Khalid EL Morabethi | Poèmes

Khalid EL Morabethi est né le 10 juillet 1994 à Oujda au Maroc. Il a commencé à écrire dès l’âge de 12 ans. Après avoir obtenu le baccalauréat, il continue ses études à la Faculté de Lettres Mohamed1 de Oujda, en littérature française.

« J’aime écrire, l’écriture c’est ma vie. Parfois j’écris les mêmes phrases, les mêmes mots mais surtout pas les mêmes sentiments.
Je veux juste écrire un message mais il me faut juste cette chose, ce stylo d’or, cette force, cette voix, cette muse du ciel. »
K. EL Morabethi


Attendre

Un rideau qui s’agite,
Un autre coucher de soleil,
Une horloge qui marche à l’envers
Un morceau de pain par terre,
Une terre pleine de poussière.
Qui attend,
Depuis si longtemps.
En fin, la nuit impose son silence,
Une silhouette se poste devant la fenêtre face à la lune éclatante,
Et chante la colère, la haine et la honte !
Chante l’attente,
La colère respire,
La haine pousse des soupirs,
La honte ne peut rien dire,
Elles attendent quelque chose,
Patiemment,
Silencieusement,
Éternellement.
Le rideau s’agite,
L’horloge marche toujours à l’envers,
Pour que peut-être les prières fassent revenir le capitaine parti en mer,
Le bon capitaine,
Pour que peut-être le sang coulé puisse faire revenir ce qui était le plus cher,
Pour que peut-être il n’y ait point de guerre,
Pour que peut-être le porteur du drapeau blanc puisse rentrer à la maison,
Vivre plus longtemps.
Les rideaux s’agitent,
Les feuilles d’un cahier volent, elles sont libres maintenant,
Des phrases qui forment un poing,
Des phrases qui attendent, qui ne veulent pas partir loin,
Une phrase a mis dans une plume la semence,
D’où fleuriront l’espérance, le sens et la conscience,
Qui attendent,
Longuement,
Eternellement,
Patiemment,
En silence.
Près du lit, la vieille foi se prosterne
‘’ Ô prière ! Ô patience ! Ô prière ! ‘’
Elle attend,
Peut-être demain tout changera,
Peut-être la pitié tombera,
Du ciel,
‘’ O ciel ‘’
Peut-être demain, elle verra la mésange,
Peut-être demain, elle resaluera l’ange,
Elle attend,
Patiemment,
Courageusement,
En silence.




C’est beau dans la tombe

C’est beau dans la tombe,
Le calme absolu, le repos,
Ailleurs, je l’entends chanter, c’est beau,
Un chant doux, envoutant,
Cette voix, durera plus longtemps,
C’est blanc, ici,
Ce n’est plus noir ou gris,
‘’ Continuez d’attendre ‘’ me dit une voix grave à côté
En dehors de cette absence, je l’entends encore chanter,
Je l’entends pleurer,
Sur moi.
C’est blanc ici,
Que dois-je faire ? Faut-il parler ?
Je dois peut-être écrire.
Sur soi,
Sur les autres, la vie, les choses,
Sur les mots peut être employés sans songer à leur importance
C’est sans doute ici, où tous recommencent,
Ou encore, c’est ici, où il faudrait savoir qui je suis ?
‘’Fermez vos yeux et continuez d’attendre ‘’ me dit une voix grave à côté
Entre le bruit sourd de ce vide et mes dernières prières, où sont mes rêves ?
Mes pensées mes souvenirs. Vers quel lieu mystérieux ont-ils disparu ?
Mes questions n’ont pas brisé le chant de l’inconnue,
Aux joues couvertes de larmes,
Et sa voix a pu atteindre dans ce cimetière les cœurs penseurs des âmes.
Ici,
Je tremble,
Ma langue claque,
J’ai peur, pour la première fois,
Mais pourquoi ? Ai-je perdu ma foi ?
Que dois-je faire ?
Faut-il que je me cherche,
Tout au fond,
Trouver ce point au milieu de ce vaste blanc,
Je crie ’’ Il y a quelqu’un ? ’’
‘’ Silence, continuez d’attendre ‘’ me répond-il
Ailleurs,
J’entends toujours la mélodie,
Elle fleurit ma tombe et part en disant,
‘’ Repose en paix, tu avais une vie ‘’




La chaise d’en face

La chaise d’en face,
Isolée, observatrice,
D’un vide qui danse au rythme de son fils,
Une chorégraphie qui fait couler les larmes du plafond,
De grosses gouttes visqueuses s’écrasent au sol et se noient tout au fond,
Tout au fond d’une mémoire douteuse face à son reflet putréfié,
Tout au fond d’un regard oublié
La porte s’ouvre pour laisser entrer le vent,
Faisant virevolter les longs cheveux d’un vieillard assis au milieu et qui attend,
Faisant s’ouvrir l’unique fenêtre violemment,
Et redonnant vie aux notes blanches et noires du piano,
Tandis que les lettres se lisent, se déchirent et se brûlent,
Et qu’au coin, près de la chaise, la trompette hurle.
À la moitié de la lune,
À la mort,
Au sort qui semble pleurer la flore.
La chaise d’en face,
Seule, spectatrice,
Des robes qui jaillissent du néant et déferlent à l’intérieur d’un cœur,
Qui bat lentement au rythme d’une éternelle prière qui ne s’entend pas,
Qui bat lourdement au rythme des anciens pas,
Des yeux qui se divaguent, cherchent et se perdent ailleurs,
Et des mains ouvertes, paumes face au ciel qui tiennent des fleurs,
Toutes ténébreuses,
Toutes pâles, silencieuses,
Attendant les petites gouttes de pluie,
Attendant une lettre, un message, un cri.
La chaise d’en face,
Observatrice,
D’un chef d’orchestre qui dirige avec une main l’Apocalypse,
Et au milieu de la terre, la mère attend son fils,
Le soldat,
Mort ou blessé mais victorieux au milieu d’un combat.