Thomas Ross Jr. & l’hirondelle à front blanc

90 Thomas Ross Jr. [Edgar Lee Masters, traduction Général Instin]

Je l’ai vu de mes yeux vu :
une hirondelle à front blanc 90c
a fait son nid dans un trou en haut d’un banc d’argile
là-bas près de Miller’s Ford.
À peine les petits furent-ils éclos
qu’un serpent se hissa jusqu’au nid
et dévora la nichée.
Alors la mère avec des battements d’ailes
et des cris aigus
combattit le serpent,
l’aveuglant de ses coups
jusqu’à ce que, se tordant et levant la tête,
il bascule en arrière
dans la Spoon où il se noya.
Une heure à peine était passée
qu’une pie-grièche
empala la mère hirondelle sur un épineux.
Quant à moi, j’ai dominé mes bas instincts
pour finir détruit par l’ambition de mon frère. 90b


90c L’hirondelle à front blanc [François Athané, poème extrait de Spoon River paru aux éditions Le nouvel Attila / Othello]

J’avais préparé le nid dans l’argile
là-bas près de Miller’s Ford.
J’ai vécu et je voulais faire vivre,
j’ai combattu, puis succombé, mais ce fut le hasard
d’un buisson d’épines. Et j’ai vu ma mort sidérer la mort
dans le regard de Thomas Ross. 90
J’ai vécu, longtemps j’ai volé
par-dessus les toits et la rivière, vers la colline.
À travers ciel j’écrivais l’indéchiffrable du temps à tous les êtres.
Et j’aimais la saison.
Tout est beau tant que le soleil éclaire • les pierres •
Vivants, vous lirez pour vivre. Vous retentirez
de l’espace que vous laissent les morts
pour chérir. Vous lirez, vous oublierez,
vous vous laisserez lire : il y a, il y a à vivre,
encore, il y a encore à dire,
déjà vous êtes la colline, vous recueillez mon mot,
tout est à aimer tant que le soleil éclaire • les pierres •
vous serez la terre ignorante d’elle-même, obscure bonté
qui surabonde. Mais déjà
des murmures vous parviennent
pour l’inachevable que nous sommes.


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19 novembre 2016