Portrait de groupe avec femme


C’est une suite d’esquisses. Le trait est vif, précis. Une chanson et son interprète, le décor, les figures, parfois un bout de dialogues, des histoires. Les textes sont brefs, quelques lignes, une ou deux pages, jamais plus de cinq. Portraits d’hommes en pied, divers, vivants ou morts, approchés ou rêvés, recherchés ou rejetés. Des salauds, des tendres, des entreprenants, des encombrants, des lointains, des trop proches, des jamais touchés, des follement aimés. Ceux qu’on connait parce qu’ils sont de la famille, ceux qu’on rencontre par métier, par affinité, par hasard. Ceux qui barrent l’horizon et ceux qui l’ouvrent.

L’homme m’a rapprochée du fleuve. Ensemble nous avons descendu les marches en pierre jusqu’à la rive puis assis épaule contre épaule, une cigarette à la main, nous avons imaginé que nous pourrions vivre là. La ville tournait le dos à son fleuve, les quais étaient mal fréquentés disait-on. L’époque n’était pas encore au footing et aux pistes cyclables. [1]

Si les hommes ont souvent des prénoms -Charles, Christian, Farid, Zahir, Arno…-, la narratrice, elle, n’est jamais nommée. Elle circule dans des lieux qui varient, des saisons qui changent, pas toujours en France. Son âge varie, son aplomb aussi. Sans doute est-elle multiple. Au bout du compte c’est d’elle qu’on se souvient. Cette fille qu’on suit d’âge en âge, toute petite fille, plus grande, adolescente, jeune femme, femme… Une vie saisie à travers le prisme des rencontres avec des hommes. Ceux de son âge. Ceux qu’elle trouve vieux. Ceux d’une autre génération. Ceux qui l’effraient, l’attirent, l’intriguent, la fascinent, la repoussent, la malmènent, la méprisent, ou la célèbrent.

C’est un livre qui parle de désir. De celui qui assassine comme de celui qui ressuscite. C’est un livre d’énergie, d’allant, de perplexité, de rêverie, de défaites et de victoires. De colère, et de triomphe. De timidité aussi. Comment une femme rencontre l’autre, l’autre, l’envié, le semblable, l’inconnu, l’insaisissable. C’est un livre qui parle de séduction. De son envers aussi. La joie n’est pas à tous les rendez-vous. Ce n’est pas un conte de fée, ce n’est pas un livre de recettes, ce n’est pas une collection de souvenirs. Ni jugement ni récrimination. Plutôt une suite de questions. De celles qui restent au bord des lèvres quand vivre va vite et cogne fort.

Tout n’est pas dit, loin s’en faut. Au lecteur d’inventer le hors champ, de poursuivre l’histoire, de chercher le lien entre la chanson et l’histoire, si la musique l’emmène. Là où.

« Certaines portes fermées sont plus délicieuses que bien des portes ouvertes ». [2]


Du côté des hommes de Fabienne Swiatly, La Fosse aux Ours, 2016,122 p.
Auteur de romans, d’essais, de poésie et de théâtre, Fabienne Swiatly est lsur remue.net
On peut suivre son blog :La trace bleue
Fabienne Swiatly est membre du comité de réaction de remue.net

José Morel Cinq-Mars - 10 février 2016

[1La Vie en rose, Grace Jones

[2Marco , FFF