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Les aventures d’Headgar

Épisode 6 : au cours duquel on fera connaissance avec Oscar, Oskar, Headgar et Bernard Lagnel


À Radio France, un chef opérateur est un ingénieur du son à proprement parler : à savoir, une personne ingénieuse, entièrement ou en partie vouée au son. Les questions du grave et de l’aigu, du murmure et du boucan, des ultrasons et des infrabasses, de la stéréophonie, et de la forme prise par une gouttelette quand elle est une pure vibration de l’air, ces questions le turlupinent (au sens positif du verbe turlupiner).



Devant les étudiants du b.t.s. Culture audiovisuelle et artistique, Bernard Lagnel, chef opérateur à Radio France depuis les années 1980, a su déployer ses connaissances théorique et son savoir pratique, l’un amoureusement mêlé aux autres. Il explique par exemple pourquoi les chasseurs-cueilleurs d’avant le néolithique devaient être attentifs aux son aigus venus de l’arrière : là où les prédateurs les plus discrets remuent des herbes et des feuilles sèches et produisent malgré eux une rumeur presque cristalline située au-delà des dix mille hertz. De cette sensibilité aux sons aigus venus de derrière il nous reste un petit quelque chose, même si l’attention se perd ou plutôt s’est concentrée avec le temps vers l’avant : nos oreilles suivent notre regard et fait de chacun de nous un animal frontal.



Il y a peu de temps encore, l’ingénieur du son manipulait des bandes magnétiques, le montage se faisait à l’oreille et à la main (un doigt sur le bord de la bande), les yeux fermés ; maintenant, les écrans lumineux et précis font de nous, davantage encore, des êtres visuels, face à un point de mire.


Rien de bien grave, mais Bernard Lagnel, après quelques autres ingénieux, inventeurs et mélomanes, souhaite redonner à l’écoute (et donc à l’enregistrement) ses trois dimensions. La stéréophonie était déjà un progrès à une certaine époque, on en abusait au temps des Beatles ; les innovations plus récentes comme le surround ou le 5.1 redonnent du volume au son. Mais il y a mieux que le surround ou le thx, il y a la tête d’Headgar, et il y a le binaural.



Qui veut s’initier par les yeux et par les deux oreilles aux joies de la prise de son binaurale peut consulter le site ad hoc proposé par maître Lagnel. On peut y entendre plusieurs extraits enregistrés binauralement, dont une séance mémorable chez le coiffeur.


L’enregistrement binaural cherche à reproduire le plus parfaitement possible une écoute humaine ; l’idée de génie est un œuf de Colomb, elle consiste à élaborer des micros de la taille d’un écouteur et de les glisser comme deux antiques boule Quiès dans ses oreilles. Il est possible, sinon, d’installer ces micros-oreilles sur une tête artificielle – on croirait voir alors un androïd filmé par la Universal, ou revenu de Metropolis. Au fil du temps, et selon l’imagination des inventeurs, ces têtes ont été baptisées Oscar, Oskar ou Headgar (respectivement par Harvey Fletcher en 1933, la compagnie Sennheiser en 1969 et Bernard Lagnel aujourd’hui).



Bernard Lagnel nous a invité à découvrir également une partie de notre anatomie, tendre comme un abricot, rose et menue comme une langue de chat, sensible, discrète mais d’une importance capitale : le tragus. Le lecteur de ces lignes est invité à le découvrir à son tour, par lui-même et pour lui-même – il saura en faire bon usage.



(Toutes ces images dérobées à Bernard Lagnel, qui met à disposition un grand nombre de documents précieux et précis sur son site http://www.lesonbinaural.fr/)

Pierre Senges - 10 mars 2016
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