VERS L’OUTRE-CLIMATS, par Catherine Pomparat

À propos de Climats de Laurent Grisel, publie.net, 2015.

Lire les Mundurukus, une séquence de Climats.





Conscience, Intuition, Notion, Sens, Sentiment, une clique de vigies verbales déplace, entraîne, emporte mes lectures VERS L’OUTRE-CLIMATS libérateur. La visualisation de l’espace poétique ne s’affiche plus dans le titre du poème mais dans son au-delà : l’effet qu’il produit sur les sensibilités de mes lectures.

J’enregistre le désastre mais je ne le vois pas.

Il me faut provisoirement implémenter une fonction de traduction. Ce que me fait l’image du texte réordonnancée et recadrée, c’est rendre visible une sémantique de l’emplacement déplacé.

Le changement d’astre apparaît.

Sans en avoir l’autorité CLIMATS a le pouvoir de renverser l’ordre des choses.


VERS L’OUTRE-CLIMATS

Conscience de CLIMATS a des cheveux blancs de naines blanches : objets stellaires brillant d’une lumière propre. Ce qui fait la singularité de ces étoiles, c’est l’absence complète de leurs traces dans l’espace. Même les naines blanches géantes [ce qui est le cas avec ce poème-là] n’en produisent pas. À mesure que leur diamètre décroît, la puissance de la lumière croît. La fenêtre est ouverte à la fin du poème : l’air est la lumière.

Intuition de CLIMATS attrape la « maladie des clochettes » ; dans la montagne elle voit l’image fluide des moutons allant à flanc : un chaos sans cesse changeant. Elle écoute leur langue pour ne pas s’égarer dans la cosmologie à champ proche éloigné. Le mot vigie balade les flots de galaxie. Le baladin déploie le poème au pluriel d’anathèmes. D’entrée une pluralité déportée porte l’épopée. Lire une montée des eaux marines fait beaucoup marcher.

Notion de CLIMATS regarde une forêt faire ce qui n’a jamais été fait. Sa vision ordinaire du peuple des arbres réprouvés contamine la biodiversité planétaire. Elle confond les mots et la terre. Les troncs souillés, les branches gangrenées et les feuilles mortes tombent dans le Livre des Propriétés des Choses. Des gouttelettes scintillent dans les verbes accélérés. Des molécules de langage déchargent les effets du dérèglement climatique. Le courant emballé charrie les mots qui saignent.

Sens de CLIMATS orpaille les A privatifs. Ses mains tenant le vide, c’est maintenant la lettre séminale qui augure l’agencement futur de la nature. Les répétitions d’un monde sans intention quittent une à une le bas relief lucrétien : le monde est sensible. L’ordonnance assignée des relevailles asphyxie le but à atteindre. Le pesticide meurtrier affirme sa criminalité au fur et à mesure qu’il place à distance l’illisibilité du lieu du crime sur une échelle illimitée.

Sentiment de CLIMATS provoque une onde de pression. Cette ferveur énergétique-là liée à l’espace poétique s’emballe sous l’action du but à atteindre. Son trait d’union est indéfiniment étiré par le passage d’un état à un autre. Le drame monte au niveau cosmique. Pour décrire sa ligne il ne reste plus à l’Univers entier que le pluriel du verbe aimer. Allez, hop, on y va ! dans le poème, poursuivre le même combat, avec ses outils mêmes.

Pourquoi le pluriel de CLIMATS s’accorde-t-il là avec la règle séculaire de mon émoi ?

2 janvier 2017