Répondre, un bulletin Jacataqua, par Martin Richet, et al.



Répondre 1, revue dirigée par l’auteur et traducteur Martin Richet, poursuit l’aventure épistolaire en revue, ouverte par Jongler en février 2015 (dont Marie de Quatrebarbes a rendu compte ici), selon un dispositif original : l’envoi par mail, en pdf, à un ensemble de destinataires, de traductions inédites, signées par Martin Richet, d’auteurs anglais, américains, canadiens, ainsi que, pour ce numéro, des textes d’auteurs français. Succédant à Jongler / Jouer / Jeter / Changer / Essayer / voici donc, comme en réponse, des textes d’auteurs interrogeant l’espace d’un lire qui serait action, adresse, mobilité, circulation, lancé et retour.

Dans Répondre 1, on déplie la malicieuse carte des "99 notes préparatoire au Pays des Merveilles" de Frédéric Forte. Attention, car "Dans la forme poétique « 99 notes préparatoires », il peut se trouver quelques déclarations à l’emporte-pièce, ne vous inquiétez pas." Alice donc, à qui Rémi Froger semble répondre, avec la note qui ouvre son propre texte (« Ça passe ou ça casse, c’est le titre ») : « Cette histoire n’a pas de taille exacte. » Dans Répondre, on participe aussi à une sortie en forêt à 4 mains (celle de Marie de Quatrebarbes et de Maël Guesdon) : "La forêt épuise le groupe avec ses micro-reliefs.", et il n’est pas impossible qu’elle soit cachée au fond de la carte du pays des Merveilles.
Peut-être l’introuvable géographique est-il l’un des fils secrets qui lient ensemble ces interventions, jusqu’au vers mobile de Cole Swensen et de ses paysages en train.
              « Effet de soir : même les marges. Minces rubans de lumière en lambeaux. En
              Cieux déchirés et gui envahissant les vides des branches dénouées des arbres
              Dénudés. En tranchant finement le jour frêle, les ont réduit en ficelles. »

Poèmes à lire en mouvement, et qui sont donc tissés en écho à d’autres lectures, d’autres traversées de langue, ainsi du Poème jarawa à partir d’Alan Davies de Samuel Rochery (Alan Davies qu’on a pu lire dans un autre bulletin Jacataqua) ou de la belle évocation de Lorine Niedecker, la "dame du lac" par Liliane Giraudon : "Elle / dit j’apprends à condenser Pas de chômage dans cette condenserie ".
Plusieurs poèmes, et ce serait là l’autre fil assemblant les pages de ce numéro précisément articulé, sont directement travaillés par la question de la traduction ou l’espace d’un entre-deux langues, ainsi de l’énigmatique « traduction autonyme » de Pascal Poyet qui file sa fine laine de pensée en long blocs de vers, ou de l’espace à inscrire qu’incise, le questionnant, En finir II de Francis Cohen, « Lisant tu vis / cette fine incision // (ni la peur ni le mot) // il faudrait le savoir / comment ? Wie ? »
Dans Répondre sont aussi à découvrir des textes d’Alain Cressan et de Luc Bénazet, et ce sont donc cinquante pages denses que cette brève annonce ne saurait évoquer en détail, mais voudrait seulement inviter à découvrir.
On apprend que la revue cesse sous cette forme mais que les envois de traductions se poursuivront sans doute selon une autre périodicité, annonce l’éditeur.
On peut soutenir et s’informer en écrivant à cette adresse.

Sereine Berlottier - 29 février 2016