

Participation au festival POEMA/écritures contemporaines (Lorraine 2014)

Lucie Taïeb - 13 janvier 2015