David Christoffel | 60 poèmes de bureau (extrait)

Pour savoir parler au bon moment,
D’abord : tout le monde a droit à l’erreur.
Le bon moment dépend à qui on parle
et le mieux est de bien choisir l’interlocuteur.
On sait, depuis Carnegie,
qu’avec un objectif bien précis,
on identifie mieux les bons interlocuteurs,
on sait quoi leur dire,
on sait même quand,
c’est assez ennuyeux.
Ensuite : dans la mesure où les échecs
sont des très bonnes occasions d’apprendre,
on a tout intérêt
à s’adresser à de mauvais interlocuteurs
et à des moments très mal choisis
pour leur dire des choses inappropriées.
Et pour aller jusqu’à frôler la catastrophe,
dans l’espoir d’un revirement que mieux retentissant,
il peut être particulièrement astucieux
d’accumuler un retard désespérant en disant
à tout le monde à tout moment
des choses dévalorisantes sur soi-même.
On sait depuis 2004 que
l’empathie et la sollicitude
sont des ressources beaucoup moins puissantes
que l’égoïsme et l’affirmation de soi
en vertu de quoi : une bonne attitude de looser
et personne ne vous verra venir.



Donc :
On veut des gâteaux.
On est tout à fait conscient des difficultés
et des problèmes de sous-effectif de la cantine.
Mais, justement, de manière très réfléchie,
il nous semble que l’embauche d’un pâtissier
pourrait réajuster
l’échelle du personnel de restauration.

Donc :
On veut des gâteaux.
Et comme on est tout à fait conscient des difficultés,
il est très clair que la solution qui consisterait à faire venir des gâteaux
histoire de dire qu’une fois par semaine, est une option qui n’est pas vraiment une solution.
C’est-à-dire qu’on veut des gâteaux tous les jours.
Dans la mesure où chacun est bien conscient des équilibres diététiques,
il n’est pas question qu’on mange tous des gâteaux tous les jours,
mais ne sachant lequel des jours on en aura l’envie et le droit,
le plus simple est de pouvoir en avoir tous les jours.

Bref, on veut des gâteaux
et on veut bien discuter
d’autant que les gâteaux
sont excellents pour le dialogue.



Quand on dit « bonjour »
c’est bien, c’est un mot magique,
on peut ouvrir toutes les portes.

Pour ouvrir toutes les portes,
c’est facile, c’est magique,
il suffit de dire « bonjour ».

Quand on est poli, c’est très bien,
c’est formidable, on peut se dépasser soi-même.
On en connaît, ils ont été très polis,
ça ne les a pas empêchés d’être calculateurs,
ils sont même devenus milliardaires.
On en connaît tous
qui sont très très gentils
qui ont tellement d’argent
on se doute
qu’ils sont très gentils pour de faux.

Je sais que j’ai intérêt à leur sourire.
Je sais même que
plus je souris,
plus je vais ouvrir des portes.

Et comme je souris
parce que j’ai tellement intérêt
je sens bien que
ce n’est pas très naturel –
ça doit se sentir
et à ce titre,
ça me ferme sans doute quelques portes.



Vous avez été poli.
Vous vous êtes montré tout à fait respectueux.
Vous avez été jusqu’à
redouter d’en faire trop :
vous avez même fait très attention
de ne pas devenir obséquieux.
En plus, vous avez fait preuve
d’une grande générosité.
Vous avez quand même apporté une bonne part
de tout l’argent que vous a permis d’avoir
toutes vos quasi-obséquiosités
depuis plus de 10 ans.
Mais vous avez cru que ça aller me donner envie de vous suivre,
alors que je vois beaucoup trop où cela pourrait nous mener.


5 septembre 2017