Jean-Philippe Cazier l L’LA PHRASE. L’

La phrase sera parmi d’autres. Le monde sera parmi d’autres. Phrase avant la phrase. Monde avant le monde. La phrase sera une ombre. Phrase-monde. Monde de cendres langue d’ombres. Phrase dont l’existence toujours suspendue. Ne parle plus. Sans nom à trouver pour ce qui sera écrit. Dont on dispersera les cendres aux vents. Cendre et vent la phrase sera une histoire où les peuples. Tels peuples telles langues. Tels événements et atomes d’événements. Rien.

(Phrase-monde. Monde de cendres langue d’ombres. Sans nom ce qui sera écrit

les phrases ne disent rien. Les phrases posent des questions. Comme celles des morts et des animaux. Les questions des morts. Aucune réponse aux questions aucune solution. Les questions interrogent la phrase pour sortir de la phrase. Que la phrase sorte de la phrase. En silence questions silencieuses. Imperceptibles n’ont pas d’histoire pas de passé. Changent ne cessent de changer. Phrase entre. Phrase entre deux phrases le tracé d’un intervalle. D’un seuil. Ce ne sont pas les mots qui comptent. Jamais les phrases ne sont là où l’on croit. Le reste est comme mort.

Les mots littéralement (ne) disent rien.

(Les morts ne répondent pas aux questions. Les morts répondent-ils aux questions ?).

La phrase est une combinaison fragile. Une solitude peuplée de rencontres. Comme les phrases de Virginia Woolf. Qui rêvent d’autre chose. Il faudrait chercher une autre phrase ailleurs. Qu’un hasard vous la donne. Phrase que l’on ne saurait écrire. Ailleurs phrase sans phrase. Avec ses animaux qui la peuplent. Ses mouvements qui traversent la phrase est un désert peuplé. Nomades de la langue. Ceux qui n’ont pas d’histoire. Déjà ailleurs. Phrases sans auteur. Dont on n’est pas l’auteur. Phrases collectives. Phrases-peuples. Rêvent d’autre chose. Phrases de plus en plus désertes. De plus en plus peuplées. Phrases les plus animales. Phrases-samuel-beckett. Phrases-virginia-woolf. Phrases immobiles migrantes. Phrases mentales corporelles. Phrases-christophe-tarkos. Phrases-liliane-giraudon.

(Pas d’auteur mais une solitude. Pas d’histoire mais un ailleurs. Peuples nomades de la langue. Migrants et déserts. Rencontres ils’ (Déserts les phrases ne peuvent être. Peuples le vent (Comme les phrases de Liliane Giraudon. Qui rêvent d’autre chose. Ailleurs et hasard et déserts. Les phrases de Virginia Woolf. De plus en plus).

Reprendre la phrase interrompue. Par-dessus le vide. Par-dessus les mers sans frontières. La dégager des sables. Ce n’est jamais le début ni la fin. Mais des sensations variables. Vont jusqu’à la mort. Jusqu’à la terre aux océans. Traversant les mers les frontières. Du fait qu’on écrit. Dit Virginia Woolf. On écrit par-dessus le vide. Par-dessus les terres et les mers. Phrases sans frontières. Dit Virginia Woolf.

Mers sans frontières. Les mers les déserts. Dit Virginia Woolf. Encore et encore. Le livre le temps. Et la mer encore. Dit Virginia Woolf.

(

).

Tant de silences et de morts dans les phrases. Inconnu. Perdre le visage (

).

Phrase collective. Des peuples. Les phrases sont les phrases des peuples et des animaux. Phrases étrangères. Là où elles prolifèrent. Accélérations et précipitations comme la pluie. Une musique souterraine des phrases. Souterraines des phrases prolifèrent. Une musique. L’opposé du pouvoir. Les phrases étrangères.

Pure énigme. Enigmatique la phrase même. De l’écriture la phrase. Celle des animaux qui n’ont pas la parole. Les animaux écrivent. Le silence des animaux. Les phrases animales conjuguent le silence comme un verbe. Verbe du silence. Conjugaison du temps animal. Le silence du temps. Liens et seuils mouvants d’une langue animale. De l’écrire.

(Rien les phrases. Et des animaux les. Questions sans réponse. Livre énigme. Le secret des morts).

La phrase sera silencieuse.

Phrase de différences dont nous n’avons pas idée. A l’intérieur d’un labyrinthe. Une fragmentation infinie. Celle de tous les mots et des animaux qui les habitent et se taisent. Le livre. Le temps du désert.

16 mai 2017