Jörgen Gassilewski | Choix de poèmes

Choix de poèmes tiré de : Hittills Samlade Dikter 1983-2009
(Poèmes réunis à ce jour 1983-2009) – OEI Editeur, 2011

Texte traduit du suédois par Julien Lapeyre de Cabanes



Ton corps est enlacé autour du sommeil
la couette est ton aile d’avion
le vent calme d’une respiration
un sédatif à l’intérieur
opérant.

Tu lèches un bâton
avec le produit des plantes d’eau
balanes qui éraflent la peau
exquisément courtes
ces heures élaguées-là

Une spirale introvertie
en direction des graviers
qu’on n’atteint jamais, qui par chance
sont une force d’attraction
simultanée, constante, oubliée

– extrait de : Du (Tu), 1987



La cigogne fonde un foyer

Les rameaux piquants et crépitants ont atterri,
expert en coups d’ailes de noir velours pulvérisé.
Dort tout le soir avant qu’il ne tombe.
La tête dans la cheminée. Forge ma journée,
éblouis, larves d’éphémères,
en prolifération scintillante, en rythme avec
la voix et résultat cumulés des voyantes.

– extrait de Sommarens Tankar (Pensées d’été), 1988



Rien ne sert de nier

Il manque à la jeune fille blanche
des points de conduite sur ses contours.
Elle disparaît avec la lumière du soleil dans le cadre,
est la pensée qui s’y agrafe. En retrait
lui allait à la banque et nous avons là
le film d’un homme qui dépose de l’argent.

Pensée d’eau paralysée, plantes
du tourbillon en robe bleue du soir, éphémères,
l’aviron l’enfonce dans l’herbier introuvable.
Tu peux désormais sortir de l’armoire
et mon alibi est en ordre. Ça fait mal
et le champ coupé ras agit sur ma tête
comme injections de lumière.

– extrait de : Jägarnas Hemkomst (Le retour des chasseurs) ,1991



Temps

Nous évinçons
le récemment advenu,
et comme chez le lanceur de marteau
il se précipite.
La baie est abritée
en cela que la remplacer
me manque.

Pas seulement la consolation,
aussi l’habitude.
Regret d’un soi-même
qui bientôt s’achève.

Ça s’arrache des pierres et s’en va
par les rues blanches inimitables
avant de disparaître tel les trépassés
sous terre, et d’un geste gauche,
de nouer ses mains,
elles sont peu exercées.

– extrait de : Cedern (Le cèdre), 1992



Jörgen Gassilewski est un poète et peintre suédois né à Göteborg en 1961. Il a publié à ce jour plus d’une dizaine de recueils, depuis Du (Tu), en 1987. Ils ont fait l’objet d’une anthologie complète et provisoire en trois volumes, parue en Suède en 2011.
Oeuvre majeure de la post-modernité suédoise, la poésie de Gassilewski se caractérise notamment par l’originalité et la richesse de ses images, souvent scenarii, que la compacité de la forme courte fait rayonner, comme "au travers d’un kaléidoscope" - c’est ainsi que s’intitule la postface à son anthologie (Jonas (J) Magnusson).

Julien Lapeyre de Cabanes vit à Berlin où il se consacre à la traduction du suédois et du turc. Pour remue.net, il a également traduit des poèmes de Bengt Emil Johnson.

16 décembre 2015