Malaka Badr | Cycle de vie d’un moule à pain

De Malaka Badr, lire également Les choses ne vont pas bien et Négociations à propos d’un morceau de chocolat belge.







les sacs poubelles s’entassent
pas de chat dans le hall poussiéreux de l’immeuble
après trois tours de clé
se balance un peu, s’immobilise, fixe le lendemain
les voisins sont fatigués d’épier
il n’y a là vraiment rien pour eux

le cactus de ma mère est mort trois jours après qu’elle s’en fut allée
et le moule s’avançait sur le pain frais
m’observait à travers les heures perdues
et s’accouplait à la farine mêlée de sciure

on m’aurait enlevé trois molaires si j’avais été chez le dentiste
puisque j’avais négligé ces deux vers de dent cariée
qui foraient à travers mon cœur et montaient vers la bouche
la pièce est grise et pleine de fumée de cigarettes
les cellules cancéreuses qui s’activent dans mes seins toussent
mes yeux ruissellent de larmes
et mon visage, malgré l’excès d’acné et d’expériences, reste impassible

le drap est jaune
où que j’aille
je sème des miettes de khôl
cendres,
et les cœurs brisés, ou
ceux qui sont épuisés d’aimer jusqu’à la mort

chaque matin
je tourne la clé en sens inverse des aiguilles de l’horloge
tends la main pour toucher la serrure
verrouillée la nuit passée
sans un regard
je la retire dépitée
la porte est ouverte

pas le temps de ramasser les sacs poubelles
pas de chat à caresser
et ce qui a bien pu ouvrir la porte de l’intérieur
doit continuer d’arroser le cactus mort

Traduit de l’anglais par Henri jules Julien.

3 novembre 2015