Vianney Lacombe | Série Tarkos #5 | Caisses

Dans Caisses Christophe Tarkos parle du vent, des cailloux, du ciel. Pour quoi faire ? Pour qu’ils existent : il faut les sortir de la masse d’eux-mêmes, il faut montrer leurs détails, tout ce qui se cache sous la globalité de leur perception et pour cela, accepter de s’immiscer dans leur comportement, dans leur présence, dans leur réalité. C’est l’opposé de l’action qui détermine Le bâton dont tous les côtés se déploient dans un espace absolu. Les cailloux, le vent, le ciel appellent la participation du poète pour tenir leur promesse de vérité. Christophe Tarkos est devenu l’un d’entre eux. Il est le langage qui peut se saisir d’eux, démêler la succession de leurs avatars qui laissent entrevoir chacun des petits angles différents de cette réalité immense et méconnue que l’on appelle vent, caillou, ciel.

Christophe Tarkos nomme le ciel de Christophe Tarkos, pour Christophe Tarkos, avec Christophe Tarkos : et c’est ainsi que peut être volé quelque chose de plus fort qu’un ciel usé par des années de répétition dans le langage. Ainsi ce mot renaît avec l’être du ciel, il se confond en lui grâce à la présence de Tarkos qui est le garant de son existence.
Caillou ou vent ? Peu importe. Ce qui compte seulement dans ces poèmes ce ne sont pas les définitions de quelques objets qu’ils amènent au jour, mais la définition ignorée de toutes ces choses ensevelies sous la fréquence de l’usage, et il n’est pas question pour Tarkos de nous faire participer au bleu du ciel ou à la rondeur du caillou, il s’agit essentiellement de nous montrer en creux tout ce qu’il reste de l’objet quand le reste du réel a été enlevé.

Christophe Tarkos, « Caisses », Écrits poétiques, P.O.L. éditeur, 1998.

2 décembre 2017