Benoît Artige | Figures libres, Maria Callas

Elle était vêtue d’une sorte de drapé blanc très court, très moulant et très échancré au niveau des seins, robe de plage que n’aurait jamais portée Maria Callas, dont on n’avait jamais aperçu jusque-là les genoux, ni encore moins les cuisses ; pourtant c’était bien elle qui se déhanchait sur la piste de danse, sous le feu tamisé des lampions et le clair de lune, libérée de son corps de vestale paralytique, laissant, au rythme de la musique, ses cheveux dénoués se disperser sur ses épaules brunies par le soleil, et qui, à chaque nouvelle chanson, déployait une énergie toujours plus sauvage, presque effrayante à détruire méthodiquement l’image d’elle-même qu’elle avait si savamment construite, feignant, tout à ce jeu, d’ignorer l’indignation des passants, la provoquant même d’un grand rire fou.

Benoît Artige - 13 mai 2018