Martin Högström | Il est hors de soi

Ces quatres poèmes forment le début de la section de "Han är utom sig" ("Il est hors de soi"), p41-44 de "Journaler" ("Journaux") de Martin Högström (2013)

Traduction du suédois : Julien Lapeyre de Cabanes.






« On pourrait dire que « l’esprit » d’un être ou d’une chose se réduit à sa capacité à être encore objet de souvenir ou de représentation lorsqu’il cesse d’être perçu. »

S. Freud







une chose s’actualise lorsqu’on l’extrait
régulations et délimitations apparaissent
simultanément. une conversation. de quoi
peut-il s’agir. ça coïncide avec l’actuel
et s’accentue



une distribution nécessaire elle

brûle un trou
dans l’encre







Ils racontent la peinture au pistolet il y a 30.000 ans. Solitude en images s’éveillant. La flamme de la civilisation s’allume dans l’histoire de l’homme amant et à venir. Le monde de la tristesse commence. Un enfant sait (le monde était fort). Il y a là une innocence particulière. Réellement politique. Une éducation, une capitale en discussion. Morbide mais beau. Métaphorique et plat, très exposé. Les plus grands, les aînés des enfants les aiment, parlent clair et plein de leur famille. Une certitude précise qu’il y aura trop.







Un paquet nous a pris par surprise. Un dictionnaire. Le soir pâlit, enfle jusqu’à ce qu’on ne respire plus. À contrecœur. Échapper à la masse qui dérive. Un acte organique accablant (il y a vingt ans). Jusqu’à la mort. À la dernière seconde, trop tard pourtant. Le définitif demeure devant une curieuse analogie. Un assez grand froid. Comme part de la négation du livre. Un nuage autour de chaque condensation. Laissé de la liberté qui avale. D’une autre manière. Simultanément. Malgré le prix, euphorique.







Martin Högström, né en 1969, est un poète, traducteur et éditeur suédois. Il a publié cinq recueils de poésie, notamment Journaler (2013). Traducteur de l’anglais et du français, il a traduit, entre autres, Claude Royet-Journoud et Jean-Marie Gleize en suédois. A l’automne 2015, il était en résidence au Centre International de Poésie de Marseille.

Julien Lapeyre de Cabanes vit à Berlin où il se consacre à la traduction du suédois et du turc. Pour remue.net, il a également traduit des poèmes de Bengt Emil Johnson.



26 avril 2016