Là-bas/ci-gît/suis de Henri Droguet

Là-bas/ci-gît/suis, Henri Droguet, Collection Textes nus, Approches Editions, Le bourg, 03360 Vitray, 3,50 €.



Bruno Fern sur remue.



Dès le titre de ce dernier opuscule, on est fixé sur le cap choisi par l’auteur : d’une part, la gravité et l’humour étroitement mêlés par le calembour et d’autre part le flottement existentiel du sujet énonciateur, loin de tous ceux qui sont sûrs d’être qui ils sont. D’ailleurs, la suite (deux longs poèmes intitulés Sans commentaire et C’étaient) confirme ces deux orientations, dans un pur style droguettien, c’est-à-dire une impureté lexicale qui mêle tous les registres, du trivial (« beurré salé le ciel excessi / vement feuilleté foutoir ») au plus savant (« désavoeux palingénésies » ou « sans trimètres amphibrachiques »). Le lecteur s’y retrouve aussitôt emporté dans un univers où priment les éléments naturels à dominante marine, comme souvent dans les textes d’Henri Droguet [1]. C’est dans ce déferlement incessant qu’apparaît de temps à autre la figure d’un pas-beau parleur, à la fois précaire (« qui dira : in my end / is my beginning et vice-versa ») et affirmé par l’énergie même de l’écriture, en particulier dans ses composantes rythmiques (car la pratique du vers n’est pas, ici, que le simple à-la-ligne du VIL [2] encore trop répandu mais tranche dans le cours habituel, c’est-à-dire le plus souvent amorphe, de la langue) et sonores (allitérations, assonances et tutti quanti). C’est ainsi qu’en oscillant entre la 1ère et la 3ème personne l’auteur ramène sa phrase mais sans trop y croire, suffisamment lucide quant aux limites de son entreprise, et va même jusqu’à exposer d’apparentes maladresses :

médiocre formel l’écriveur

transite et c’est rien

à la toute fin

il n’aura plus plu.

Bruno Fern

18 février 2015

[2Vers International Libre (cf. Jacques Roubaud).