Vianney Lacombe | Série Tarkos #2 | Le bâton

Christophe Tarkos montre dans le bâton comment l’objet advient à la réalité, les multiples subterfuges de celui-ci pour accéder à l’existence, pour imposer des bornes à l’absolu du vide qui l’entoure. C’est donc de l’intérieur du bâton que nous accédons à sa longueur, à son déploiement, à sa circonférence, nous participons au commencement de son existence (le bout) et nous le suivons jusqu’à sa fin (l’autre bout). Nous accompagnons ses allées et venues dans le champ de l’existence, nous luttons avec lui pour résister à tous les objets qui pourraient lui être comparés, or il n’en est aucun, en dehors du bâton, qui puisse garder les mêmes caractéristiques, le même comportement et il faut en appeler au vide qui entoure le bâton, qui le fait exister en tant que bâton pour montrer qu’il n’est aucune autre place possible pour ce bâton.

Ce que Tarkos nous dit dans ce chant, c’est que le poème prend la place de la réalité en dépliant tous les possibles de la forme de l’objet, afin que celle-ci se dépouille de toutes les non-vérités que nous leur faisons subir et qui les dissimulent. C’est le bâton qui est le poème, mais pas n’importe quel bâton : celui que Tarkos vient d’inventer, fin du XXème-début du XXIème siècle. Le bâton de Tarkos ne devient poème que parce qu’il ne ressemble en aucune façon aux bâtons précédents : il est le bâton du réel actuel, le bâton qui devrait nous permettre de combattre le vide qui l’entoure - qui nous entoure - il est le bâton persuasif qui lutte contre le réel et les incertitudes qui nous assaillent, et les mots qui le désignent constituent un poème parce qu’ils donnent existence à cette incertitude, la seule assurance qu’il nous est possible de conserver.

Christophe Tarkos, « le baton », Al Dante éditeur, 1997.

1er novembre 2017