La Colline [Edgar Lee Masters]

Où sont Elmer, Herman, Bert, Tom et Charley,
le faible d’esprit, le fier-à-bras, le pitre, le soiffard, le bagarreur ?
tous • tous dorment sur la colline.

Un : la fièvre,
un : brûlé dans une mine,
un : tué dans une rixe,
un : mort en prison,
un : tombé d’un pont, à trimer pour nourrir femme et enfants •
tous • tous dorment dorment dorment sur la colline.

Où sont Ella, Kate, Mag, Lizzie et Edith,
le cœur tendre, l’âme simple, la gueularde, l’orgueilleuse, la chanceuse ?
toutes • toutes dorment sur la colline.

Une : accouchement clandestin,
une : chagrin d’amour,
une : entre les mains d’une brute dans un bordel,
une : orgueil brisé à vouloir suivre la voie de son cœur,
une : la vie au loin, Paris et Londres,
rapatriée dans son coin de terre près d’Ella, Kate et Mag •
toutes • toutes dorment dorment dorment sur la colline.

Où sont oncle Isaac et tante Emily,
et le vieux Towny Kincaid et Sevigne Houghton,
et le major Walker qui avait parlé
aux hommes vénérables de la révolution ?
tous • tous dorment sur la colline.

On leur a ramené des fils morts à la guerre,
des filles fracassées par la vie,
et les orphelins • pleurent —
tous • tous dorment dorment dorment sur la colline.

Et Jones le violoniste
qui a joué de la vie quatre-vingt-dix années,
qui bravait la neige poitrine nue,
buveur, débauché, se fichant pas mal d’une épouse ou d’une famille,
de l’or, de l’amour, du ciel ?
Le voilà ! Il blablate au sujet des poissons frits d’hier,
des courses de chevaux à Clary’s Grove,
de ce qu’Abe Lincoln déclara
un jour à Springfield.


traduction Général Instin parue au Nouvel Attila collection Othello

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23 octobre 2016