Jérôme Villedieu | Nuitistes

Nuitiste
passage nuit. Explosion de colère. Chut.
Nuitiste
fonctionnaire de la dérive.
Fonctionnaire à la dérive, en manque de cap, tiens-bon le cap
jeux de mots faciles, bonne espérance, se détourner
spécialiste de la non-zone, diplomé d’irradiation et de volte-face.
Non-aglomérable.
Rarement ingénieur, déménageur, plutôt dans la coulée.
La coulée douce inscrite sur l’ardoise,
serpentant dans des couloirs, rasant des murs, attendant que ça passe,
humain touché par la fragilité des choses, capable d’esclandre, mais plus de blesser, plus de blessés, assez
vivant en confusion,
contempteur d’évidences et de gavage, cher
bruitiste, même pas peur,
mais tendant à penser, regardant autour
tâcheron des enveloppes que cherches-tu en fourguant dans ton sac des animaux, des pièces d’or,
une méduse de plâtre régne sur cette monotonie colorée,
balancement de pans unis et de tâches insaisissables, moteur dans le paysage
abimé.



Eruption de violons dans une chambre
la nuit les gens s’entendent mieux
mais pas cette nuit-là
ce furent des coups de tambour avant exécution,
l’affaire d’un roulement,
le renversement de roulades mortelles,
un numéro qui s’efface quand pour d’autres c’est un simple passe-temps,
une bobine,
contre la digue le flot grondant d’une journée de carnaval, l’écume,
le goût de vivre perdant de son goût (ne pas remuer) il a bien fallu partir, le nuitiste n’en pouvait plus, souhaitait quitter ces paysages.



Coureurs de fond, amours,
impairs et passes.
S’il est un mur est-ce celui de ceux qui croient qu’à force de parler se démêlent les noeuds dans la trame de nos vies ?
Explication : nous sommes issus d’histoires trouées
de puits sans fonds, de colons, de routines, de comptines, de devinettes,
l’entreprise de maçonnerie des combats inutiles des positions des lamentations des craintes de disparaître d’être absorbé pénétré détruit. Finie
l’explication.



Nuitiste,
acceptant la faiblesse de ce qui ne se dit pas :
mieux vaut faire le mur que d’apporter sa pierre à l’édifice, se dit-il en écoutant les îles en attendant la fin du service
ça colle fort
il est terrible ce ciment de haine rentrée
s’il s’agit de ces forts -
laissez tomber la truelle,
parlez, d’abord de l’aube :
l’aube n’aura pas le même sort
car les stylos auront claqué
et il y aura quelque-chose qui aura
à voir
avec le réveil
peut-être dors-tu, moi pas
j’aurais voulu te connaître
ailleurs.



Pourquoi avez-vous démonté le plancher si tôt, la terre se dérobe, il n’y a plus de sol le nuitiste est seul, le sol s’est absenté les animaux grouillent, personne ne vient, ce sont pourtant de sales bêtes, il vous en veut -
colère.



Pourquoi avez-vous creusé cette nuit dans nos coeurs, la béance de nos coeurs et rempli nos véhicules de ce sable qui n’est pas du sable ? Pourquoi avez-vous bricolé la fenêtre et
le moment qui procède du saut, quand tout était si lumineux ?
Pendant ce temps le hâbleur qui cherchait à convaincre de son goût, de sa tour de légos, mesurait-il que la terre ferme avait pris la dimension des entrailles, et que la boue non plus n’était plus bouillasse, oh nuitiste il te faudrait une solide remise en jambe, un jogging de pages, une soupe chimique, foin des rousseauistes et de leurs sbires, haro sur les nudistes, vas-y-
cogne.





20 novembre 2016