Nig le chien [3]

13b Nig le chien [Claude Favre]

Os en bouche, babouines salives, tout un monde
n’est-ce pas, n’est-ce pas assez pour un chien ?
Ça qu’elle hurlait, hyène, avec sa voix perchée, 14
et les coups, et avec ça insultes : corniaud, ça
faisait que j’en pissais de détresse – ô ma vie !
Mais surtout ● pas lui dire à Lui, déjà perdu à 13
la craindre se hausser du col, avec ses mines,
misère ! Quand lui, rêvait ●
Chut... ça réveillerait les morts ! Avoué, c’est pas
un métier quand on lèche les verres, on s’y mettait
à deux, il couinait des fois ça ! Elle, pincée, mais
pas si fière avec les hommes, gloussant poésie !
ça non plus lui ai pas dit, qu’il aille pas imaginer
être encore amoureux, j’avais besoin de lui, mon
Prince alcoolique qui sentait l’oignon, et l’ail, qui
braillait des chansons de marins disloqués ●
et qui rêvait ●
primo : d’écrire un grand roman qui aurait eu pour
titre « Les arbres penchés sur Spoon River », qui
devenait parfois à l’aube défraîchie « Les hommes
penchés de Spoon River ». Ou bien « Couteaux
pâles ».
deuzio : de construire de grandes cages à oiseaux,
jamais compris pourquoi.
Certaines nuits, l’œil fou, il répétait, je préfèrerais
ne pas, jusqu’au vertige. C’était à en perdre
raison, ces négations, jamais compris, je suis ●
Nig, chien positif.
Et quand il décida de nous embarquer tous deux
pour d’autres arrière-mondes, Madame entendit
le plus puissant, le plus loyal aboiement qui lui
restera dans les oreilles à la garce jusqu’à son
heure fatale.
Il faut toujours, toujours être positif.
● N’empêche, n’être plus qu’
● os pour les charognards m’est fort vif déplaisir.



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8 mars 2017