Khalid El Morabethi | Deux poèmes

Alzheimer

Alzheimer fait le tour de la table
Entièrement nu et avant de se laver le visage,
Car il hait sa nature, ses vêtements et les anniversaires, il ne voudrait pas savoir son âge,
Alzheimer veut être piano,
Non pas un vieil homme méchant mais piano,
Non pas un grand-père qui attend son petit déjeuner mais piano,
Non pas un grand-père qui attend un coup de fil de sa fille mais piano,
Non pas le chaos mais piano,
Juste pour savoir ce qui se passera quand monsieur noir jouera la première note,
Juste pour savoir si la mort l’aime,
Juste pour savoir s’il est proche de l’idéal,
Juste pour savoir s’il peut encore avoir mal.
Alzheimer fait le tour de la table,
Sa femme lui dit qu’elle peut le laisser comme un sac,
Qu’elle peut le jeter comme une pierre au bord du lac,
Si elle le tue, elle serait seule, pensait-elle,
Si elle se tue, il serait seul, pensait-elle.
Les sourires tombent,
Les regards tombent,
Les mots tombent,
La pluie tombe
Étrangement,
Lentement,
La mémoire tombe,
La salive tombe,
Une idée tombe,
Une autre feuille d’un arbre tombe
Étrangement,
Lentement,
Avec une telle beauté,
Alzheimer pense que s’il devient piano, le temps va s’arrêter,
Il pense que s’il devient piano, les cris de sa ténébreuse vont s’arrêter,
S’il devient entièrement piano, la douleur du cancer va s’arrêter,
Les battements inutiles vont s’arrêter,
Maudit cœur…
Maudite fleur,
Belle mais angoissante,
Elle est belle mais elle donne ce sentiment de haine, ce sentiment de honte,
Maudit cœur…
Maudite fleur,
Maudit miroir,
Sale tête, disait-il,
Il veut avoir une nouvelle tête,
Il veut être piano protégé par une bête
Maudite image,
Maudit stylo, maudites pages.
Alzheimer fait le tour de lui-même
Il dit : ‘’ Je ne veux pas m’enfermer dans une tombe et qu’on annonce ma mort’’
Il veut être piano, bien caché tout au fond de la mer, comme un trésor.



Grace à un singe, A cause d’un singe

Grâce à un singe, une lâche réalité est venue à l’existence,
A cause d’un singe, les éboueurs écrivent des lettres d’absence,
Grâce à un singe, la ligne passagère a trouvé un sens,
A cause d’un singe, les étoiles de l’autre côté de la mémoire, perdent leur puissance,
A cause d’un singe, les battements du tableau vide perdent leur présence,
A cause d’un singe, ont eu lieu de nouvelles naissances,
La naissance des pères qui mangent leurs fils pour être des dieux forts
La naissance des menteurs qui ont des papiers qui prouvent que l’autre avait tort,
Que le chat ne marche pas à quatre pattes,
Que la terre est plate,
Que les étoiles n’existent pas, ce ne sont que des envahisseurs qui se préparent à une attaque,
Que l’homme pigeon sera mangé par un titan en fuite, à cause d’un maudit singe insomniaque,
A cause d’un singe, l’homme à cent têtes prend ce qu’il a offert,
Et Caïn tue à nouveau son frère,
Et l’homme corbeau tristement l’enterre,
Puis, l’homme dans le miroir cache l’indenté meurtrière.
Minable singe, minable monsieur à cigare,
Minable singe, minable monsieur sans mouchoir
Minable singe, minable dame enfermée dans sa cuisine,
Minable singe, minable dame en colère qui se libère et qui commit son crime.
A cause…
Grâce à… à cause…
A cause d’une fausse cause…
A cause d’un point, à cause d’une pause…
Grâce à une rose,
Offerte.
La chaise part et la porte d’en face est enfin ouverte,
Mais l’homme aux yeux crevés sait qu’il a tué il y a longtemps l’espoir,
Que la rose n’est qu’une utopie, qu’un beau cauchemar.
Grâce à un singe, une lâche réalité est venue à l’existence,
A cause d’un singe, le mangeur de foie humain, brûle les réponses,
Le mangeur d’âmes, de foi, d’os et de cœurs, brûle tout avec virulence,
Et l’oncle augmente le volume de la télévision,
L’oncle ne voudrait pas écouter son neveu, il ne voudrait ni voir son dessin ni sa vision.
Un mensonge est venu à l’existence,
Pendant que l’ombre d’un absent est flippé d’être seule avec sa conscience,
A cause d’un singe, l’oncle assit sur un canapé, mange ses vices,
Pendant que son neveu plante des cailloux,
Et la mémoire masquée n’est qu’une observatrice.





Khalid El Morabethi est né le 10 juillet 1994 à Oujda au Maroc. Il commence à écrire à l’âge de 12 ans. Après avoir obtenu son baccalauréat, il commence des études en littérature française à la Faculté de Lettres Mohamed1 de Oujda.

27 mai 2016