Les arcs-en-ciel et les miettes

De Nathalie Papin Faire du feu avec du bois mouillé
et de Philippe Dorin Dans la vie aussi, il y a des longueurs (L’école des Loisirs, collection Théâtre).





Nathalie Papin et Philippe Dorin écrivent pour la jeunesse.
De drôles d’histoires qui font rêver rire et réfléchir les enfants.
Leurs styles sont très différents, leurs univers aussi mais ce sont deux grands écrivains. Point. Parce que écrire pour les enfants c’est écrire. Point. Écrire tout court.
Ils ont peut-être ça en commun, Dorin et Papin, écrire court. Et grand.
Histoires brèves pour longs rêves.
C’est le secret de l’écriture pour les enfants.

« Je n’écris pas des livres, Je fais des arcs-en-ciel », dit Nathalie Papin à la lettre E de l’alphabet qu’elle a composé pour raconter son travail dans Faire du feu avec du bois mouillé.
Les arcs-en-ciel durent moins longtemps que les orages ou le clair de lune, mais ils sont émerveillants.
C’est aussi un secret de l’écriture pour les enfants.

« Pour mes personnages, le monde n’existe pas. Ce sont eux qui l’inventent. À chaque pas qu’ils font, le monde s’agrandit », dit Philippe Dorin qui entrelace pour Dans la vie aussi, il y a des longueurs des extraits de ses textes avec des réflexions sur ce que c’est le théâtre, des mots récoltés dans les classes, durant les rencontres avec les enfants.
Agrandir le monde, c’est toujours un secret de l’écriture pour les enfants.

Des secrets comme ça, on a envie de les partager, nous les adultes. L’enfance ne s’oublie pas, l’enfance ne se perd pas si on la tient en éveil. Réveiller les qualités qui sont nichées dans Questionner, Rire, Sauvagerie, pour reprendre l’alphabet de Nathalie Papin. « Je crois que le conte apprivoise. Le théâtre libère la sauvagerie. »
La non-domestication, c’est un autre des secrets.
Et puis il y a le jeu avec la langue, qu’on n’ose plus quand on est grand.
« Zzzz » de Nathalie Papin, « Un bourdonnement, un vol d’insecte, un saut d’abeille entre deux fleurs, un saut entre deux toits ».

Sœur, je ne sais pas quoi frère est le titre d’une pièce de Philippe Dorin qui raconte ailleurs : « Quand j’écris ce sont toujours les mots qui commandent. Les rebondissements de l’histoire passent par des rebondissements de la langue. »
Le saut par-dessus les obstacles, la joie, c’est un secret.

Un, Deux, Rois, c’est Nathalie Papin.
Ils se marièrent et eurent beaucoup, c’est Philippe Dorin.
Qui rira, verra, c’est Papin.
L’hiver, quatre chiens mordent mes mains et mes pieds, c’est Dorin.
Debout qui fait sortir d’une tombe un enfant qui veut s’y endormir, c’est Papin.

En attendant le Petit Poucet où on trouve le dialogue suivant, c’est Dorin : « C’était que des morts, plein de morts, partout. Vous qui vivez ici, vous ne pouvez pas vous imaginer ce que c’est tant de morts autour de soi. Alors, il faut que vous l’entendiez prononcer très fort, ce mot : mort, mort, mort, mort. Et moi au milieu de tous ces morts, j’ai entendu "Va-t’en !" Alors j’ai attrapé la main de ma petite sœur et on est partis. Vatan ! Le voilà mon nom. »
La gravité, la vérité (le contraire du mensonge, pas le dogme) sont aussi des secrets.
 »Mes histoires, on dirait les miettes d’un grand repas auquel je n’étais pas convié », dit Philippe Dorin.
Les miettes, les détails, la précision, les riens de Nathalie Papin à laquelle un enfant a dit un jour : « Le contraire de rien c’est pas tout, c’est trop ! » Voilà encore des secrets. Des secrets magnifiques. Des secrets du vivre autant que de l’écrire.
Je ne vais pas vous révéler tous les secrets. Ils sont dans les livres. Lisez les histoires de ces deux écrivains. Je m’adresse à vous, adultes. Elles vous rendront heureux.

Claudine Galea.

14 octobre 2015