Shaimaa El Sabbagh | Une lettre dans mon sac à main

Dimanche 25 janvier, Shaimaa El Sabbagh, militante « de gauche », trente-trois ans, mère d’un enfant de cinq ans, a été tuée d’un tir de chevrotines dans la tête en allant déposer une couronne de fleurs place Tahrir, au Caire, pour le quatrième anniversaire de la révolution de 2011. Elle était poète, voici un de ses poèmes traduit de l’anglais par Henri Jules Julien.





Je ne suis pas sûre
Vraiment, il n’était rien de plus qu’un sac à main
Mais quand je le perdais, c’était tout un problème
Comment affronter le monde sans lui
Surtout
Parce que les rues se souviennent de nous ensemble
Que les magasins le connaissent plus que moi
Parce que c’est lui qui paie
Qu’il connaît l’odeur de ma sueur et qu’il l’aime
Qu’il connaît les différents autobus
Qu’il s’est lié aux conducteurs
Qu’il a mémorisé le prix du ticket
Qu’il a toujours la monnaie exacte
Une fois j’avais acheté un parfum qui ne lui plaisait pas
Il avait tout renversé et interdit d’en mettre
Au fait
Il adore aussi ma famille
Et il avait toujours la photo
De chacun de ceux qu’il aimait

Comment pourrait-il se sentir en ce moment
Aurait-il peur ?
Serait-il dégoûté de la sueur d’un qu’il ne connaît pas
Agacé par les nouvelles rues ?
S’il s’arrêtait à un des magasins où nous allions ensemble
Aimerait-il les mêmes articles ?
Quoi qu’il en soit, il a les clés de la maison
Et je l’attends

26 janvier 2015