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En parler ou pas

Sous le toit du bureau de la Semaine du Son, le groupe d’adultes s’est réuni.
Il a créé un personnage, amorcé une fiction.
Ce personnage vient d’avoir un accident et se retrouve complètement sourd. Il ignore pour combien de temps. Il écrit une lettre à ce jeune homme qu’il a entendu une fois dans un bar, pour lui demander de lui raconter ses dernières journées du point de vue sonore. Car Il ne connaît personne qui sache aussi bien le faire.
« J’ai l’impression, dit-il, que toi seul m’entendras et pourras me comprendre. »

Qui est ce jeune homme ? Que faisait-il dans ce café ? Il chantait ? Slamait ? Parlait fort ? À qui et de quoi ? Qu’a-t-il de si exceptionnel pour que ce personnage – un homme, vraisemblablement – qui ne l’a vu qu’une fois, s’adresse à lui ?

Le lendemain, j’ai rendez-vous avec le groupe d’ados.
Je leur apporte la lettre.
« Qui veut la lire ? »

Raconter ici ce qui s’est joué à travers l’espace et les corps, pendant la séance, reviendrait à y jeter un maléfice.

J’ai bu un oxygène pur.

J’aurais tant à dire. Mais après. Quand ce sera terminé. Et qu’aura disparu le risque de l’intrusion.

Dialogue qui n’aura pas lieu :
– Tu parles de nous sur la toile ??!!
– Oui mais c’est du travail, dont je parle avant tout.
– Du travail avec nous !
– Oui.
– Donc tu parles de nous.
– J’ai changé vos prénoms, on ne peut pas vous reconnaître.
– Mais nous, on sait.
– …

Et je ne peux, en attendant, que remercier l’équipe de l’unité ado de m’ouvrir cet espace, où peuvent jaillir ces herbes folles et fleurs sauvages.

Isabelle Fruchart - 13 février 2018
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