Laurent Huron | ceci ne sera qu’évènement climatique



ceci ne sera qu’évènement climatique

(Laurent Huron et Fabrice L’Houtellier)





découpe interstice et fragmentation
les fruits luisants en ensemble de contre-points
les mots sont ceux du remontage du corps
partir échapper fuir à dos de mouton
la gangue cassée restent les petites formes
réticulées à la surface du vase blanc
nous ne faisons que répéter le corps assoupli
douceur félicité volupté ne vous déplaise
qualité du mouvement aisé et progressif
le corps nos corps se transforment en fontaine
passé à la flamme le corps échappe au contrôle
les jointures ne brûlent sans cesse que les insectes
les temps brûlent entrons ensemble dans nos corps
féral il est reparti dans la vie ensauvagée
l’univers A a craqué nous nous reboutons
la pédagogie est espèce de domestication
jusqu’à nouvelle donne le fleuve est dans la ville
électro-carburation et station technique
la mythologie de notre futur est close
nous sommes si peu praticables au quotidien
nous parlons quelquefois mais nous n’y sommes pas
le temps les espaces s’ouvrent les morts remontent
le quadrige chevaux blancs et le temps mort
nous lançons harponnons dans la bête à bosse
gouffre à charognes cerf en contre-bas sur pierre
nous brûlerons vifs le bois des petites longueurs
ensemble votre main est notre main ouverte

de la dynamique des systèmes vivants
la greffe l’excroissance l’hybridation
le kraken imprévisible est de retour radieux
orange rouge automne à décomposition lente
putréfaction demain matin nous aurons la forme
à fond de poire pensons-nous à chaque fois
notre corps-récit est deux fois notre corps
nous courons un seul lièvre le lapin mort
le poème est la reconduction du chuteur
le jour entier est la forme de la chute
le quotidien ne tient plus l’entonnoir
la glue le cône renversé le sable coule
pour ces raisons nous voulons l’articulation
ou le désarticulé insecte démantibulé
dans la forme-poème dans le lit cage
où alors la hanche affole la hampe aboie
c’est l’ouverture continue du carnet souche
la même chose redite est le point de fuite
l’aventure le monde s’est mis en mouvement
c’est le point de l’origine vide quasi
vagabond bond Cheyenne ici ou là chevreuil
rayon de soleil sur la peau des bêtes sauvages
après le retour en arrière en avant
en avant jeunesse autrefois les images
l’art du détachement des objets non mobiles
dans le studio la forêt sur roues petites
dans l’espace-temps le paysage mouvement
sur la carte l’index le morceau manquant
toujours un peu le morceau de chair imprimé
nous prononçons et nous fourchons : le jour enchien
dérivation nouvelle chaufferie urbaine
pour l’autre chair celle de l’étrangère vive
il y a l’homme ancien dans ses cheveux ses seins
avalons recrachons la fumée un peu morts
il y a le nuage rose en haut de ses cuisses
il y a ce à quoi nous ne survivrons pas
il y a les grands galops de Longue-sur-Mer
les deux corbeaux surfant par dessus les fusains
ces femmes ces hommes qui marchent sur la route
ce cheval bai courbé excité par le vent
un chameau deux lamas à l’entrée de la ville
nous sommes dans la peinture à la meuleuse
en bas et à gauche les oreilles de l’âne
dans les lisières physiques et mentales
c’est le cirque le tour de piste la sciure
le gué passage le pont des Planches disjointes
l’état du premier plan les vêtures en croûte
l’œil rond dans l’oreille du cabanon
rectangle humide dans l’os de l’œil
l’expérience des années du corps ouvert
des miettes pour le moins du temps au centre
nous y sommes Los Angeles deux mil dix-neuf
l’image scintille plus nette que le réel
l’à-peu-près bricole de la vibration
notre peau travaille l’amplitude thermique
le printemps ne revient jamais sur ses pas
reprise ressassement cendre bleue du soir
nous rêvons dans la corne des talons du sable
qui sait d’où par quel chemin route nous arrive
la fascination écrasement des formes neuves
tout cela quoi nous désencombre et nous vide
les choses du monde ne dématérialisent que
l’objet mort en attente de réactivation
nous lançons nous attendons et le manque
l’autre disait le singe apocalyptique

rotor et stator sont dans la petite mécanique
musique des absents seront toujours les absents
les bruits du monde ne nous intéressent plus
largement infirme dans les grandes largeurs
de l’outil de reprise à l’outil à suivre
poésie est volonté de disparition
comment monde le marche
la règle contre la puissance de débord
tous les arbres du bûcher des vanités
tout ça est dédoublement du monde à côté
nous avons envie de ne rien posséder
ici ou là dans un sweat-coal sans capuche
doux charbon qui n’a de cesse dans nos poumons
les visages changent du jour et de la nuit
tout est dans la surface dédoublement
croire au contraire que tu vas nous manquer
ici passe un corbeau aile gauche vit sa vie
le verre à moitié plein le verre à moitié vide
les choses sont mises en branle mouvantes
nous sommes en marche nous fabriquons du bâton
nous écoutons aluminium écroui
inox dix-huit huit pour prototype perdu
tout cela est peut-être trop au point ferme
à ce carrefour nous avons vu deux grands chiens collés
il s’agit de danser nu en soufflant les verres
ce serait doux calme et profond comme une nuit
puisque nous construisons des maisons sans existence
nous sommes dans le monde comme des surfs
à l’exploitation des carrières à ciel ouvert
le plus grand bien de notre jour l’inutile
le plus grand bien de notre jour le manque
c’est une nécessité d’intégration
le monde est plein de catastrophes invisibles
le nombre est plein de catastrophes invisibles
deux ou trois choses que nous savons de lui d’elle
l’argent serait l’agent de fluidité
de la présence disparition des images
les arbres devenus consommables des villes
ce sont les encoches qui ouvrent le bois
c’est l’ajustement qui remonte la forme
c’est la possibilité de recouvrement
ce sont des unités mobiles monoblocs
David d’Angers et Philopoemen blessé
la jeune fille au tombeau de Marco Botzaris
plus rien ne tient que la vitesse des choses
à nous ce besoin de danser ensemble
à l’arrière l’obscurité du father
prolifération MB le long des plinthes
il serait abattu profondément couché
orgie de ce qui surgit diète
c’est la glane l’herbe aux lapins les bermes sales
images génériques pour archis légères
nous vivons sur l’os de la colonie
c’est l’odeur des fourmis qui remonte lente
les hommes et les femmes de l’industrie
sédimentation dans la ligne des fractures
natures mortes en voie de décélération
nous avons toujours le sérieux temps de retard
la croissance colonisation continue
elle nous plante tel vide de l’avant
nous marchons dans nos chaussures de corde légère
nous tutoyons les monstres sous couvertures tièdes
travailleurs pauvres nous aimons les villes périphériques
se voir gros tomber rebricoler ahaner
au centre du champs un corps pourrit la forme
point de fuite dans le chemin comme dans le temps
la vie expérimente ou l’art de s’enfricher
géographie constellée et système ouvert
au commencement du plantage le trou
dérivation pour autre germination
on glane espèce de d’état de pauvreté
changement des échelles de bord à différences
accessoirement en pointillé et au centre
chaise de jardin bricolée dans outil ancien
la greffe bouture marcottage pépin
le petit fractal sera déprimé aujourd’hui
économie mince culture du bois debout
elle toujours dessine l’arbre calligramme
pour chaque occasion remodelage des formes
il tombera toujours sur l’absence de ses pattes
une flèche dans l’instant trace la ligne courbe
nous n’avons jamais connu Mickey
nous vivons sur l’élan des années glorieuses
nous nous arrêterons au milieu de nulle part
les un deux trois réalités s’entremêlent
c’est un nouveau monde et tout ici est à faire
fascicules bourgeois liés à l’argent roi
la rencontre sera le point de déformation
Karoula l’homme avec sa tête sous le bras
à quel tour viendra l’épuisement du corps
c’est le trop plein du corps dans l’absence
we’re crossing bienheureux Sillé-le-Guillaume
c’est le tremblement défonçage exagéré
travailler souplesse de la langue bifide
concentration voix haute est oubli de soi
nous-mêmes nosotros sommes dans l’autonomie
le terrain vague est de l’ouvert et de l’ouvert
c’est pour votre chien que nos cœurs balancent
c’est sans issue l’âpreté de ces corps ronflants
nous mordons la frontière à grands coups de rondins
empiler du bois par paquets irréguliers
nous sommes sans comprendre généralement
nous teintés croisons des rectangles aveugles
la balle rebondissante et de l’araignée
la maison sans aucune des pièces attendues
à flux tendu filet à bâbord des corps
nous pêcherons le poisson l’anguille
c’est bataille du temps du corps et de la langue
le parfum de tes cheveux dans notre groin
ils seront parfaits dans la flexibilité
dans l’incapacité de capitaliser
c’est l’oiseau qui vient de l’obscurité du chat
elle est morte nous entamerons la décomposition
nous sommes entrés dans l’ombre du vénérable
enchâssements comme tenons et mortaises
queue d’aronde dans le sens ou non du fil
nous avançons le petit sac à la main
ce sera trajet bâton de marche ratée
les conditions spéciales de l’apparition
bottillons de première marche en cuir verni
et ce temps long de la calcification
nous entrons dans les corps à pas feutrés
craquage déplétion l’épuisage du corps
cherchons le fil avec au bout le dé à coudre
chat noir traverse la grande rue du village
le château d’eau blanc la lumière sans ombre
oser la grande forme est le décalage
nous entrons dans les questions de gradation
nous cherchons à la manière de ne pas faire
les objets mobiles articulés tractés
la tentation énorme tentation de l’abstraction
ce seront toujours des flèches à décocher
nous voulons natürlich plus de chair
le temps des coupures nettes cèdres sous la pluie
les sheds conoïdes nous seront inutiles
nous laisserons nos voix déborder de la nuit
nous sommes cibles prenant d’autres pour cibles
ceci ne sera qu’évènement climatique



Fabrice L’Houtellier
Musicien, batteur, percussionniste, multi-instrumentiste, né en 1982. Vit et travaille à Nantes. Membre du collectif 1name4acrew, des groupes Western, Brazil...
http://fabricelhoutellier.blogspot.fr/
http://www.1name4acrew.com/

Laurent Huron
Poète, né en 1970 à Alençon. Vit et travaille à Nantes. Auteur du livre érable et cetera (Rezé, à la criée, 2010), coordinateur du projet La Manufacture des Textes et du livre La Moindre des Choses (Nantes, bardane, 2014).
www.lamanufacturedestextes.fr
http://editionsbardane.org/la-moindre-des-choses.html
http://www.alacriee.org/le-catalogue/


12 juin 2015