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Notes #7 - (10 février - 10 mars 2015)

10 février 2016
La carte postale, la question de l’image et les questions dans l’image.
Cette carte, invitation participative, sera à déposer par les participants directement là où elle aura été prise, chaque lieu qui prendra un stock de cartes aura donc une boîte pour les réceptionner. Préciser ce que c’est : un P.O.P.S, un petit objet poétique et singulier, pour donner envie de répondre poétiquement. Dire ce que c’est. Sortir de la communication me dis-je, sortir et aller vers l’invitation, l’objet poétique, le revendiquer, l’afficher, l’affirmer, ce qui fera la différence ?
Essayer une image au verso, grisée, photo à la chaise, traitée comme un fond.
Essayer la chaise dans le paysage dans la carte postale.

Se rendre compte que le retour en arrière n’est pas possible : les trois questions s’éclairent de la présence de quelqu’un dans l’image, du corps et de sa chaise.
Penser à mettre le mot pierre pour que le grès revienne, lui qui affleure, qu’il affleure donc dans l’écriture et l’invitation.

Des dates probables avec Séverine Delbosq, avec Pierre Giraud, avec Laurent Herrou, avec Mathieu Simonet, avec Barroux, avec Caroline Bartal. Comme un cadeau ces rencontres.

Appelé hier soir le gérant de la pizzeria-bar-épicerie. Quand je me présente il répond : attendez, je m’assoie et vous allez me raconter une histoire. Cette histoire voulait-il dire ? Cette histoire de lecture ? Et quand j’évoque le projet Presq’îl-e : ah, ça, si on commence à entrer dans le sujet on va en avoir pour des heures : devenir soi, ça concerne tout le monde.
Le plaisir que c’est de s’entendre dire ça, exactement : racontez-moi, allons-y, je m’assois…

16 février 2016
Johann le Guillerm. J’ai un livre sur cet artiste, qui se définit comme un alchimiste qui cherche à créer ce qui n’existe pas encore, en marge du cirque. Sur ce que c’est que l’espace, l’espace du mot cirque, qui est non frontal. Qui aborde le corps-outil, qui crée un monde de tensions, qui amoncelle, assemble, rassemble, fait fonctionner, avancer, marcher des éléments. Chaque seconde de son spectacle « Secret » m’a plu, une à une, chaque scène, l’imaginaire prend vie, sous la forme d’une machine, d’un objet animé et poétique, d’un animal mécanique. Et ce dialogue muet du corps dans l’espace qui joue, sans précipitation, avec lenteur parfois minutieusement, parfois comme une fuite ou un combat.

23 février 2016
Envisager.
Tout le temps ce verbe.
Avancer, dans les strates du projet, la question de la vidéo, du son, du journal, des ateliers, des rencontres.
Écrire « envisager » ne suffit pas.
Écrire, décrire, développer, travailler.

24 février 2016
Pas de photo à la chaise aujourd’hui. Trop tard et trop de pluie.
Lecture à voix haute (aimer lire) au démarrage de l’atelier maquettes structure cabane refuge maison. Avec contraintes littéraires.
C’est prenant, avec grand plaisir.
Pluie dans la cour commune à la bibliothèque et à la pizzeria.
Rentrer au parc faire le point, rire et s’organiser pour le lendemain.
Du monde au château le soir : Anaïs, Anne et ses enfants Adèle et Nathan et Samir. Vincent arrive tard. Manger ensemble et parler d’amour et de sexe. Longtemps. S’exclamer mais c’est le seul truc important !

25 février 2016
Se garer loin, puis trimbaler la chaise tout le long de la piste cyclable interdite aux voitures qui s’enfonce dans les bois.

Le Cyclop est monumental et endormi en travaux d’hiver.

Sa langue dans le plan d’eau aux 400 m2 de miroirs couverts d’un filet parce qu’ils tombent, reflétant la forêt. Les remplaçants (miroirs) attendent l’autorisation administrative depuis des années. L’oreille géante bouge sa tonne sur une charnière immense, les passerelles et les balcons, la tour éphémère dégringole immobile depuis 25 ans de travaux et d’entretien sans fin. La molécule de la pilule, matérialisée, voulue, invitée dans la bouche du Cyclop, dans l’arrière-gorge, cette nécessité de la dire, de l’avaler, de l’intégrer, cette liberté qu’elle donne qu’il faut affirmer et protéger et le besoin de se battre pour se faire entendre, depuis le début, le boulot que c’est. Le sol en damier et la sculpture de Niki à toucher porte-bonheur les cornes et les crânes de céramique joyeuse. Le compteur électrique pour l’énergie qu’il a fallu attention ne pas débrancher les fils (et les filles ?). La bouche d’aération de Beaubourg tournée vers le bas comme un plongeoir Invitation au suicide (de Niki) avec un crâne monumental. Le pénétrable sonore (de Jesús-Rafael Soto) cube fébrile de tubes suspendus avec un vide au centre pour écouter les cloches qu’on croirait folles. ça sonne plus fort quand c’est un grand qui passe à travers, à cause des épaules.

Le lieu étrange et beau qui ouvre en avril, avec un bal cette année et le car pour les Parisiens gratuit. La billetterie camion rouge sera précédée du bibliobus à la date choisie, lieu de lecture continue. Programmer de lire des histoires et le journal de la résidence dans le vacarme et la pagaille autour du Cyclop occupé par le déversement d’enfants, le Cyclop livré aux gosses comme voulu depuis le commencement vu qu’ils ont même leur propre escalier.

À la fin de la visite, autoportraits à la chaise les pieds dans le sable, ne pas être sûre mais faire, m’atteler à ça et avancer : m’asseoir.

Le lendemain matin atteindre l’adresse. Rencontré il y a un mois, le fils de la dame qui a témoigné m’accompagne pour me présenter la carrière de son grand-père.
C’est une carrière pour un seul homme au bout du sentier qui grimpe, la terrasse en hauteur à flanc de pente, le quai de déchargement et le muret de soutènement en grès, le dernier coin de métal bloqué sous la roche. Le soleil entre les branches et les ronces, ma chaise qu’il a portée, que j’installe, vide. Un autre monde et ce plaisir d’être en forêt, de s’accrocher aux lianes noueuses et fibreuses, de caresser la mousse du regard qui prend la lumière et qui semble s’éclairer au moindre soleil.
La délicatesse de celui qui sait la forêt en hiver qui par magie sort un vieux journal de dedans son manteau à mettre au sol de la voiture pour ses chaussures sales du retour.

Revenir un peu crade mais ravie pour filer à la Maison, cacher les traces de boues dans mes bottes, rire seule dans la voiture. Repenser à la gentillesse de la dame qui m’a reçue avec son fils, à leur écoute attentive quand je parle de Presqu’îl-e, leur bienveillance.

Me rendre compte au moment où j’écris tard le journal que j’ai totalement oublié le rendez-vous à la pizzeria. Apprendre le lendemain que lui aussi m’avait oubliée, débordé par une journée chargée et l’absence de son collègue.

26 février 2016
La veille il nous demandait s’il y avait un prénom pour désigner son amoureuse comme on dit mon Jules, est-ce qu’on dit ma Julie ?
Elle ressemble à une amie d’enfance, de celles qui ont bien grandi, qu’on reconnaît au premier regard, avec cette sorte d’élégance fine et sans manière, directe, que j’aime beaucoup.

Préparer un bandeau différent pour chaque lecture-rencontre, sur l’affiche générique.
Pauline invite Pierre pour la première. Deux portraits et le verbe au milieu.
En déposer à l’Embuscade, le bar qui nous reçoit comme il reçoit du théâtre souvent et avant c’était du rock. Une vraie maison des volets bleus un bar gris une immense fenêtre qui donne sur le jardin qui affleure à hauteur de l’allège.

Rendez-vous à l’ONF.
Les initiales prestigieuses pour qui a vécu à l’orée d’un parc national : c’est ceux qui protègent les forêts et la montagne, pour qui l’arbre est un individu, c’est d’ailleurs écrit sur les murs dans l’entrée.
Chez eux on se gare dans un verger et on parle pour commencer des cerises qu’on pourra venir cueillir à la bonne saison.

Un morceau sous leur juridiction correspond aux exigences de la résidence : être en Essonne, être dans le parc régional, être en secteur ONF.
Il y aura des pistes et des sentiers sous les branches.
Lire quelque part en juillet, dans cette portion administrée.
Imaginer des photos à la chaise, des extraits, des témoignages lus par les élèves qui racontent le siècle d’avant avant, les sons de la carrière en action. Lire lire et lire encore, dans la forêt. Et écrire la sensation la forêt. Partir loin proposer d’autres paysages.
Découper mes phrases, les prolonger, installer le texte aux troncs d’arbres réels.

2 mars 2016
(en intervention)
C’est vrai qu’il y a des amoureux plein les couloirs dans les recoins du lycée à l’heure du soir des internes affamés.

3 mars 2016
Le lycée en couleur sous la pluie.
J’attends devant le CDI.
Des textes des textes des lycéens. Voir avec eux, relire et redire l’intérêt de ce qu’ils écrivent, leurs formulations qui éclatent déjouent contournent basculent s’arrêtent subitement sur un manque repartent. La solitude et l’ennui dont ils parlent, les liens aussi. Touchée par les émotions qu’ils racontent inventent retrouvent.

4 mars 2016
Tout de même.
Quelle étrange expérience d’être traitée comme un prétexte, un produit de consommation courante, interchangeable et négligeable. D’être là pour rien ou presque, moi ou que dalle. Au fond pourquoi pas, seule avec les élèves. Mais être moins nombreux, pour se voir, se lire et regarder les yeux.

Doutes envahisseurs sur ce qui se joue là dans les yeux.
Cette affirmation que j’ai d’un nombre de choses. Est-ce qu’on les partage ? Est-ce que l’engagement à être là, présente, suffit à ce que cela ne devienne pas une auto-instrumentalisation. Je m’efforce d’être juste, et précisément ça : présente. Mes affirmations mes convictions je les soupçonne de s’énoncer trop parfois. Cette danse sur un pied puis l’autre, douter et le dire, convaincue et le dire, partager mais douter, refuser de faire spectacle et vouloir raconter.

Mes textes, je leur laisse plus de place, ils provoquent moins de doute. Je n’affirme rien je les lis et je m’étonne parfois de l’attention palpable qu’ils récoltent.
Une classe d’un coup se tait parce que je leur dis installez-vous bien je vous raconte... La plus triste peut-être ? Oh oui, dit une jeune fille, alors d’accord. J’ai écrit des histoires tristes. Parce que la douleur c’est quelque chose. À la fin du texte l’un meurt et l’autre reste, « vous avez tout le temps que vous voulez » cette phrase que je n’ai pas inventée qu’on m’a dite quand je suis allée m’asseoir de l’autre côté du corps de mon père mort. Il y a eu un silence particulier, on en a été tous surpris, il n’était pas calculé.

Elles étaient bien ces quelques secondes. J’ai croisé des regards parce qu’enfin je levais mes yeux de ma feuille moi qui rarement la quitte parce que je perds vite le fil des mots sinon, j’ai croisé des regards et j’ai cru lire dans l’air comme une pensée un étonnement de leur part. Ils ne semblaient pas s’attendre à ça. De mon côté je ne m’attendais pas à eux, à vous qui reveniez de cette zone de l’histoire que vous dérouliez à votre idée. D’un peu à côté, d’un peu plus loin.

Et c’est souriant le bruit multiple de mains qui applaudissent.

9 mars 2016
Manger avec Anne des éditions Potentille pour le texte Anima. Est-ce que ça pourrait être un libre-livre ? Livre pauvre, livre objet, mêlant le texte court et le dessin. Faire une première maquette parce que l’envie est là, dans le train avec la feuille de mes notes pour essayer immédiatement.

Rencontrer Barroux à son atelier du ventre immense de la Baleine. Ses illustrations en cours, un projet pour l’Angleterre, à nouveau un livre sur des (ours) réfugiés climatiques. Il me parle de son roman graphique qui va sortir la Belle absente.
Décider ensemble que les maisons on s’en habille parfois et que ce sera le thème de notre rencontre-lecture-dessin. Plus tard, un jour, envisager une expo, peut-être avec le collectif, public averti*.

10 mars 2016
Rencontre avec les élèves de l’école de Maisse. Je suis venue avec des extraits des témoignages de carriers, mis en page en séries de phrases, venue avec cette envie de les écouter dire, avec leur propre voix ces mots qui parlent d’une vie de père carrier dans le souvenir d’enfance. Lire dans sa tête une fois, puis à haute voix pour être enregistré ensuite. Voir des visages qui s’éclairent parce que la voix haute dit, ils s’entendent dire eux-mêmes, entendent les mots qu’ils prononcent et tout à coup l’histoire qu’ils racontent. Elle ouvre de grands yeux tournés vers son amie à côté parce qu’elle vient de réaliser ce qu’elle vient de lire :

« C’était quand même un travail difficile. J’ai vu plusieurs fois mon père s’évanouir parce qu’il avait tapé avec une masse pendant des journées entières. Quand on tape pendant toute une journée avec une masse, le cœur est fragilisé. Mon père pouvait s’évanouir le soir tellement il était fatigué. C’est arrivé aussi sur la carrière. (…) »

Pauline Sauveur - 4 mai 2016
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