une petite fenêtre d’or | Mireille Gansel

Dans Traduire comme transhumer, son précédent ouvrage, Mireille Gansel nous invitait à l’accompagner sur ses chemins de traduction, toujours conçue comme rencontre, bien souvent littérale, avec un auteur, sa langue, son lieu. Il est de nouveau question de rencontres, dans Une petite fenêtre d’or (paru aux Editions de la Coopérative), et, de nouveau, de souvenirs.

Le livre se compose d’une suite de textes brefs, tous commencés par une minuscule, car c’est une pensée vive que l’on suit ici, concentrée en moments d’intensité. La langue y est comme apurée, les virgules rares, la parole, limpide, généreuse, coule de source et s’adresse aux amis, aux poètes, aux absents, avec qui se poursuit un dialogue commencé ensemble et continué à distance mais toujours tourné vers les autres, en leur singularité.

Parmi les lignes de forces qui sous-tendent l’édifice, le souci d’une action commune, discrète mais pugnace, pour faire de notre monde un espace d’hospitalité. Et toujours, - comme, déjà, dans Traduire comme transhumer - la recherche d’une langue aux racines multiples et profondes, langue déjà plurielle, pour dire une expérience du monde qui jamais ne s’éprouve comme identique à soi, mais laisse toujours place, auprès de nous, en nous, à l’étranger : comme celui qui vient de loin et recherche un abri, ou comme ce qui, en nous, ne coïncide pas avec ce que nous sommes.

De cette accointance féconde témoigne la présence de mots venus d’un passé lointain et qui revivent sous sa plume : le beau mot de "reflenber", trouvé dans les commentaires de Rachi, emprunté à son parler champenois pour traduire et reformuler l’hébreu, ou encore, le provençal "s’esmaraviha", trouvé chez Mistral, et qui dit l’étonnement, la merveille, celle qui anime le regard neuf des enfants.

Car dans chacun de ces textes, vibrant d’un humanisme lucide, combattant, on trouve aussi la foi, sans mièvrerie, en quelque chose qu’on pourrait nommer la beauté du monde, celle devant laquelle il peut nous être donner, encore et malgré tout, de nous émerveiller, - et ce livre nous y aide.

Lucie Taïeb - 20 décembre 2016