Félicia Atkinson | Pluie pluie pluie

Félicia Atkinson est étudiante aux Beaux-Arts Paris, mais présente régulièrement des performances et concerts dont elle produit elle-même le texte. Pour celui-ci, en partant d’extraits retravaillés et mélangés, inventés, d’interviews parues dans les numéros des Inrockuptibles de 1991 à 1994.

Cela s’appelle Pluie pluie pluie. Lire son blog.

François Bon


Tu veux que je te montre à quelle vitesse je peux courir ?

Je suis obligé de boire avant de pouvoir leur parler.

Des deuils par bouquets de feuilles

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Je peux rester une journée entière assis sur une chaise, à ne rien faire je pensais que tout le monde se sentait seul, je n’avais donc pas le moindre chagrin

La décoration pour un printemps périmé

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Les libellules dans le corps les libellules et les ormes devant qui se jettent dedans devant chat

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Dedans

ne s’intéressait qu’aux filles,

tout ce que je demandais, c’était d’être puni tous les grands problèmes du monde, quand j’avais cinq ans

Il se passionne il chante il se jette il l’aime pour toujours même s’il changent d’avis et que la fin n’est plus la même

Dedans les libellules les canettes une impasse un toit un escalier une armure une blonde

Je cherche celle qui sonne simple, la simplicité illusoire.

La routine, la répétition l’avait vite tué elle savait que je mentais mais elle m’a quand même donné l’argent, c’est un énorme poids sur ma conscience et bien si j’ai une fille, je ne la jetterai pas à la mer elle veut juste être noire elle désire ces lèvres bien charnues un monde manque et il faut qu’il manque en vrai, pour que quelque chose soit suggéré de ce monde ils ont découvert les richesses de cette terre et ils les ont prises de toute façon nous sommes toujours saisis par l’éphémère

Les sons proviennent des orgues

Ils sont blonds ils sont gris ils sont grands ils avalent ils font le tumulte des bouts dans une impasse

Etrangement, mes deux frères n’ont pas ma sagesse. Ils passent leurs temps à boire et à ramener des femmes étranges à la maison.

Pour moi, les animaux ou les éléments naturels sont des intercesseurs avec autre chose dans cette espèce de far-west intérieur champignon

Ils donnent les bêtes

ça doit se tarir. Chez moi, tout se tarira et il faudra alors que j’ai le courage d’arrêter.

Dans l’impasse dans la rivière dans le cou

Il m’arrive

Il est maigre

On a mangé trop gras

On cogne, on rigole, on voit si la rage est en nous

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D’écouter des comédies musicales et de chanter à tue-tête en rangeant ma chambre.

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Je partais à la pêche non, surtout ne pas être frileux c’est trop embarrassant. Je peux juste dire que j’étais de moins en moins àl’aise j’ai le choix, mais je vais à l’accident le coeur léger.

Je prends une barque avec elle je n’ai pas peur des puissances sous-marines ni de l’absence de mouvement

Le cratère le col le volcan le lit en bois les skis ils descendent vers l’arrière ils prennent un pont

Bien sur, de par mes limitations physiques, j’ai un sentiment permanant de frustration.

Le pont se resserre alors ils se resserrent se sentent se connaissent

Look this changing colors regarde ces couleurs changeantes

C’est très néfaste pour ma santé morale, et surtout physique.

Je sens bon mais ce n’est pas moi

Oui, je casse des objets par colère, j’écrase des choses quand je n’arrive pas à les attraper.

Look this changing colors

Personne ne s’est donc occupé de son voisin, de son futur l’extérieur ne m’intéresse pas nous avons été ridiculement surestimés et le plus grave, c’est qu’ils me donneront cet argent ils restent muets, ne réagissent pas la haine n’est pas une motivation, la colère en est une il y eut aussi le fait qu’on travaille dans un milieu très hostile.

Mais surtout, j’ai retrouve ma chambre d’enfant, mon lit, tous mes repères

Rideaux lèvres poids

ça peut être forcé car ce n’est pas aisé de s’enfermer ainsi dans son coin j’ai vieilli, j’ai été influencé par de nouvelles amitiés mais j’habite à la campagne, loin de tout il n’existe pas de routes, même pas de chemins, on a traîné tout le matériel, dont un groupe électrogène à travers les champs.

Des objets sexuels en paille

Imagine un coin paumé, une sorte de Twin Peaks sans Laura Palmer.

De haut la vision aplatie de la nuit de la merde la paille aplatie

Tout vient du fait que personne ne m’a offert de guitare quand j’avais 12 ans.

Ca l’a heurté

A part ça, tout ce que je veux, c’est un chien.et puis une fois, en faisant du ski de fond, je me suis fait chargé par un taureau.

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Mais pour accéder à ce niveau d’autonomie il faut des années de boulot.
D’ailleurs personne n’arrive à me suivre.

Des fenêtres en guillotine de la poussière un blond

Les gens ne sont pas prêts à donner autant que moi

C’est un vrai combat : se lever, mettre un manteau, prendre les clefs de la voiture, aller au pub.

Maybe i’m blonde but i am blind

C’est très néfaste pour ma santé morale, et surtout physique.

J’ai peut-être perdu un peu de poids, je manque de sommeil, mais je suis heureux.

How far am I blonde ?

Je cherche celle qui sonne simple, la simplicité illusoire.

J’ai disposé les instruments d’une certaine manière, puis j’ai passé des heures à régler la lumière, à choisir une chaise, une chemise, un pantalon.

Blond paille

Les orgues ont continué d’orchestrer la mélancolie de chacun

J’ai gardé les mêmes vêtements pendant tout l’enregistrement : trois semaines.

J’ai 22 ans.

Ils ont tous renoué avec elle. Ils se sont dit ok pour la mélancolie, on est d’accord.

Mais surtout, j’ai retrouvé ma chambre d’enfant, mon lit, tous mes repères.

Pendant des mois entiers, je n’ai parlé qu’à mes parents et à un seul ami.

Ok ce n’est pas une tare les mélancoliques

Il finissait toujours par me monter un bol de soupe.

Je vérifiais sans cesse la douceur de ma peau et surveillait la pointe de mes coudes

Elles sont présentes par ce qu’elles s’imposent d’elles-mêmes.

J’aime me sentir seul comme un naufragé volontaire.

J’aime les films où l’orage saisit le bateau.

Les pierres et les briques sont parfaites pour elle.

Pour moi, les animaux ou les éléments naturels sont des intercesseurs avec autre chose dans cette espèce de far-west intérieur, on peut être les champions

On peut être les champignons

En mie de pain

En paille

En muqueuses paillettées

Très rarement.

Les genoux ont peine à être gracieux.

C’est pour moi un véritable deuil. J’en tombe malade.

Enfin quelques brefs épisodes érotiques, rien de très excitant.

C’est un vrai combat : se lever, mettre un manteau, prendre les clefs de la voiture, aller au pub.

Mais je suis le seul à détenir la vérité, ma vérité.

Je suis obligé de boire avant de pouvoir leur parler.

Ce ne sont pas des chats, ils ne vivront pas sept fois

Ils suffisent amplement à mon bonheur.

Tout cela est fini.

Aujourd’hui je n’ai plus peur de rien

Que du bruit

Pousses humides

Mains cornées

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Il m’arrive d’écouter des comédies musicales et de chanter à tue-tête en rangeant ma chambre.

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Je pense à ces images quand elles jaillissent de sous les tables. A la musique qu’elles imposent alors.

Mais mon premier contact avec cet instrument fut plutôt viril

Je n’ai jamais compris les boucs et les mariages

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Poids de senteurs

La graisse les capitons dans les odeurs

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Depuis que tout nous est tombé sur la tête je prends moins naturellement ma guitare.

Maintenant, j’attends le bon moment.

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Les rayures les boucs les cheveux longs c’est fini

Les fenêtres à guillotines

Nous venions d’avoir un bébé et des gens terribles voulaient nous le retirer.

Ils suffisent amplement à mon bonheur.

Mais les gens ne savent pas.

Le couple de chevaux homosexuels et si tendres

L’alcool nous a rapproché.

Je veux te parler de l’odeur toi qui n’y comprends rien et qui ne comprend pas les fleurs

Ils s’embrassent derrière la clôture ils hennissent

Imagine un coin paumé, une sorte de Twin Peaks sans Laura Palmer.

Il y avait là une dizaine de putes qui vendaient leurs corps aux marins en route pour l’Alaska.

Les bus jaunes dans les rues sinueuses, fabriquées pour des travellings impossibles

Et puis, certaines prostituées sont tombées enceinte et n’ont pas eu le courage de repartir. Aberdeen était née.

Jusqu’à l’année dernière je ne connaissais aucun confort.

Fleurs fêlures brûlures cyanure fragiles

Nous sommes tellement fainéants et stupides que les décisions se terminent toujours par une succession de soupirs.

On cogne, on rigole on voit si la rage est en nous.

On aimerait ne pas se cogner contre la nuit blanche quand elle te prend par derrière qu’elle t’assomme éveillé

L’altitude tout comme l’alcool, le bruit et la peur de l’abandon.

Il faudrait résister à la tentation de l’enfance au moindre son de carillon ou de boîte à musique

Il faudrait résister au moment où la peau le palais se réchauffe et où on se glisse dedans

L’élan d’amour anonyme

Bleu , irrépressible, danger de mort, requin, serpent, oiseau de présage carnivore

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Cette démangeaison cette chanson cette chaleur entre les jambes jusqu’aux fesses, ce corps qui se tord bleu dans le noir bleu invisible dans le noir
Dans le silence couleur sans lueur, qui se tord, du cou lié aux fesses
Corde silencieuse que je digère le ventre désert dans la fosse aveugle dans le noir la couleuvre agile invisible
Sans mensonge sans montagnes sans auto-stop sans demande
Je ne sais pas
Cette corde ce vers de chaleur de brûlures vide dans le silence qui brûle dans le silence touffu de cette pente sans sens ni hauteur ni bas
La distance d’un orteil à l’autre, terrible, infranchissable même dans sa contraction.
Il n’y a pas
Il n’y a rien
Il n’existe pas
sans réponse, de noms à peine, de liens presque

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ma part
mon débordement ma nostalgie de villes de briques et de fumées de soir humides de robes flottantes, d’impossibilités conquises comme mur contre les uels buter avec joie contre lesquelles je bute avec joie
contre lesquels je bute sans réponses, avec angoisse et avec joie.

Félicia Atkinson
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