Soutenir la romancière Asli Erdogan

Un appel de Tieri Briet en faveur de la romancière turque Asli Erdogan :

« C’est la prison à vie qu’ont réclamée jeudi dernier (le 10/11/2016) les procureurs d’Istanbul contre Asli Erdogan ! Et l’emprisonnement d’une romancière jusqu’à sa mort, c’est l’assassinat prémédité d’une littérature qui entend rester libre ! Alors si les théâtres et les lieux d’art demeurent des lieux vivants sur ce vieux continent, des lieux soucieux d’humanité et d’une littérature encore en vie, alors ils doivent aussi servir à diffuser la parole d’une romancière emprisonnée pour ses écrits. Lisons les textes d’Asli Erdogan à voix haute, partageons leur beauté face à un Etat devenu assassin. Jusqu’à la libération d’Asli Erdogan ! »


Lettre de prison

Chères amies, collègues, journalistes, et membres de la presse, Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakırköy, au lendemain de l’opération policière à l’encontre du journal Cumhuriyet, un des journaux les plus anciens et voix des sociaux démocrates. Actuellement plus de 10 auteurs de ce journal sont en garde-à-vue. Quatre personnes dont Can Dündar, (ex) rédacteur en chef, sont recherchées par la police. Même moi, je suis sous le choc. Ceci démontre clairement que la Turquie a décidé de ne respecter aucune de ses lois, ni le droit.

En ce moment, plus de 130 journalistes sont en prison. C’est un record mondial. En deux mois, 170 journaux, magazines, radios et télés ont été fermés. Notre gouvernement actuel veut monopoliser la “vérité” et la “réalité”, et toute opinion un tant soit peu différente de celle du pouvoir est réprimée avec violence : la violence policière, des jours et des nuits de garde-à-vue (jusqu’à 30 jours)… Moi, j’ai été arrêtée seulement parce que j’étais une des conseillères d’Ozgür Gündem, “journal kurde”. Malgré le fait que les conseillères n’ont aucune responsabilité sur le journal, selon l’article n°11 de la Loi de la presse qui le notifie clairement, je n’ai pas été emmenée encore devant un tribunal qui écoutera mon histoire.

Dans ce procès kafkaïen, Necmiye Alpay, scientifique linguiste de 70 ans, a été également arrêtée avec moi, et jugée pour terrorisme. Cette lettre est un appel d’urgence ! La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante. Je suis convaincue que le régime totalitaire en Turquie, s’étendra inévitablement, également sur toute l’Europe. L’Europe est actuellement focalisée sur la “crise de réfugiés” et semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Actuellement, nous, -auteurEs, journalistes, Kurdes, AléviEs, et bien sûr les femmes - payons le prix lourd de la “crise de démocratie”. L’Europe doit prendre ses responsabilités, en revenant vers les valeurs qu’elle avait définies, après des siècles de sang versé, et qui font que “l’Europe est l’Europe” : la démocratie, les droits humains, la liberté d’opinion et d’expression…

Nous avons besoin de votre soutien et de solidarité. Nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait pour nous, jusqu’à maintenant. Cordialement.

Aslı Erdoğan,
le 1er novembre 2016
Prison Bakırköy Cezaevi, C-9, Istanbul
Traduit du turc par le site Kedistan

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Extrait de Le Bâtiment de pierres (Acte-Sud)

« Si l’on veut écrire, on doit le faire avec son corps nu et vulnérable sous la peau... Les mots ne parlent qu’avec les autres mots. Prenez un V, un I et un E et vous écrivez Vie. À condition de ne pas vous tromper dans l’ordre des lettres, de ne pas, comme dans la légende, laisser tomber une lettre et tuer l’argile vivante. J’écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, dans un soupir. Comme on cueille un fruit sur la branche, comme on arrache une racine. Il te reste le murmure que tu perçois en plaçant contre ton oreille un coquillage vide. La vie : mot qui s’insinue dans ta moelle et dans tes os, murmure évoquant la douleur, son qu’emplissent les océans. »


Pour soutenir Asli Erdogan, on peut signer la pétition réclamant sa libération immédiate. On peut aussi lui écrire car même si les lettres ne lui sont pas remises, elles diront qu’elle n’est pas oubliée du monde entier :
Sayin Asli ERDOGAN Bakırköy Kadın Kapalı Cezaevi C 9 Koğuşu Bakırköy lstanbul (Turquie)

José Morel Cinq-Mars - 15 novembre 2016