Élodie Petit | où leurs bouches contre leurs paumes elles se rappellent à elles même

leurs bouches contre leurs paumes
elles se rappellent à elles-mêmes
subversives et ordonnées
la lumière biaisée des miroirs contre leurs peaux

où l’expérience de leur ville
de trajectoires intimes en répétitions de chaos
elles s’insurgent à elles-mêmes
le souvenir d’une rue brûlée par le soleil

comment peupler ?
sous le regard de qui ?
qui déloge t’on ?

où construire ?

comment d’un prisme, d’une colonne, de Paris-Nord-Est
il sera question d’épopée urbaine et punk
d’oiseaux insoumis
d’habiter la rouille
d’aimer sa prochaine



« L’entropie est nulle lorsqu’il n’existe pas d’incertitude. »



il n’y a pas un pouvoir mais plusieurs
la liberté est toujours partielle
il n’y a pas d’homme, il n’y a pas de femme
la dichotomie sert à séparer les personnes afin qu’elles ne s’organisent jamais au renversement
nos paysages citadins en sont les témoignages directs
il est impossible de déserter





le paysage urbain est en direction du ciel
le réel s’incline à même l’ombre
des restes d’amour
décimés
abrutis
salariés

elles habitent en hauteur de tours dortoirs
d’ici elles rapportent et notent le paysage dérangé
le rythme orchestré par les autres
leurs pieds contre le bitume

de ces rayons naturels
elles ont fait une arme
elles ont déserté les rues
et quitté les trottoirs Haussemanniens
empris aux forces de l’ordre
convaincues que la révolte est ailleurs
fatiguées d’un jeu auquel ont les a fait jouer trop longtemps

tout n’est qu’un concept étatique
au vue d’entretenir le pouvoir d’un seul homme
les manifestations confinées en monstruosités
les images nourricières
d’une population dérapée
d’un cerveau commun
avide au sensationnel

elles habitent en hauteur de tours dortoirs
en direction du ciel
en déflexion de lumière

le paysage est monotone et inerte
du béton endormi
des coeurs qui battent dans des pièces trop carrées

c’est d’ici qu’elles rapportent et notent l’urbain dérangé
le rythme orchestré par les autres
leurs pieds contre le bitume

elles encrent leurs peaux en toute conscience de ce qu’elles habitent leurs peaux
que le ciment les vitres sont remises aux mains machines
des cerveaux cloués à eux mêmes

la lumière du soleil entre par la fenêtre
en observation de la répétition du pire
de déplacements en suc sale et trajets inutiles
tandis que la rouille érode nos regards
posent des rochers pour déloger les corps vivants
sur les rebords des fenêtres les pigeons chient chaque jour
les poubelles lancées par-dessus
les rats se nourrissent en bas des immeubles

si l’érosion vient du matériel
quand la lumière mêlée à la pluie de Paris produit l’arc-en-ciel
les laissent entrevoir l’autre

le marbre devient l’habitacle de leurs joues
maquillées à outrance
elles descendent du sommet de leurs tours
fouler le sol communal
apporter paillettes et lumière à nouveau sur les fronts
leurs ailes déployées en joie démentielle
se mettent à faire l’amour et à baiser dans les coins mousseux
le béton doux
les bancs séparés
fêter les culottes trempées
démonter chaque caméra et chaque lunette de contrôle
déplacer l’intimité au publique
pour confondre les limites
du raisonnable
enregistrer l’arc-en-ciel
reconstruire dehors
s’insoumettre à la loi du dedans



si il y a une histoire commune - l’est-elle ?
si il s’agit de participer à cette histoire et de trouver comment on l’habite - comment ?
quels sont les lieux de nos retrouvailles ?
que comprenons-nous de nos habitations ?
qui habite le bitume ?
où rangeons-nous nos pauvres ?



la révolte viendra des injustes
l’amour retrouvé en territoire d’être ensemble



18 juillet 2017