Webster Ford & Soldat Inconnu

0b Webster Ford [version Général Instin / Benoît Vincent, 243
poème extrait de Spoon River paru aux éditions Le nouvel Attila / Othello
— Webster Ford est le double fantomatique d’Edgar Lee Masters]

Rappelle-toi, Apollon de Delphes
la rivière à l’heure du crépuscule où Mickey M’Grew 131
• hurla : IL Y A UN FANTÔME
et je • Apollon de Delphes.
Et le fils du banquier se moqua de nous : C’est le reflet 130 103
des iris sur l’eau, bande d’andouilles.
Rappelle-toi, ô mémoire de l’air,
je ne suis plus rien qu’un petit tas de poussières
• ma forme physique •
mais je suis l’auteur de ce livre.
Quel est le poids d’un corps face à un livre de voix mêlées ?
Un corps ne pèse rien face à un tel livre de voix.
Seul le fantôme écrit
• TU le sais •
parce qu’écrire est cela : revenir,
rappeler au jour
ce qui, de la nuit, est au plus noir.
SEUL LE FANTÔME ÉCRIT.


244 Soldat Inconnu [Lucie Taïeb, poème extrait de Spoon River
paru aux éditions Le nouvel Attila / Othello]

Mort, j’entrepris de traduire ces épitaphes qu’il avait,
vivant, consacrées aux morts de la rivière Spoon,
non pas les phrases officielles mais ce que, morts,
ils auraient dit s’ils avaient eu le loisir de parler aux vivants.
Combien de fois rivière, franchie puis à rebours, dans un sens,
puis l’autre. Combien de fois barque chargée, de mots,
de corps d’histoires, une rive éloignée,
une autre langue, un autre temps.
Je n’ai pas fait le compte.
De mes yeux fatigués j’ai repris lettre à lettre,
mot à mot, chant à chant,
et jamais ne me quittait l’espérance insensée :
voir Petit le poète, voir Caroline Branson, 85 198
voir Thomas Ross Jr., voir Pauline Barrett, 90 86
voir le cheval Billy Lee, voir le Maître 153b
en personne débouler dans ma pièce,
et pour chaque mot, chaque phrase, chaque lettre,
me dire ce qu’il en était, me le dire dans la langue
à tous les morts commune,
celle qu’on ne traduit pas,
celle qui est.


voir la suite du dossier Spoon River [prolongations]

16 février 2017