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Noémie Fargier | Urbain Sensible, étape de création

Deux classes de seconde du lycée Blanqui (Saint-Ouen), participent à des ateliers pluridisciplinaires, leur permettant d’explorer l’imaginaire du jardin en territoire urbain. Le premier atelier interroge la perception de notre environnement à travers l’écoute.


15 février 2018 - salle Star Trek, Mains d’Œuvres

             Il est 10h20. Les lycéens patientent de l’autre côté de la salle Star Trek, où nous allons leur présenter une étape de création d’Urbain Sensible, expérience d’écoute interactive questionnant la manière dont la ville façonne notre sensibilité. Pour ce premier atelier, je suis accompagnée de David Hess, musicien et créateur sonore, qui collabore avec moi sur le projet.


             À 10h45, nous faisons entrer la classe, qui prend place dans la salle, que nous avons à peine eu le temps de chauffer. Après une brève présentation du projet et de nos activités artistiques respectives, David transmet à l’auditoire quelques notions d’acoustique, dans un exposé illustré. Les élèves semblent intéressés, et David sollicite leur participation.

             Commence ensuite la séance d’écoute, qui va durer une quarantaine de minutes. Je me place dans la salle, d’où j’interprète une voix, cachée dans l’obscurité, tandis que David regagne la régie, à l’avant de la salle. La musique commence. Je saisis le micro, le manche pique, et je dois prendre ma feuille pour l’attraper. Je respire. Énonce les premiers mots. Le groupe semble écouter.

             Puis je retourne au silence, et une autre aventure commence alors. Ce que les spectateurs ont à entendre, à ce moment précis, ce sont des environnements sonores, naturels puis urbains, pris pour la plupart à proximité de Mains d’œuvres, à Saint-Ouen, à la porte de Clignancourt ou dans le quartier de Barbès-Rochechouart. Le temps s’étire. Ce creux dans lequel chacun est plongé, pour s’immerger ou pour se perdre, laisse place au doute. Ressent-ils ou ne ressent-ils pas ? S’ennuient-ils simplement ?


             Après un temps d’écoute pure, les spectateurs sont invités à communiquer, via des sms, leurs impressions. J’ai préparé quelques phrases pour donner la tonalité, mais la réactivité est si immédiate que ces dernières sont déjà perdues dans le flux. Les phrases s’affichent à toute allure sur l’écran. Les élèves se répondent. Se vannent. Vannent leur enseignante. Une conversation collective se met en place, en réaction à la drôle d’expérience dans laquelle les élèves sont embarqués, et aux sons de leur quotidien, qu’ils reconnaissent sans les aimer : "les bruits dla street on aime pasbien". Les sportifs star et les équipes de foot s’invitent dans la conversation, qui mêle différentes langues : français, anglais, espagnol et langage texto.



             Lorsque l’expérience se termine, je me souviens du défi que je me suis fixé : composer, à partir des mots récoltés, un texte pour la classe, destiné à être mis en voix et présenté en public. Demain, je leur rappellerai.



16 février 2018 - salle Star Trek, Mains d’Œuvres

             La deuxième expérience a été très différente. Les élèves ont assisté au même exposé, écouté les mêmes sons, mais le groupe était différent. Plus nombreux mais néanmoins plus attentif. Plus respectueux de la consigne. Peut-on dire que l’expérience a mieux fonctionné ? Dans un sens, oui, puisque les messages envoyés par les auditeurs cherchaient plus à se saisir des sensations qui les parcouraient. Toutefois, certains d’entre eux étaient tellement plongés dans leur rêverie qu’ils n’ont pas vu que d’autres, pendant qu’ils avaient les yeux fermés, envoyaient des messages et s’exprimaient.

             À l’issue de cette deuxième séance, nous avons pu discuter avec les élèves, s’éveillant comme dans un lit de coton, et partageant timidement leurs expérience. Étonnés, intrigués, ils se sont laissés embarquer dans ce voyage sonore. Leur imagination a fait le reste, recomposant le film de cette écoute.


6 mars 2018

             Que vais-je faire avec les mots récoltés ? Quel texte vais-je bien pouvoir composer ? C’est une impression globale qui me reste finalement, plutôt que des paroles morcelées. Peut-être pour interpréter ces mots interprétant des sons, devrais-je leur donner une forme visuelle ? Faire de ce bruissement une image ? Et la partager à mon tour...



Image composée à partir des mots récoltés le 15 février


Image composée à partir des mots récoltés le 16 février

Noémie Fargier - 14 mars 2018
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