Pierre Drogi | erreurs tenaces

1




le vent salubre ? et desséchant agite les troubles attachés au feuillage, tout frémit et tremble, ce que le vent touche s’il est vivant (prend peur)

je suis es-tu dit la muse ou bien c’est la conscience. et c’est cela qu’elle dit pas tu es ni je suis.

non sans blague et peine . toutes ces notes d’aparté lourdes . équivoques, non ?
sans porte . sans éclats . sans dommages .
lourdes bouches aussibouées de ciment , gilets de plâtre .
on avancera les ramesune à uneprudemment .
et pour briser les glaces ce petit pic avec son seau .

Qu’est-ce qui t’empêchera de lire
– les lignes de la main, les herbes, les bois, la surface des fleuves, le tremblé des visages, les livres, les cœurs : « les reins et les cœurs » ?

« Bras tombés restent sans voix. »

La lecture mauvaise, mauvaisement pensée, l’interprétation bornée d’un texte, sacré quand il le faudrait saint ?
Naturellement on ne lui rend pas vie, mais on le tue deux fois plaquant la lettre sans égard sur le lieu du sens.








2




arc-bouté sur la parole le silence des arbres odorant le mot final sous ce gazon vorace pactise avec la faim
amour léger qui défais les cachots retrousse ton col

dans le froid venteuxexploratriceelle détache détache et quasi invisible dans l’ombre matinale, accrochée agrippée tache noire petit morceau de mauvais ange ?

tandis que les barbules des carpes émergent de l’ombre et de la vase
allons guéris toi-même

le brocard se mire et prend le vent hume l’air
miré par l’étang

renard maigre :
chemin parcouru de biais route fuyant la sente droite
efflanquéassoiffé aussi probablementtrotte trotte – charbonnier .








3




tilleul l’odeur porte loin laissant arôme de cannelle

échos d’un rêve offert : la nasse les eaux de plomb
océan de saletésau bord la femme à la pierre,géante,qui la brandit puis la jette « elle va prendre le mal »
puis l’ange au livre qui te le tend pour que tu fasses de même « il est trop beau pour le jeter » immondices corps d’enfant suppliciés cygne d’arc-en-ciel concluant par
transparence soudaine des eaux purifiées

monte au clocher par le bulbe à l’échellequelqu’un en est tombéqu’on avait / qui fut préposé à l’horloge

en terre versatileengoulé








4




à l’autre bout de la rue l’autre bout manquemal pêché détaché de l’hameçoneh les gars l’anxiété ne nous vaut rien

grappes évidentescomme buées perdues dans l’étrangeté d’un chemin qu’on croit connaître

il signifie absinthe trente ans que le chemin noir a pris ce nom.
çaabsinthea pris son nom.
les fougères font de la gymnastiqueétiration plongée (ployées)une frange
quasi tout noyé ne reste qu’un fromage
le cri bloqué d’un coq le choc sourd et rapide d’un pic

quand même et quand bien même encore cette année-là
Saint-Georges et la Résurrection
de Lazare
se rencontrèrent un même jour.








5




une souille entourée de noisetiers l’homme est un malin croit-ilil écourteil encanaille les broussaillespour mieux tirer les faisans
le bain du geaichasse gardéeparaît-il

« Seigneur !
L’homme est une chose tellement argileuse… »

vous rirez quand vous serez morts ?! hurle le forcené qui gueule après le coin de la rue

Vous plaît à dire.









De Pierre Drogi nous avons publié :
— ombre attachée, un poème en dix séquences ;
— mémoire matière, prolongement de la section « Hassana et l’ouvrier d’Yport » de l’ensemble (Animales->article6158] ;
— sa traduction des Ravisements et d’Une leçon de poésie de Nichita Stănescu.

1er mai 2017