Ghada Khalifa | Je vais vers qui a son soleil…

Ce poème de Ghada Khalifa, ainsi que d’autres, a paru dans Habiter cette maison que viennent de publier les éditions alidades.

Ce recueil rassemble les textes de quatre poètes arabes contemporains : Ghada Khalifa (Égypte) traduite par Marianne Babut, Abdullah Almuhsin (Arabie Saoudite) traduit par Dina Abdallah, Kadhem Khanjar (Irak) traduit par Leïla Kherbiche, Rasha Omran (Syrie) traduite par Hala Omran et Wissam Arbache.





Je vais vers qui a son soleil sur lui et attends. Il sort de l’ordinateur et fond sur moi en criant : Où est ton soleil, toi ? Je me tais et le regarde. Il pose une main sur mon cœur et dit d’une voix sonore et sans appel, ton soleil est ici. La nuit noire tombe soudain, l’écran de l’ordinateur s’élargit, s’élargit jusqu’à envahir le ciel. Avec un couteau en mastic, je lacère l’écran. Mais une seconde couche-écran d’i-Phone apparaît. Je lacère et lacère encore, jusqu’à atteindre le bureau de poste. Là, je trouve ma mère, une carte de rationnement à la main, qui pleure.

Je suis une femme et j’ai besoin de parler. Il ne m’est pas possible d’être indifférente à ma vie. Je veux me délivrer de mon propre volcan, je ne peux pas chaque fois contenir son irruption. La poésie est un effet secondaire des maladies volcaniques. L’écriture me prend par la main, puis se met à courir, et moi avec. J’écris et observe le lecteur qui va colorer certains extraits précis et négliger tout ce qui ne rentre pas sous son parasol à lui. Pourquoi est-ce que je le laisse faire ? Pourquoi est-ce que je lui cède le cadavre entier du texte, alors qu’il pourrait se contenter de morceaux ?

Ma voix s’échappe de moi et lorsqu’elle revient, elle traîne à sa suite les voix des autres. Je veux un homme pétri dans le miel d’une autre, un homme déjà utilisé, sur lequel une ou plusieurs femmes ont laissé leur marque, un homme bouillonnant qui ne craint pas d’avoir le cœur en miettes une nouvelle fois. Un homme ancien, avec une inoubliable hémorragie et le fantôme d’une femme qui dormira à nos côtés dans le lit. Je veux cet arôme amer qui ajuste l’amour.

Ghada Khalifa.

(Traduit de l’arabe [Égypte] par Marianne Babut.)
© éditions Alidades.





« L’Atelier - Les littératures arabes en mouvement » est une suite de manifestations littéraires et poétiques conçu par Wissam Arbache, acteur et metteur en scène syro-libanais, avec le soutien de l’Institut du monde arabe et de la fondation Jean-Luc Lagardère.

Ce cycle a pour vocation de donner à entendre des voix d’écrivains du monde arabe de manière singulière, en bilingue ou en multilingue, afin d’en montrer la vitalité, de les faire découvrir à un public francophone qui y trouvera des échos universels sortis des lieux communs, et aussi de les rendre à un public arabophone à qui elles n’ont souvent pas été transmises dans leur ouverture et leur richesse.

Les rencontres ont lieu à l’Institut du Monde arabe le premier dimanche de chaque mois à 15h30 dans la Bibliothèque.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.
Institut du monde arabe :
1, rue des Fossés-Saint-Bernard, 75005 Paris.

Prochain rendez-vous le dimanche 7 mai 2017 : « Théâtre mis en espace » : Paris, cité interdite, suivi de Les désordres du violoncelle d’Amira Géhanne Khalfallah, jeune auteure algérienne qui écrit en français et vit au Maroc.

D’autres rencontres suivront les dimanches 4 juin (Voyage à travers les littératures arabes portées par des élèves du lycée international de Courbevoie), 2 juillet, 1er octobre, 5 novembre et 3 décembre 2017.

25 avril 2017