Myrto Gondicas | Les ressorts vivants

1. Roses

à Emmanuelle Bollack

Si,
avançant et penchant la tête un peu,
fouillée d’ombre dans la rotation des pétales, le bord
de la corolle appuyé bas sur un autre calice, rose
contre rose, celle-ci pèse en s’exaspérant
de ses rameaux busqués, feuilles au clair,
à rester aux aguets, on verra
sensiblement la fleur seconde
tremblant dans les rebroussements, se défaire et lâcher
à petit bruit une pluie
pourpre.



2.

Mais montant la rue raide ornée de nymphes courts pas souples et lourds œil vissé à la crête éclaboussée du blanc des tours, respirant dru sous les cirrus dans le parfum des saules
(et la meulière tremble sous le ciel pâle)
sans deuil sans deuil le cœur
pimpant, l’on
tombe
sitôt
rêvé ceci : dans sa
main tenue l’autre main, bête amicale
et vive, oiseau poisson liseron sombre hermine
douceur joueuse ah non ce ne sont plus
ni les suées ni les acouphènes On tombe
à l’intérieur de soi marchant toujours
sonnée on s’en va foraminifère
hors sol à contre-pente
et rampe
interminablement jusqu’à son
toit



3. Retour à Donzy

Sur quel rocher les pieds ventousés l’âme au sec à quel horizon allaitée
s’ébahissant de loin, tranquille
et le regard proliférant, l’oreille au clair,
absorber ces miettes d’incendie : vos bras
calés horizontalement sur la barrière en bois au-dessous des
naseaux chevalins, le dos arqué, souple,
muscles en fête s’éveillant sur l’herbe rase
au soleil retardé parmi les prêles et les menthes, si
l’onde gymnaste mime en le sachant (ou non) les jeux nocturnes, si
le corps en frôlant l’œil fleurit et flambe
tandis qu’évanescents
des lazzis se balancent sur les croupes et les flancs, des mains
tâtent les chanfreins durs avec aplomb
avant de rebrousser chemin le long des ronces
traversées d’oiseaux, des champs bruns, en équipage
léger, forçant l’allure et pépiant jusqu’à la ferme
où, parmi les jambons et les parapluies, on vous attendait ?



4. Printemps au square de la tour Saint-Jacques

Au droit de la station du 38, fusant
dru sous le ciel tiédi, la verdure amène
(orangers du Mexique, arbouses)
vêt de sa sève l’attente. Si le

piéton pensif tressaille, avisant des fûts
râpeux, grisâtres, secs sous la paume avide
qui s’y attarde et les chatouille, ô
quel repentir le travaille alors, quel

signal d’un épiderme oublié, jadis
comme soi seul connu, cependant qu’autour
des trous de grille, au sol, les pieds se
pressent (montée par la porte avant : zut !) ?

26 août 2015