Amira-Géhanne Khalfallah | Paris, cité interdite, extrait

Le dimanche 7 mai à 15h30 à l’Institut du monde arabe, dans le cadre de « L’Atelier, les littératures arabes en mouvement », le metteur en scène Wissam Arbache propose de faire découvrir l’écriture d’Amira-Géhanne Khalfallah, une auteure algérienne de langue française, .

Amira-Géhanne Khalfallah a écrit Les Désordres du violoncelle, sa première pièce, en 2012. Elle y aborde le thème du double enfermement des femmes en temps de guerre et leur rapport à l’espace public dans le monde arabe. Le thème des inégalités est également présent dans Les Draps, elle a écrit sur le voyage avec Mayla, la ville introuvable et interroge la notion de territoire et des origines dans Les mots qui manquent à la danse. Son long poème dramatique, Paris, cité interdite, propose le théâtre comme possibilité de réconciliation en temps de guerre.

Les comédiens Céline Chéenne et Hammou Graïa et la violoncelliste Emmanuelle Piettre liront des extraits de Les Désordres du violoncelle et de Paris, cité interdite dont voici un extrait. Merci à Amira-Géhanne Khalfallah de nous autoriser à le publier.





Moha :

Chut chut…
Ils ont tout nettoyé en un soir
Il n’y a plus aucune trace,
De nos odeurs, nos histoires,
c’en est fini.

Chut, chut,
Il reste du sang sur les trottoirs, dit-on
On ne veut pas le voir
Il ne faut pas le voir
On lave les ponts
On lave l’histoire avec des mots nouveaux et des bruits de voitures
Circulez, il n’y a rien à voir !
Ceux qui lisent les journaux, ont de l’encre noire sur les mains et de l’ombre dans les yeux
Circulez, il n’y a rien à lire
Le savon lave les mémoires, les vêtements, les larmes des enfants, les robes à fleurs, les costumes noirs, les nœuds-papillon, les taches de café, les traces du passé, les prières, les oliviers

Tout est blanc.
Le savon, ça sent bon
L’odeur du blanc
On aime ça
Moi, dans mon trou, je cherchais un arc-en-ciel.
Mais le ciel n’était pas là
Je voulais qu’il vienne des fois
Il avait sûrement la tête ailleurs !

Pendant que certains blanchissent la terre et nettoient les souvenirs, je recevais des coups.
Ils me frappaient sans savoir pourquoi. Personne ne comprenait pourquoi il fallait cogner ainsi avec autant de rage et de détermination. Mais on savait tous qu’à cet endroit-là, ce jour-là, il le fallait.
Alors que faire ? sauf cogner comme il se doit.
Mais toujours dans les règles de l’art
Dans le silence des lieux abandonnés
Au milieu d’une forêt, il y a de l’espace pour crier

Ma mère disait qu’il fallait laisser passer l’orage mais il est resté suspendu au-dessus de ma tête. Pendant tout ce temps, je ne rêvais que d’une seule chose : je rêvais de devenir un chien. Un chien qui a le droit de courir et de vivre à Paris. Un chien qu’on aime, qu’on câline.
Mais dans ma tête d’homme, j’entendais d’autres hommes hurler à côté. J’entendais des morts qui continuaient de mourir en moi.
Mais moi je suis resté vivant.


Institut du monde arabe :
1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 5e.
La rencontre aura lieu dans la Bibliothèque.
Entrée libre dans la mesure des places disponibles.

Prochaine rencontre le dimanche 4 juin à 15h30 :
Voyage à travers les littératures arabes portées par des lycéens.

2 mai 2017