Jean-Marie Barnaud | Le don de l’ombre













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Au soir
sur le pas de la porte
l’odeur de l’herbe coupée

Et quelque chose en vous
venu de l’ombre
crie victoire

(longtemps après
le souffle court
on tremble encore)

Le guetteur immobile
voudrait serrer
entre ses mains trop étroites
ce feu-là

On entend derrière soi dans la salle
les voix du temps présent
voix de la nécessité
et plus loin la basse rumeur des machines
avec l’éclat spasmodique des écrans
contre les murs

La fraîcheur gagne il faudrait fermer la porte

&

Qu’a donc éveillé si fort
l’herbe
que le corps en premier
a cru à sa chance

Un moment encore
on reste sur le seuil
à respirer
tenant là se dit-on
contre les jours en désordre
un viatique

Des formes passent dans la nuit :
une vieille femme arpente le jardin
chaussée d’espadrilles
un tablier bleu sur son ventre replet
D’autres formes se penchent vers vous
disant des choses douces
sans que jamais on entende leurs voix
sans qu’on voie leurs visages
et pourtant
c’est comme si leurs regards chantaient encore
accompagnant la nuit

On n’est pas dans la mélancolie
plutôt dans l’attente d’un retour
sachant qu’il n’y a pas de retour
rien qu’une évidence froide

&

On voudrait dire à ces passantes
aux visages si lointains
qu’on les croit perdus à jamais
comme ceux des bannis
que l’oubli guette
on les prie même
de ne cesser jamais d’être ici
et de se faire entendre
comme dans l’ombre
ce parfum d’herbe
sa confidence :

De l’instant qui vient
capter la jeunesse
s’en faire une lumière
et la porter plus loin

17 juin 2016