Turbulences entre un romancier et son narrateur

« Souviens-toi que ton premier devoir est d’être aussi complet que possible –
afin d’accomplir une œuvre parfaite. Sois généreux et délicat,
et puis, pour parler vulgairement, fonce ! »
Henry James, L’Art de la fiction, 1884 [1].





1. Au temps d’avant le massicot, celui qui lisait Les Ambassadeurs de Henry James [2] gardait un coupe-papier à portée de main afin de couper les centaines de feuillets au fur et à mesure ou livre après livre d’égale longueur, il y en a douze, le roman ayant d’abord paru en feuilleton dans la revue The North American Review avant de paraître en volume en 1903.

On débarque dans le roman par un port de Grande-Bretagne, sur les pas de Lewis Lambert Strether, personnage principal et narrateur au nom dérivé du Louis Lambert balzacien [3]. Jamais à court de questions, hypothèses, constructions mentales, incohérences reconnues et identifiées comme telles, Strether est le premier à concéder qu’il ne comprend pas grand-chose à la situation où il se trouve et se trouvent les personnages distribués autour de lui. En changeant de continent, des États-Unis à l’Europe, en changeant de ville, de Woollett, Massachusetts, à Paris où il va séjourner et le roman se dérouler, il a dû renoncer à sa grille de lecture habituelle — les mots ne disent plus ce qu’ils disaient : ils en disent plus ou pas assez ; les situations ne sont plus cernables : elles débordent ou se dérobent. Ce qu’il découvre a pourtant peu à voir avec l’apocalypse qu’on lui avait annoncée avant son départ, ce décalage entre ce à quoi il s’attendait et ce qu’il voit le tourmente : est-il de son fait ?

Sarah devait, à coup sûr, s’être déjà mise à sentir cela en lui – ce qui naturellement lui donnait le pouvoir de le tourmenter d’autant plus, du moment qu’elle savait qu’il pouvait être tourmenté !
« Mais pourquoi pouvez-vous l’être ? lui demanda sa compagne surprise par l’emploi de ce mot.
— Parce que je suis ainsi fait… je pense à tout.
— Ah, on ne doit jamais faire cela ! dit-elle en souriant. On doit penser à aussi peu de choses que possible.
— Alors on doit bien les choisir, répliqua-t-il. Mais tout ce que je veux dire, c’est… car je m’exprime avec violence… qu’elle est en position de me surveiller. Il y a un moment d’incertitude pour moi, et elle peut me voir en train de me tortiller. Mais mon tortillement n’a pas d’importance, poursuivit-il. Je peux le supporter. Et puis, en me tortillant, je me dégagerai. […] Quand je dis incertitude, vous savez, fit-il en riant, j’entends incertitude sur mon propre cas aussi ! »

Au livre XI du roman, le désir d’échapper à la chaleur estivale et au tourbillon de ses pensées amène Strether à s’éloigner de Paris, afin de toucher du doigt ce qu’il appelle « la ruralité française ». Voulant être de retour le soir même, il calcule qu’il ne doit pas s’éloigner de plus de quatre-vingts minutes ferroviaires. Il choisit un train qui desservira toutes les gares de façon qu’il pourra descendre dès qu’il aura atteint sa destination : reconnaître, dans le paysage réel, le paysage peint qu’il a en tête.
Ce projet est à l’opposé de la façon dont il s’est conduit jusqu’ici. Depuis son arrivée en Europe, il se laisse absorber par les paroles, les propositions, les jugements, le mode de vie de tous ceux qu’il rencontre et qu’il juge « merveilleux », ce qui ne le déstabilise pas moins que s’il ne se heurtait qu’à mésententes et oppositions. Plus les semaines passent et plus il s’émerveille, mais moins il comprend. Les certitudes morales, intellectuelles, culturelles qu’il avait en arrivant s’écroulent les unes après les autres.
Pour la première fois une image personnelle le fait agir : le souvenir d’un tableau peint par un certain Lambinet. Admiré dans une galerie d’art de Boston quelques années auparavant, seul son prix élevé l’avait empêché de l’acheter. Il veut voir « la restauration dans la nature de cette heure si ancienne et jamais oubliée ».

Il n’eut pas besoin d’aller bien loin pour avoir la vive certitude que son attente était suffisamment satisfaite. Le cadre oblong et doré traçait ses limites enveloppantes ; les peupliers et les saules, les roseaux et la rivière – rivière dont il ne savait pas, et ne voulait pas savoir, le nom — s’y disposaient en une composition pleine de bonheur ; le ciel était d’argent et de turquoise et de vernis ; le village à gauche était blanc et l’église à droite était grise ; bref, tout était là ; c’était ce qu’il cherchait ; c’était Tremont Street, c’était la France, c’était Lambinet [4]. Et il pouvait s’y promener librement.

Strether décrit ce qu’il a sous les yeux d’après le tableau dont il se souvient avec nostalgie, les deux se mêlent. L’adéquation perçue entre le motif et l’œuvre réconcilie en lui le passé et le présent, le Massachusetts et la France. Elle atténue le décalage ressenti depuis qu’il séjourne à Paris, elle l’apaise, voilà pourquoi il était venu.

Il passa, à l’intérieur de ce tableau – qui était à ses yeux sa propre situation —, réellement tout le reste de sa journée d’excursion.

Marche sur le coteau, rêverie sous un arbre agrémentée de « la riche sensation d’un livre dans sa poche », visite d’une église ancienne, échanges avec des paysans, les heures s’écoulent avec bonheur – on dirait du Maupassant, songe-t-il. La soirée s’annonçant, il descend vers un village qui le rapprochera de la ligne de chemin de fer. Auberge du Cheval Blanc. Affables palabres : l’aubergiste va lui préparer un repas et lui réserver une carriole qui le conduira ensuite à la gare le plus proche. Il ne sera pas seul, lui dit-elle, deux personnes ont également réservé pour le dîner, en attendant l’heure du repas elles sont allées faire un tour en barque. Strether s’installe au bord de l’eau pour prendre l’apéritif. Au loin la barque et ses deux passagers indistincts, un homme qui rame, une femme avec une ombrelle rose. Clapotis de l’eau, reflets en surface, bruissement des roseaux sur l’autre rive, petite fraîcheur diffuse, embarcadère… Le lecteur, vous, moi, se sent aussi apaisé que Strether par cette partie de campagne dévolue à la contemplation. Un coup de tonnerre dans le ciel serein de la lecture est pourtant sur le point de nous foudroyer.


2. Mais d’abord, qui sont les « ambassadeurs » évoqués par le titre ? Strether, vaguement hommes de lettres, et Waymarsh avocat à Milrose, Connecticut, amis depuis l’université, sont d’honorables représentants de la bonne société provinciale américaine. Strether seul est chargé d’une « mission » : ramener dans le giron familial le jeune Chadwick Newsome qui vit en France depuis trois ans et ne semble pas vouloir retourner à Woollett où il lui revient de prendre la succession de l’affaire commerciale fondée par son défunt père. Jusqu’à l’arrivée de Strether à Paris et sa rencontre avec Chadwick la mission paraissait simple : faire entrer en douceur, dans l’âge adulte des responsabilités, un jeune homme sans nul doute enivré par les tourbillons de la folle vie parisienne, et à en douter encore moins, par les femmes qui vont avec. Elle se complique du fait que Strether doit épouser la mère de Chadwick et qu’il se retrouve occuper la place du chevalier devant accomplir l’exploit que lui a désigné la dame, sinon de son cœur, du moins de sa raison. Et bien sûr, par ce mariage Chadwick deviendra son beau-fils.

Strether accomplit sa mission en menant d’innombrables conversations qui l’aideront, anticipe-t-il, à analyser le caractère et la conduite du jeune Chadwick. Le moment venu, il saura ainsi lui suggérer les « bonnes » décisions. Il s’entretient avec lui et avec un certain nombre de personnages tenant le rôle des confidents dans le répertoire classique et qui donnent à ces entretiens l’accent, sinon de pourparlers, du moins, souvent, de consultations : miss Maria Gostrey, une Américaine vivant en Europe depuis plusieurs années, est à même de lui expliquer le sens des usages qui ont cours en France, le « petit Bilham » et miss Barrace, les grands amis de Chadwick, peuvent l’éclairer sur ses dispositions. Seuls les échanges avec son ami Waymarsh ne lui sont pas de grande utilité, son ami se raidissant peu à peu dans ses préjugés à l’égard de la société française, frivole et inconséquente. Strether fait aussi la connaissance de Mme de Vionnet, une aristocrate d’une quarantaine d’années séparée de son mari, et de sa fille Marie. Il va demeurer longtemps sans comprendre de laquelle, la mère ou la fille, Chadwick est possiblement amoureux.
Deux protagonistes au moins sont nécessaires pour espérer arriver à la vérité, ou à ce qui en tient lieu, qui peut être, aussi bien, un à-peu-près ou un mensonge, l’essentiel étant d’enclencher le processus qui détachera Chadwick de ses attaches européennes et le ramènera aux États-Unis. Les interlocuteurs expliquent, rappellent, insistent, réfutent ou précisent tel ou tel point ; d’autres fois ils bataillent pour comprendre et faire comprendre. Ils s’étonnent, s’amusent, soulignent, encouragent, tout le répertoire verbal et non verbal – intonations, expressions, silences et soupirs, gestes — est convoqué. Il y a des dialogues de sourds, des monologues s’affrontent face à face, des sous-entendus ouvrent des perspectives. Comment comprendre ce que l’autre veut dire, référer ses paroles à son propre système de langage et de culture ? Des malentendus peuvent n’être, après tout, que de simples erreurs d’appréciation, pas de quoi pousser les hauts cris et se fâcher, d’où le rôle inappréciable des « confidents ». Strether doit comprendre le sens de ce qu’on lui dit puis le retranscrire dans ses lettres à Mrs Newsome à qui il rend compte de ses démarches, un exercice de lecture, de traduction et d’interprétation.
Le narrateur mis en scène par Henry James est toujours en relation. Strether est continuellement soumis à l’épreuve de l’opacité de l’autre et de sa propre opacité, de l’imaginaire de l’autre et de son propre imaginaire – au point que le but de sa mission, se diluant dans la fréquentation de ses nouveaux amis, perd peu à peu sa raison d’être et qu’il va bientôt convaincre Chadwick de retarder son retour afin que lui-même puisse prolonger son séjour à Paris. Après Chadwick, c’est à Strether de « se convertir » à l’Europe, d’imaginer, avant qu’il ne soit trop tard, un « idéal » de vie non traduisible en termes d’efficacité pratique et de résultats tangibles. Là se distend son amitié avec Waymarsh qui, désapprouvant sa conduite, lui reproche de ne pas garder le sens de la mesure.


3. Dans Les Ambassadeurs, roman à la troisième personne, pas une phrase qui n’appartienne au regard et au jugement de Strether. Ne le quittant pas d’une semelle, le lecteur ne comprend de l’histoire et des personnages ni plus ni moins que ce qu’il en dit.
Dans la préface écrite postérieurement aux Ambassadeurs pour l’édition complète de ses œuvres, en 1909 (reprise dans l’édition de poche après le roman), Henry James explique pourquoi il a renoncé au « privilège romantique » de la première personne : « Qu’il suffise de dire, pour être bref, que le récit à la première personne, dans un long ouvrage, est une forme condamnée au relâchement, et que le relâchement, qui n’a jamais été beaucoup mon affaire, ne l’a jamais été aussi peu que dans cette occasion particulière. Toutes mes réflexions se groupèrent sous cette bannière à partir du moment – moment très précoce — où je dus affronter la question de maintenir une forme amusante tout en collant de très près au personnage central et en obtenant constamment de lui le canevas. Il arrive (arrive à Chester [en Angleterre, première étape du séjour de Strether en Europe]) comme dans le but redoutable de donner à son créateur ‘‘infiniment de choses’’ à raconter sur lui – et devant la rigueur d’une pareille mission le plus serein des créateurs aurait bien pu fléchir. J’étais loin d’être le plus serein ; j’étais plus que suffisamment agité pour me dire que, tristement privé d’un substitut ou d’une autre solution pour ‘‘informer’’, je devais m’accrocher avec bec et ongles à autre chose. Je ne pouvais pas, sauf par sous-entendus, faire parler de lui d’autres personnages entre eux – bienheureuse ressource, bienheureuse nécessité de la scène, qui atteint son effet d’unité, très remarquablement, par des chemins absolument opposés aux chemins de ce roman : avec les autres personnages, sauf dans la mesure où ils étaient essentiellement des personnages à lui (lui n’étant essentiellement qu’un personnage en face d’eux), je n’avais simplement rien à faire. »


4. Et notre apéritif sur la terrasse du Cheval Blanc ! s’impatiente le lecteur lassé de ces digressions et qui a lu assez de romans pour savoir que celui-ci est trop proche de la fin pour que l’auteur introduise maintenant de nouveaux personnages.
Reprenons : Strether boit un verre en regardant rêveusement le cours de la rivière où canotent deux silhouettes…
Mais ne serait-ce pas… Non, c’est impossible !
Quoi ?
Nous avançons dans les pas du narrateur depuis des centaines de pages, comment pourrions-nous soudain le précéder ? Strether observe seulement que l’air paraît « s’épaissir »…
Que voyez-vous qu’il semble encore ignorer ?
Oh ! si c’est ça, c’est réellement trop ! Surtout après les déclarations de l’auteur que vous nous avez rapportées… Comment lui, qui a pris tant de soin à ne jamais s’écarter ni nous écarter du narrateur, peut-il nous en séparer aussi brutalement sans tenir compte du dispositif si rigoureusement et, semble-t-il, laborieusement mis en place ?
Enfin, qu’avez-vous vu ?
Nous avons reconnu, avant Strether, Chadwick Newsome et Mme de Vionnet en train de canoter dans la barque.
Court silence durant lequel chacun – auteur, narrateur, lecteur — reprend sa respiration.
Nous, lecteur, admettons apprécier qu’un auteur nous prenne au dépourvu et nous désarçonne même au prix de quelques ficelles [5], mais à récapituler la série d’aléas, difficilement reproductible dans un laboratoire romanesque, par laquelle Strether est arrivé à l’auberge du Cheval Blanc, une telle rencontre laisse perplexe… un parfum de trahison flotte sur le contrat narratif.
Strether n’a-t-il pas lui-même tendu la perche à l’auteur ?
De quelle façon ?
En voulant vérifier in situ le « motif » du tableau de Lambinet.
Expliquez-nous.
Strether ayant vu coïncider l’œuvre et le paysage, l’auteur a senti qu’il pouvait bien, maintenant, imprimer sa marque à l’histoire [6]. Il a donc renversé - par ironie, qui sait ? [7] - la figure précédente : il a fait suivre la révélation visuelle d’une incapacité, de la part de Strether, à comprendre la situation réelle qu’il avait sous les yeux depuis le début de son séjour. Le narrateur ne retournerait pas à Paris sans en avoir pris connaissance. Et certes, Strether ne s’attendait pas à une telle rencontre.
D’où son retard à reconnaître les deux personnes qu’il a sous les yeux…
Celles-là mêmes que vous avez identifiées avant lui.

La vision de l’intimité entre Mme Vionnet et Chadwick précipite un effet de vérité que n’avait encore provoqué aucun échange verbal. Les personnages sont au pied du mur : chacun va devoir improviser, en l’occurrence chacun va surjouer. Strether, quand il devine que Chadwick et Mme de Vionnet l’ont reconnu, agite son chapeau et sa canne dans leur direction. De leur côté Chadwick et sa compagne répondent à son geste – alors que leur mouvement initial avait été de cacher la barque sous les branchages de la rive —, puis, ayant accosté, se réjouissent de sa présence et expriment leur satisfaction à l’idée qu’une carriole, déjà réservée, les conduira à la gare après le dîner – alors qu’ils avaient manifestement l’intention (Mme de Vionnet n’a pas même un châle pour couvrir ses épaules, le soir) de regagner ensuite le lieu discret où ils séjournaient ensemble.
Tous trois, déstabilisés par la situation que le romancier a déduite de l’équipée de Strether mais après avoir constaté qu’ils ne pouvaient l’ignorer, transforment la rencontre en un « prodigieux » hasard. Sans se concerter, chacun décide de contenir ses réactions et de se maintenir, vaille que vaille, sur le plan de leur réciproque amitié : Strether en dissimulant son désespoir à se voir relégué hors course vis-à-vis de Mme de Vionnet ; Mme de Vionnet et Chadwick en assourdissant leur complicité amoureuse afin de respecter les bienséances qui désavouent le rapprochement d’une femme mariée avec un célibataire plus jeune qu’elle. Le dîner dans l’auberge et le retour à Paris se déroulent sans une allusion aux enjeux personnels mais ce qu’ils passent sous silence a même valeur que l’atmosphère plaisante qu’ils s’efforcent de donner à leurs échanges.


5. Le roman reprend son cours. Henry James n’a plus à intervenir : il confie à nouveau à Strether les commandes de l’histoire. On dirait qu’il ne s’est rien passé et pourtant rien n’est pareil à en juger les petits séismes qui agitent ici et là les derniers entretiens : entre Strether et Chadwick à qui il recommande de ne jamais quitter Mme de Vionnet qui, selon lui, se compromet socialement, conseil que Chadwick ne suivra pas ; entre Strether et miss Maria Gostrey dont il décline la proposition d’un rapprochement sentimental. Il est temps pour lui de retourner à Woollett quand bien même Mrs Newsome, suite à l’échec de son « ambassade », ne l’épousera probablement pas, quand bien même son amitié avec Waymarsh a pris fin — mais ce serait là d’autres histoires à raconter…

Dominique Dussidour - 21 février 2015

[1Henry James & Robert Louis Stevenson, Une amitié littéraire, correspondance et textes présentés par Michel Le Bris, traduits de l’anglais par Malika Durif, Verdier, 1987.

[2Traduction de l’anglais et présentation de Jean Pavans, suivi de la préface de Henry James à l’édition de 1909, Chronologie, Bibliographie critique, Le Bruit du temps, édition de poche, 2014.

[3À cette occasion, lire ou relire « Honoré de Balzac » (1902) de Henry James dans Du roman considéré comme un des beaux-arts, traduit de l’américain par Chantal de Biasi, préface de Gérard-Georges Lemaire, Bibliothèque 10|18, Christian Bourgois éditeur, 1987. Une saisie de la vie et de l’œuvre de Balzac par James lecteur et auteur de romans.
Sur remue, lire « James et Blanchot » de Pierre Alferi.

[4Si la curiosité littéraire vous conduit à Versailles au musée Lambinet, du nom de Victor Lambinet, cousin du peintre Émile Lambinet (1813-1877) dont il est question dans le roman de Henry James, votre surprise sera grande de découvrir qu’aucune de ses œuvres n’y est exposée. Paysages champêtres et bucoliques ont été relégués dans les réserves, leur rôle dans le chef-d’œuvre romanesque de Henry James n’ayant apparemment pas suffi à justifier qu’on les suspende aux cimaises de l’hôtel particulier qui présente, par ailleurs, des œuvres tout à fait intéressantes dont une assiette peinte par Hubert Robert pendant sa détention dans les prisons de la Terreur.
Partez plutôt à Boston, dans le Massachusetts de Strether, le musée des Beaux-Arts en présente quelques-uns.

[5Henry James emploie ironiquement ce mot, en français, dans la préface.

[6En renonçant au « privilège romantique » de la première personne, Henry James, malgré ses réserves à ce sujet, s’est réservé la possibilité d’intervenir directement, en dernier recours, dans la narration.

[7Ou pour défendre le point de vue esthétique d’un romancier : ce n’est pas à la réalité qu’on mesure la valeur d’une œuvre mais à sa propre cohérence.