Décembre : La littérature et la vie (1/2)

Dernière chronique de Frédéric Lefebvre en hommage à Pierre Pachet.
De nombreux textes sont disponibles sur le site consacré à Pierre Pachet , dont certains de ceux cités dans cette chronique
.





1.
Décembre 2011 : Pachet est récompensé par un prix littéraire, le prix Roger Caillois. Le prix récompense son dernier livre, paru au début de l’année : Sans amour (un livre sur la vieillesse, sur les femmes seules, sur le renoncement à l’amour – mais pas seulement). Il récompense aussi son œuvre. La remise du prix a lieu à la Maison de l’Amérique latine à Paris (Caillois était lié à l’Amérique latine, le prix concerne d’abord un écrivain sud-américain, mais il existe aussi une catégorie intitulée « Auteurs d’expression française »).

Pachet anime toujours son séminaire de « Critique sentimentale », avec Patrick Hochart. Ce mois-ci, il parle sur Homère, La Boétie, Claude Lefort. Dans deux séances liées (car Lefort a commenté La Boétie).
Dans la première de ces séances, Pachet évoque l’amitié de Montaigne et de La Boétie : Montaigne avait lu Discours de la servitude volontaire de La Boétie, qui circulait sans être publié, et il a souhaité rencontrer l’auteur. Puis Pachet s’arrête sur le début de ce Discours, où La Boétie traduit et commente un passage de l’Iliade. Au chant II, Ulysse, inspiré par la déesse Athéna, apaise la révolte de l’armée en « parlant en chef ». Pachet cite les paroles d’Ulysse dans la traduction de La Boétie, puis dans celle de Paul Mazon, plus moderne : « Avoir trop de chefs ne vaut rien : qu’un seul soit chef, / qu’un seul soit roi. » Et il s’appuie sur le linguiste Émile Benveniste, pour expliquer le mot grec pour « chef » (koiranos) : ce n’est ni un roi ni un chef de guerre. Pachet cite Benveniste : « Ce koiranos n’est pas un chef de guerre ; nulle part il ne combat lui-même ou se trouve à la tête des troupes ; il parcourt les rangs pour faire valoir son autorité personnelle. » Et Pachet reformule ces questions, relie les auteurs et les époques : « Toute la question est là : […] à partir de quel moment, dans un groupe, quelqu’un se détache-t-il de la collectivité pour être le détenteur du pouvoir ? C’est une question […] qui était cruciale pour Lefort, […] qui est cruciale pour La Boétie : qu’est-ce qu’il se passe à ce moment-là ? [1] »

Sans doute Pachet travaille-t-il aussi au compte rendu qui paraîtra dans La Quinzaine Littéraire à la mi-janvier 2012, sur le livre du philosophe Alain Badiou, La République de Platon. C’est une « variation » moderne sur La République, ce livre que Pachet a lui-même traduit. Ce que fait Badiou, ce n’est pas seulement une traduction : « il le réécrit et en fait du Badiou » ; il modifie certains personnages ; et tous sont « informés de notre monde, […] connaissent l’économie, la sexualité et la technologie contemporaines, […] ont lu Deleuze et Lacan, et même Badiou ». C’est le travail d’un « professeur prodigue de son savoir », et d’un « écrivain inventif ». Mais Pachet déplore en particulier ce point : Badiou ne respecte pas la construction du livre de Platon, son procédé littéraire. Badiou raconte lui-même « le dialogue entre ses personnages » ; or ce n’est pas Platon qui raconte, dans La République : il fait raconter le dialogue par Socrate. Autrement dit, comme Pachet l’a expliqué plus tôt dans l’année, dans une autre séance de son séminaire, en tant qu’écrivain, Platon n’a pas voulu livrer directement sa pensée (comme le fait Aristote). Pachet l’explique à nouveau dans son compte rendu : « Platon écrit, certes, mais c’est Socrate qui parle : l’écrivain assume la responsabilité de ce qu’il écrit, pas de ce qui est dit dans son texte. Nuance de taille, à méditer [2]. »

Pachet est occupé à ces différentes tâches. Et à d’autres travaux qu’on n’abordera pas ici (il rédige un livre sur la Chine, après un premier voyage à Pékin plus tôt dans l’année, avant un second en 2012).
Dans un entretien à la radio : « La dispersion est peut-être pour moi le mode privilégié de ma façon d’être vivant : pour moi, être vivant c’est être dispersé ; c’est être attentif à des choses très diverses, très disparates, qui vivent ensemble, et que mon regard – ou ma pensée, ou ma sensibilité qui les accueille – veut garder dispersées [3] »
Une constante tout de même : Pachet n’écrit pas vraiment d’autobiographie. Il le disait dans un entretien dans les années 2000 : « Je ne me sens pas directement engagé dans un travail autobiographique parce que l’autobiographie, autant que je l’ai compris, c’est chercher à raconter sa vie, ce que je n’ai jamais fait et n’ai pas envie de faire. » A la rigueur, il fait de la chronique (au sens ancien du terme : rapporter des faits qui se sont produits). Il le dit dans un autre entretien : « Il me semble que ce que j’écris a plutôt le caractère des moments d’une chronique, comme avec la célèbre formule de La Fontaine : "j’étais là ; telle chose m’advint" (chose qui peut être extérieure ou intérieure) » [4].
Cependant la vie des autres, les biographies et les autobiographies l’intéressent. Déjà dans son premier entretien, au début des années 1990 : « Je n’ai jamais accepté l’interdit jeté sur la vie des écrivains. Je ne peux nier mon attrait pour les biographies de James ou de Joyce, pour le Journal de Virginia Woolf. Il y a dans certains épisodes vécus autant de relance pour la pensée que dans une phrase [5]. »



2.
Depuis la mort de sa femme Soizic en 1999, Pachet n’est pas le même homme.
En un mot : « J’ai changé de vie, et j’ai changé tout court [6]. »
Par exemple, dans son corps. Invité dans une émission de télévision en 2005, pour L’Amour dans le temps (sur sa nouvelle vie amoureuse et sur l’amour en général), il résume la situation : « J’ai minci, parce que j’ai changé de mode de vie, parce que je suis un peu un chat de gouttière maintenant, je cours la nuit, parce que j’ai moins besoin de manger… [7] »

D’abord il y a eu la dépression.
« La dépression, je le sais par expérience, attaque la capacité d‘agir, l’énergie spirituelle, le goût pour les choses », dit-il en lisant le philosophe Clément Rosset sur le sujet [8].
Pachet se décrit ainsi, dans la première partie de L’Amour dans le temps :

À l’époque, j’étais plus qu’aux neuf-dixièmes attaché au monde des morts. Je marchais dans la ville avec le sentiment d’y être l’ambassadeur d’un autre monde, de côtoyer des gens qui ne pouvaient pas me comprendre, avec qui je ne partageais pas l’essentiel. Quand je descendais dans les couloirs blancs du métro, souvent je me croyais descendu chez les défunts, chez mes proches qui m’avaient quitté [9].


Et au début de Loin de Paris (un recueil de chroniques du début des années 2000), cette description d’un lieu – qui est un sentiment :

Hédé (Ille & Vilaine). Ma belle-mère à mon bras, je vais voir la pierre tombale qui porte le nom de la femme que j’aimais : son prénom, Soizic, mon patronyme, deux dates, une croix et une étoile de David. Granit gris de Lanhélin, légèrement bleuté. Le cimetière est en contrebas, au début de la plaine doucement vallonnée qui s’étend jusqu’à Combourg. En levant les yeux vers le tertre sur lequel est juché le bourg, on aperçoit des arbres dénudés, des nuages immobiles dans le ciel. Un peu de crachin [10].


La douleur, la dépression peut-être, est déjà sensible à la fin de L’Œuvre des jours (ce livre tiré de ses « Leçons de poétique » de 1995-1996, mais terminé après la mort de Soizic). Dans telle incise : « Quand je vais bien, quand j’allais bien », etc. Peut-être dans son rapport à la notion d’œuvre. Pachet a assez manifesté sa « méfiance », dit-il, son « horreur » même, devant la perspective d’une vie et d’une carrière « tout entières vouées à la maturation et à la perfection d’une œuvre » : « A présent les choses ont changé sans que j’aie compris comment. Pendant les mois de la maladie et de la souffrance de Soizic, sans autre avenir que d’une menace sans cesse aggravée, j’ai appris à ses côtés à regarder avec approbation du côté de ce qui est bon, savoureux, nouveau et confiant. Une œuvre peut avoir ces qualités [11]. »

Ce qui change concrètement après la mort de Soizic.
Pachet, dans un entretien inédit avec Nadine Vasseur (en 2008 : elle projette alors d’écrire un livre sur la « vie célibataire ») : « dans les heures qui ont suivi la mort de Soizic, j’ai réalisé une chose à laquelle je n’avais jamais pensé, pour la bonne raison que je n’avais jamais imaginé que ma femme mourrait avant moi. Elle est morte vers onze heures du soir et entre ce moment et le lendemain matin, au cours de cette nuit dramatique où j’ai très peu dormi, j’ai réalisé qu’une autre femme ne viendrait pas prendre sa place, jouer son rôle [12]. »
Ainsi Pachet, veuf, devient célibataire, vit seul – ne vit plus en couple.
Il aborde plusieurs aspects de cette nouvelle vie. S’occuper de soi, ne pas se laisser aller, se nourrir, faire attention à tout, à être propre, présentable, quand on sort de chez soi… Il y avait « le regard de l’épouse » sur le corps, l’aspect, les vêtements (« Acheter des vêtements, voilà un vrai souci ! ») ; et il y avait aussi son rôle de « médiation » pour les « relations avec l’extérieur, la famille, les amis » [13]. Tout cela n’existe plus.
Le temps se transforme. Dans la vie d’avant, professionnelle et conjugale à la fois, le temps disponible était compté – Pachet se souvient en particulier des années où il enseignait au lycée (au début des années 1960). Il y avait des limites ; et c’était un bonheur, dit-il :

Henri Thomas, que je cite toujours à ce propos, disait qu’il aimait vivre à l’étroit comme les chats aiment dormir à l’étroit. Les chats, on le sait, aiment dormir dans un panier, ils n’aiment pas forcément s’étaler dans un lit. Je vivais dans ce panier où le temps me manquait et j’étais très heureux dedans. Car, pour moi la vie intérieure n’est possible que dans un monde constitué de points d’appui, de gens qui m’entourent, de tâches à accomplir. Dans un monde livré à l’indéfini, elle devient totalement impossible. A partir du moment où le temps s’est offert à moi dans toute son étendue, il est devenu absolument inhabitable [14].


Dans cette vie conjugale, il y avait aussi la parole, l’échange constant – qui « englobait le sens même de la vie » :

Pour moi, le couple était un lieu de parole. Ce n’était pas que cela, bien sûr, et l’on ne se disait pas tout, loin de là, mais c’était un endroit où parler des choses. Et ce lieu de parole a disparu. Aucun des échanges que j’ai depuis, avec des amis hommes ou femmes, ou même avec des gens rencontrés à l’occasion, aussi profonds, aussi intenses soient-ils, n’a pu me le faire retrouver [15].


Dans Adieu, le livre qu’il a consacré à Soizic, ce détail – qui n’en est pas un : Pachet était plutôt hostile aux ateliers d’écriture auxquels elle participait (elle en animera elle-même plus tard) ; mais il sait ce qu’il lui doit, à elle qui ne voulait pas « se payer de mots ». Il le dit, évoquant ce dont il a bénéficié dans sa propre écriture, et dont il « bénéficie encore aux meilleurs moments » : « quand elle voulait obtenir de moi que, dans mes écrits, je dégage mieux ce que je visais, que je renonce à être allusif, que je me libère de la complaisance par laquelle on croit "se comprendre" » [16].
Et dans un autre entretien, Pachet revient sur cet aspect de sa vie. Il lui semble que dans ses livres mêmes, dans sa bibliographie, il pourrait y avoir un avant et un après. Dans sa façon d’écrire des livres. Ce qu’il écrivait dans ses cahiers, quand Soizic était là, n’est pas la même chose que ce qu’il écrit dans son journal intime, maintenant (il a commencé à tenir un journal intime quand Soizic est tombée malade, quand elle s’est trouvé « occupée à mourir », comme il dit dans un autre entretien, en empruntant à une chanson de Bob Dylan : « she was busy dying »). Il pense à Conversations à Jassy, par exemple (un livre de 1997, sur le voyage qu’ils ont fait en Roumanie l’année précédente) : « Je sais que c’est un livre conjugal, parce que je n’ai pu le concevoir, le réaliser, que parce que je vivais cette vie conjugale qui était pour moi rassurante, une fondation ; c’est un voyage qu’on a fait à deux. » Il y aurait donc, d’une part les livres à « caractère conjugal » ; et d’autre part, dit-il, « les livres de mon veuvage, ou de mon célibat » (il pense à L’Amour dans le temps, à Sans amour) [17].



3.
Pachet est ami avec l’écrivain Pierre Michon. Il l’évoque dans un ouvrage collectif (au début des années 2000) : « J’aime la façon dont il regarde et dont il écrit, plus que la façon dont il parle. Parler avec lui, familièrement, est pourtant un grand plaisir, grâce à une sociabilité facile et disponible. Dans la conversation il aime se moquer, rire, il donne de l’amitié, il lance des jugements brefs et profonds, dans lesquels sa culture et ses lectures sont distillées en un godet de fine liqueur [18]. »
Pour comprendre la nuance de désaccord dans la suite de cette évocation, il faut préciser que Pachet est un amateur de Stendhal, pas de Flaubert. Il a fait allusion à cette opposition bien connue dans son mémoire rédigé pour obtenir son habilitation à diriger des recherches (peu avant de prendre sa retraite d’enseignant à l’université) :

En préférant Stendhal à Flaubert […] (comme les Russes préfèrent Tolstoï à Dostoïevski, ou l’inverse), je ne fais pas que préférer érotiquement – et donc injustement – un type d’intrigue à une autre, certaines femmes vives, impétueuses, à peine dessinées à d’autres trop charnelles, aux habits trop précisément évoqués, ou des héros à l’intelligence vive, traversée d’émotions et d’impulsions, à des personnages d’avance accablés par l’inertie sociale. Ce n’est pas qu’une préférence ou un penchant du goût ; ou plutôt, en m’aidant de ce que ces deux écrivains eux-mêmes, et leurs commentateurs après eux, […] ont élaboré autour des romans, j’entrevois des attitudes et des partis-pris divergents concernant la façon dont les phrases et le mouvement de l’écriture, l’ambition d’écrire aussi, se situent dans le monde et dans le temps [19].


Michon, lui, est attaché à Flaubert – sinon à la personne, du moins à l’écrivain. Pachet : « Ainsi quand l’autre jour, dans une interview télévisée, il disait à peu près ceci : "Chez Flaubert, en ce qui concerne les relations avec les femmes, entre la muflerie et l’adulation, il n’y a pas beaucoup de nuances." C’était fin, drôle, laconique, et cela ne retirait rien à son admiration pour Flaubert, plus : à son adhésion d’écrivain au parti de Flaubert, une adhésion convaincue, indéracinable, professionnelle [20]. »

Pour Pachet, Flaubert est un repoussoir. Quand il parle d’un auteur qu’il apprécie, il lui arrive de dire : « c’est l’anti-Flaubert » [21]. Ou quelque chose d’équivalent. Par exemple, à propos de Hugo, de Nabokov, de Coetzee.
Pachet sait bien que Nabokov admire Flaubert et Madame Bovary (dans ses leçons sur la littérature). Il le cite d’ailleurs longuement : « Le monde de Flaubert, comme les mondes de tous les grands écrivains, est un monde imaginaire avec sa logique, ses conventions, ses coïncidences propres », etc. Mais il retient, lui, Pachet, que le travail acharné de Nabokov n’a rien à voir avec « une souffrance, un bagne à la Flaubert » (il fait allusion à la méthode de travail de Flaubert : son isolement, sa concentration extrême, l’épreuve du « gueuloir ») [22].
Au-delà de la méthode, c’est une question d’attitude : « On peut faire remonter à Flaubert la posture artiste consistant à refuser d’être dupe, à caricaturer les attitudes bourgeoises […]. » Pachet voit ainsi en Flaubert l’inventeur d’une « nouvelle forme de dénonciation » : se moquer des « banalités qu’on répète dans les salons ou dans la rue » en les représentant « avec exactitude ». À propos de Bouvard et Pécuchet, il dit ne pas aimer ce « regard ironique » de Flaubert, qui « surveille » ses personnages. Ou bien, d’une certaine façon, il voit en Flaubert le « modèle » de Joyce, et de façon « plus dogmatique », des « idéologues structuralistes » (il pense à Roland Barthes en particulier, avec sa « passion de la systématisation », son attitude consistant à reconstituer et dénoncer un « système », à partir d’un « observatoire surélevé »). Ou bien encore, il renvoie à Flaubert pour critiquer un livre de Marcel Bénabou, un membre de l’Oulipo (Jette ce livre avant qu’il soit trop tard). Pachet est ambivalent, par rapport à l’Oulipo. Il apprécie Queneau, un de ses fondateurs (Queneau avait « de l’humour, de la méchanceté, un génie d’observation, d’invention »). Mais l’Oulipo a eu « l’avantage, ou le tort », dit-il, « de faire croire à toutes sortes de gens qu’on pouvait inventer sans avoir d’invention, et écrire de la littérature comme on résout, ou compose, des problèmes d’échecs ou de mots croisés ». L’allusion à Perec (pour les mots croisés) est explicitée plus loin, là où Pachet dit sa déception à la lecture de Bénabou, où il n’a trouvé finalement que « banalité d’écriture », « lieux communs » : « Les Oulipiens, comme bien des admirateurs de Flaubert, ont à l’égard des lieux communs une attitude équivoque : ils les pourchassent et s’en moquent, comme le maître, mais secrètement ils sont persuadés que tout est lieu commun, qu’on n’en sort pas, et que là est le destin de la littérature moderne. Pour une part même l’œuvre de Perec, si passionnante par ses thèmes et par son énergique mélancolie, tombe victime de ce travers : les phrases se refusent à l’invention, elles réitèrent, sous un glaçage ironique, des phrases déjà mille fois écrites, déjà mortes [23]. »

Au début des années 2000, Pachet fait la connaissance de l’écrivain Emmanuel Carrère. Ils deviennent amis. Ils se rendent compte qu’ils sont nés – « coïncidence de bonne augure » – le même jour, à vingt ans d’intervalle (« j’aurais pu être son second père, ou son frère très aîné », dit-il). Pachet explique ne pas avoir accès à ce qu’il appelle l’« atelier d’écrivain » de Carrère (qui ne parle pas de son travail, qui n’évoque pas ou ne fait pas sentir, dans sa conversation, « l’âpre conflit intérieur, l’hésitation, le basculement dans le vide ou l’inconnu qui hantent ses romans »). Pachet souligne les capacités de Carrère : son talent d’observation, sa concentration, sa mémoire (« il se souvient des noms, des circonstances, des paroles dites, des intonations »). Il apprécie son écriture : un « art du langage […] si efficace, si direct », qui « doit beaucoup à un talent de journaliste et de reporter, toujours vivant dans ses écrits » (Carrère, comme Jean Rolin, qui sera aussi un ami de Pachet, a eu une activité de reporter, a écrit pour des journaux et des magazines) [24].

En 2005, Pachet est invité – pour la première fois, semble-t-il – à parler à la télévision. Dans l’émission littéraire « Des mots de minuit », animée par Philippe Lefait. Il vient présenter L’Amour dans le temps – mais l’animateur insiste sur l’intérêt qu’il y a à lire ensemble Adieu et L’Amour dans le temps. Dans ses réponses, Pachet apparait un peu hésitant, comme intimidé. Plusieurs fois, il corrige doucement l’animateur, dont certains mots ou certaines expressions ne lui conviennent pas (« élan vital », « partage », « manifestations les plus triviales », etc.). Il reconnaît des défauts à son travail : « Je dis trop de choses dans ce livre, mais une fois qu’on dit les choses, autant les rendre compréhensibles. » Il est interrogé au début de l’émission, ensuite c’est au tour d’Annie Ernaux, venue avec Marc Marie présenter le livre qu’ils ont écrit à deux (L’Usage de la photo). Pachet se souviendra de ce moment dans Sans amour. À un certain moment, dit-il, Annie Ernaux, après l’avoir écouté, se tourne vers lui et lui dit « doucement mais sévèrement » : « Mais si vous pouvez mener une telle vie, à votre âge, c’est parce que vous êtes un homme [25]. »

Pachet publie Devant ma mère en 2007 (sur sa mère très âgée, sénile, sur son cerveau qui « se défait »). Il est invité à nouveau à la télévision, dans l’émission « Un livre, un jour » d’Olivier Barrot. Il corrige encore l’animateur, qui juge le livre « poignant » : « Je n’ai pas voulu que ce soit un livre pathétique. […] Je voulais la regarder avec affection, mais aussi avec curiosité. Et je ne voudrais pas que ce livre donne une impression poignante, parce que la chose en elle-même l’est déjà suffisamment [26]. »

La revue Les Moments Littéraires lui consacre alors un dossier. Avec en particulier un portrait par sa fille Yaël (elle écrit : elle a déjà évoqué Pachet dans son premier livre, On est bien, on a peur). Pachet y donne un long entretien. Pour la première fois, il est interrogé exclusivement et en détail sur la part de son œuvre qu’il appelle « l’écriture intime » (par opposition à la « prose d’idées »). Il doit répondre à des questions sur sa méthode de travail : « Avez-vous un cérémonial d’écriture ? » ; « Avez-vous des plages horaires préférées ? ». Et pour la première fois (qui ne sera pas la dernière), il répond en récusant le mot « écrivain ». Et on peut retrouver en filigrane, dans cette réponse, sa prévention contre Flaubert : « Je ne me considère pas comme un écrivain professionnel dans la mesure où j’ai d’autres activités, et que vivre – ou ne rien faire – me prend beaucoup de temps… Je ne suis pas comme un travailleur de l’écriture qui aurait en effet des habitudes, des manies. J’écris quand cela se présente. » Il donne tout de même des détails : « J’écris sur du papier ou dans des cahiers, quelquefois directement sur l’ordinateur. Je suis lié au papier. » Et il explique qu’à ses débuts, « pour des raisons conjugales, familiales », il avait peu de temps pour écrire, et qu’il écrivait « souvent la nuit sur une petite machine à écrire, debout dans le garage de notre maison de Meudon ». Maintenant, dit-il, il « occupe tout l’espace » de son appartement, et son travail d’écriture lui semble « complètement dispersé dans le temps et dans l’espace » [27].

Pour ses chroniques « Loin de Paris » (qu’il poursuit jusqu’en 2008), Pachet change de principe : non plus des voyages, mais des réflexions sur la littérature telle qu’elle apparait dans les journaux et magazines étrangers. Après l’entretien donné aux Moments Littéraires, il s’intéresse en particulier à des portraits ou à des entretiens d’écrivains. Le Colombien Alvaro Mutis lui semble être un homme « étrange et attirant », à travers un entretien dans El Pais (mené par un autre écrivain, la Mexicaine Cristina Rivera-Garza). Pachet cite Mutis, sur son rapport à l’écriture : « Ce n’est pas un devoir. Ce n’est pas une profession. Ce n’est pas même un destin… On vit et on voit passer les choses et on marche. On réfléchit. Le jour passe. » Pachet retient aussi que Mutis « insiste sur le caractère corporel de son écriture ». Il le cite encore : « Quand j’écris, je suis très conscient de mes mains, de mes coudes, de la position et de l’état de mon corps. Je suis là, en entier, à l’écoute du bruit de la Smith-Corona, à fredonner. Transparait dans l’écriture ce que le corps transmet. Et ce qui lui arrive. Ce que j’exige de ce que j’écris est que ce soit comme ce que j’ai été, en termes de rythme, de vérité, d’intériorité. Je ne pense pas à la rigueur ni à la génialité, je pense en termes de vérité [28]. »
Pachet consacre une autre chronique à un écrivain japonais qui n’est pas traduit en français (mais en anglais) : Makoto Oda. C’est alors un homme âgé et malade. Un homme connu « par ses positions militantes » (contre la guerre du Vietnam, en particulier ; et à l’intérieur du Japon, pour le maintien d’un Etat démilitarisé). Pachet s’intéresse à son attitude : « On dirait que comme un soldat d’un autre genre il fait face à la maladie en décidant de mener à terme les œuvres qu’il porte en lui. » Il cite une déclaration d’Oda : « Il faut que je vive encore six mois. Si je vis jusqu’au mois de novembre, je terminerai un roman. Si je suis encore en vie après, je compte écrire un traité sur la civilisation [29]. »
Ou bien Pachet s’intéresse au Portugais Miguel Torga (on fête alors le centenaire de sa naissance). L’auteur de cette formule « étonnante, magique » (Pachet le cite) : « L’universel, c’est le local sans les murs. » L’occasion n’est pas un entretien, mais une exposition qui parcourt le Portugal, « comprenant photos, documents personnels, manuscrits et éditions originales ». Médecin de profession, Torga avait une réputation de « loup solitaire ». Il contrôlait « ses apparitions et ses images publiques ». Et aussi l’édition de son œuvre, « publiée délibérément par ses soins à compte d’auteur en une cinquantaine de volumes semblables recouverts d’une sorte de bure ». Pachet médite sur cette attitude un peu extrême (et sur son visage, « émacié, sévère »). Et sur cette « lutte sourde », comme il dit, « entre la convoitise du public et des médias pour les images d’un personnage public, et le refus de l’auteur de rendre sa personne trop visible » [30].

En 2011, l’année de la publication de Sans amour (et de son prix Roger Caillois), Pachet intervient à la radio une dizaine de fois (sur France Culture et France Inter). Sur France Culture, il parle successivement de Tibor Déry, Baudelaire, Cioran, Carrère et René Girard. Et il parle de lui-même, de Sans amour (dans trois émissions différentes). Il parle aussi de Sans amour en public, dans un entretien avec Aline Bergé, une universitaire, au Petit Palais à Paris (dans le cadre de la Maison des Ecrivains et de la Littérature).
Il répond toujours en récusant le mot « écrivain ». Ici dans un entretien (il est interrogé sur la solitude) :

« La solitude est évidemment cruciale pour un écrivain. C’est justement parce que je ne suis pas réconcilié avec elle que je ne me sens pas en être vraiment un. Je n’ai pas d’horaires de travail, j’écris tout le temps, je fais tourner des expressions ou des phrases dans ma tête, dans les interstices de mes activités, même en marchant. Mais qu’est-ce qu’un écrivain qui n’est pas rivé à sa table ? [31] »


Un argument complémentaire, qui revient à plusieurs reprises. Si Pachet ne se sent pas pleinement écrivain, c’est aussi parce qu’il se sent incapable, malgré quelques tentatives, d’écrire de la fiction, de « couper le lien avec ce qu’on connaît, ce qui est attesté ». Il le dit dans différents entretiens, en évoquant son excessive « vigilance ». Comme ici, où il répond à une question sur le rapport entre le rêve comme « pourvoyeur d’idées » et le travail de l’écrivain : « Je suis sans cesse interrompu par cette "vigilance" […], par le souci de contrôler, de savoir à peu près où je vais, de respecter le réel, dans ce qu’il m’oppose d’arguments contraires, de réalités qui résistent. Passant tellement de temps à essayer de respecter cela, je n’ai pas la possibilité de me livrer à ce qu’il y a en effet d’onirique (selon l’imagination que j’en ai) dans l’activité de l’écrivain et qui permet à Conrad, à James, à Nabokov de laisser se développer les situations, les personnages [32]. »

À ses débuts, Pachet a fréquenté surtout des poètes (dont certains, qu’il a connus dans le cadre des revues où il publie alors : Les Cahiers du Chemin, Le Nouveau Commerce). Dans « le temps paresseux et vaguement indéfini de l’échange amical », il semble alors mettre la poésie au-dessus du roman (avec ses amis, c’est l’échange sur l’actualité de la poésie qui compte, pas celui sur l’actualité du roman) [33].
Dans les années 2000 et au-delà, il invite toujours certains de ses amis poètes à parler dans son séminaire : Claude Mouchard, Jacques Réda. Et il invite des amis romanciers (ou prosateurs) : Carrère, Michon.
Maintenant, il est ami avec des écrivains connus – qui sont donc plutôt des romanciers. Mais il se sent toujours différent d’eux. Et la conversation – il insiste sur ce point – n’est pas « professionnelle ». A propos de son amitié avec Carrère, il généralise : « J’ai gagné la chance, depuis quelques années, de bénéficier de cette complicité masculine avec des écrivains français dont j’admire les livres (si différents) : Jean Echenoz, Pierre Michon, Jean Rolin. En leur compagnie, dans le bavardage amical ou la confidence, jamais la conversation professionnelle, je me tiens au bord de cette activité mystérieuse d’écrire, prenante et tourmentée, qui les fait aspirer à ces moments d’insouciance [34]. »
Il faudrait ajouter au moins une femme : Pascale Roze. Pachet la mentionne dans un entretien où il évoque cette faculté des romanciers – qu’il n’a pas – de « lancer des personnages dans l’espace de l’imagination » [35]. Elle-même le remercie au début de son livre sur le poète latin Horace (Un homme sans larmes) : les réflexions de Pachet l’ont inspirée, dit-elle. En 2011, ils sont invités en même temps sur France Inter, dans l’émission « Les liaisons heureuses », pour parler, lui de Sans amour, elle de son dernier roman (Aujourd’hui les cœurs se desserrent).



4.
Pachet est interviewé en 2011 par un de ses anciens élèves au lycée de Tlemcen, en Algérie (au début des années 1960, il a enseigné le français, en particulier à Tlemcen et au Havre).
Cet ancien élève, Léon-Marc Lévy, est un des animateurs de La Cause Littéraire (un magazine en ligne). Il interroge Pachet sur la solitude, et Pachet explique pourquoi c’est une des raisons pour lesquelles il ne se sent pas écrivain. Il l’interroge aussi sur la forme de ses livres et sur celle de Sans amour (qui lui semble « peu commune » : témoignage, autobiographie, récit, tout cela à la fois, dans une grande « instabilité » de forme). Et sur son expérience d’enseignant. Dans les réponses de Pachet, une même conception de ce qu’il appelle l’« indétermination ». Ici sur la forme des livres :

Oui, j’aime les formes d’écriture qui restent perméables, ouvertes aux intrusions, aux incises, aux reprises, aux mouvements imprévus et météorologiques de la pensée et des émotions. Tels peuvent être l’essai, le journal intime, ou les récits qui enclosent aussi des occasions de réflexion. N’étant pas capable de construire des univers fictifs, et je le regrette, c’est autour du mystérieux domaine « intime » (qui n’est pas nécessairement autobiographique, parce qu’il s’agit aussi d’une intimité avec le lecteur inconnu) que j’ai construit ou plutôt laissé se développer mes livres [36].


Et sur l’expérience d’enseignant :

J’ai beaucoup aimé enseigner, d’ailleurs je tiens encore un séminaire (alors qu’enfant je m’ennuyais éperdument à l’école, attendant la sonnerie de la récréation). Parmi les élèves ou les étudiants, il y a toujours, sans que nécessairement on les remarque sur le moment, des esprits curieux, sensibles, exigeants. Risquer sa parole devant eux, son savoir et ses ignorances, les intéresser ou les inquiéter, c’est recevoir beaucoup. […] Les élèves inconnus ou devinés, comme les lecteurs présents voire futurs, dans leur indétermination, sont une chance pour qui croit avoir quelque chose à dire [37].


Lévy interroge aussi Pachet sur son identité juive (il parle d’ailleurs de « judéité » plutôt que de « judaïsme », pensant que Pachet se tient loin de la religion). La réponse est intéressante : « Je me sens en effet très juif, par l’héritage religieux, historique et culturel que j’ai reçu. Pas dans l’écriture elle-même, qui est passionnément française, plutôt dans mes préoccupations morales, dans ma gratitude inentamée envers le don de la vie, en dépit des désastres [38]. »

La fin de Sans amour. Là où, pour évoquer l’absence d’amour pris en un certain sens, Pachet revient sur ses parents, sur les années 1930.
Une émotion toujours forte à l’évocation des années 1930. Pachet s’y sent lié, comme il l’explique dans un entretien à la radio (avec Alain Veinstein) : « On est lié à des mondes temporels très écartés. Par exemple, j’ai un lien très intense avec les années 1930. Mais les années 1930 c’était il y a quatre-vingts ans : qu’est-ce que ça veut dire ? Pourtant j’ai un lien intense avec cette période, non seulement par les préoccupations historiques, politiques, de ce qu’était l’Europe à cette époque-là, mais aussi par le mode de vie. » Pachet relève en effet souvent des mots qui lui semblent typiques des années 1930, ou des réalités des années 1930 : par exemple, le mot « chic » (à la fin de Sans amour, à propos d’un manteau) ; ou le mot « studio » (à propos d’un roman de Mihaïl Sebastian, L’Accident – Pachet note que ce mot avait une « certaine saveur bourgeoise » dans les années 1930) [39]. Dans un entretien précédent avec le même animateur, commentant son recueil d’essais Aux Aguets, Pachet disait s’être rendu compte, en composant le livre, en choisissant les textes, qu’une certaine histoire s’y dessinait en creux, à la rencontre entre l’époque qui a précédé son enfance – l’époque de la vie de ses parents, les années 1920 et 1930 – et celle de son enfance et de sa jeunesse – la fin des années 1940, les années 1950.
Dans Sans amour, donc, Pachet évoque d’une part le couple formé par ses parents dans les années 1930 ; d’autre part leurs amis (des « juifs russes » originaires de la même région que le père de Pachet, la Bessarabie). Il souligne une différence fondamentale entre eux : « Ni Mania […], ni les Berdy alias Berladsky de Levallois-Perret, […] ni les Brudno de Boulogne-Billancourt, […] ni les Cherman ne tenaient de foyer juif, ni n’avaient d’enfants » ; et au contraire ses parents, dit-il, avaient « à la fois (ai-je raison de joindre ces deux faits ?) maintenu dans leur foyer l’essentiel des traditions religieuses qu’ils avaient connues dans leur enfance (fréquentation de la synagogue, circoncision du fils) – et justement eu des enfants » (même s’il évoque un « épisode inattendu », que sa mère lui a raconté : elle a avorté une fois dans les années 1930 ; « d’un enfant que mon père ne désirait pas », dit-il) [40].
Une remarque sur ce choix fait par ses parents – rare, parmi les juifs de leur entourage, ceux qui ont survécu au génocide, à la guerre, ceux que Pachet a connus et qu’il évoque maintenant. Il parle, dans un débat, de la transmission et de la mémoire. Il résume, en le modifiant, un « beau conte hassidique » qu’il a déjà relevé dans un livre de Pierre Vidal-Naquet (qui le citait de façon précise, dans la version donnée par Gershom Scholem dans Les Grands Courants de la mystique juive). Dans l’évocation de Pachet :

Quand on parle de ritualisation, je pense toujours à une célèbre histoire hassidique où un rabbin se rend dans une forêt, allume un feu et récite une prière pour qu’un miracle se produise et protège sa communauté. Son fils ne connaît plus la prière et se rend simplement dans la forêt pour allumer un feu, et le miracle se produit. Son petit-fils ne connaît plus même le chemin vers la forêt et ne sait pas allumer de feu, mais il lui suffit de raconter cette histoire pour que le miracle se produise [41].


Pachet semble ainsi associer – peut-être davantage maintenant – la vie qu’il a reçue, et l’éducation religieuse qu’il a reçue. Les mots « maintenir », « perpétuer », « continuer » ont leur importance : pour les juifs, dit-il, « avoir des enfants c’est aussi avoir des enfants juifs qui perpétueront le destin et la vocation de leur peuple ». Et dans l’entretien avec Alain Veinstein : « Il y avait chez mes parents certainement – même si on n’en a jamais parlé explicitement – une sorte de foi, de fidélité aussi au devoir de poursuivre ; parce que le judaïsme, pour une grande part, c’est continuer [42]. »

Continuer quoi ?
Dans Autobiographie de mon père, où Pachet disait « je » à la place de son père, il lui faisait déjà exposer sa conception du judaïsme et du sionisme : à propos de sa formation à l’école rabbinique d’Odessa, à l’adolescence ; à propos des offices religieux à la synagogue en général (où « l’office est collectif, mais nombre de prières sont individuelles ») ; ou à propos du sionisme dans les années 1920 et 1930 (dans un passage qui se situe après la guerre, peu après la création de l’Etat d’Israël) : « Le sionisme […] était divisé en familles politiques : les sionistes religieux, peu importants, les sionistes-révisionnistes, les sionistes-socialistes, qui allaient devenir majoritaires dans le nouvel Etat. Je me sentais proche de ces derniers, de leur respect pour l’intellect, pour les sciences, pour la démocratie moderne, de leur préférence pour les solutions politiques négociées, tolérantes, non-violentes [43]. »
Le père de Pachet a milité dans des organisations sionistes. C’est un des aspects de son livre sur lesquels Pachet voudra faire des recherches par la suite (pour éventuellement le corriger, ce qu’il ne fera pas). Il recherche « dans les archives de journaux d’avant-guerre » des traces de l’activité de son père comme « dirigeant de sociétés juives dans les années 1930 à Paris » [44].
Pachet s’intéresse aussi, à la fin des années 1990, à l’histoire du sionisme en général, pour préfacer un livre d’Arthur Koestler. Le sionisme de Koestler lui-même lui semble comporter une « dimension radicale », se porter « aux extrêmes ». Pachet le cite (dans La Corde raide) : « Ressusciter l’Etat d’Israël, c’était un peu construire un pont gigantesque sur deux millénaires d’Histoire : un ouvrage d’art social sans pareil. Relier, toujours relier ; construire, toujours construire ! » Puis il commente, en marquant son désaccord : pour Koestler il s’agissait, dit-il, en « tournant le dos au judaïsme tel que l’histoire l’avait modelé », de « forger un homme nouveau », de pousser l’« occidentalisation » des juifs jusqu’à son terme ; en réalité, du judaïsme comme « dépositaire de siècles de vie et de pensée, de rituel et de méditation, de formes de relation », Koestler « ne voulait rien savoir » ; au point « de ne pas imaginer que ces formes aient pu être précieuses y compris pour l’invention de formes nouvelles et pour apprendre à vivre dans le futur » [45].
Par contraste, Pachet évoque une autre conception du sionisme, celle de Martin Buber. Pachet a déjà mentionné Buber dans Autobiographie de mon père – en supposant que son père, en poursuivant des études comme celles suivies à l’école rabbinique d’Odessa, aurait pu devenir « une sorte de penseur moral, à la Martin Buber », et qu’il regrettait d’avoir dû renoncer à cette « vocation ». Cette conception du sionisme, celle de Buber, c’est celle du mouvement Brit Shalom, une sorte d’« utopie » qui proposait un dialogue constructif avec les Arabes, pour réaliser le sionisme pacifiquement [46].

Dans ces mêmes années 1990 où il discute Koestler, Pachet, tourné vers le présent, soutient les accords de paix d’Oslo entre Israéliens et Palestiniens. Il participe à un comité d’action, qui aura pour objectif de « tenter d’infléchir » – « rien de moins » – la politique israélienne, à partir du blocage « délibéré » du processus de paix. Quand Ariel Sharon devient premier ministre (en 2001), Pachet s’exprime contre ce blocage. C’est la seconde Intifada. Pachet publie un texte dans Le Monde : « Je suis persuadé que les choses iraient mieux si les dirigeants de l’Intifada décidaient courageusement de l’arrêter, d’arrêter cette confrontation inégale et hargneuse, montrant ainsi qu’ils ont le souci du bien-être de leur peuple et qu’ils choisissent d’autres voies. Encore faudrait-il que les dirigeants israéliens les persuadent qu’une telle décision serait avantageuse et efficace pour eux et pour leur peuple. Mais M. Sharon veut-il cela ? [47] »
Puis d’autres prises de position. Par exemple, sous le gouvernement d’Ehud Olmert (en 2007), Pachet approuve le constat fait par Régis Debray dans son reportage au Proche-Orient et dans les territoires occupés de Palestine (Un Candide en Terre Sainte). Un constat « utile », « rédigé en termes mesurés », qu’il résume : « la politique du fait accompli menée par Israël dans les territoires, avec colonisation, fortifications, incursions, routes interdites, barrages routiers infranchissables, assassinats dits "ciblés", encerclement des bourgades arabes, etc., rend irréalisable en l’état des choses le projet d’un Etat palestinien » [48].
Pachet tente même d’appliquer une leçon extérieure – une leçon non pas politique mais littéraire – au conflit. Une leçon peut-être universelle et intemporelle, empruntée à « un des textes fondateurs de la culture européenne » : l’Iliade. Pachet distingue deux notions : la « colère » (mènis) et l’« indignation » (nemesis). Au chant XXIII, Achille, qui est « le personnage par excellence de la querelle, de la violence, de la colère », a un comportement étonnant – en tout cas inhabituel : alors qu’Ajax et Idoménée commencent à se quereller, en regardant la course de chars organisée après les funérailles de Patrocle, Achille se lève et intervient pour les faire cesser. Pachet cite à plusieurs reprises ce passage d’Homère (dans la traduction de Paul Mazon) ; parfois en soulignant certains mots grecs, pour illustrer la différence entre colère et indignation : « N’échangez plus ainsi de mots méchants et durs, Ajax et Idoménée. Aussi bien est-ce malséant. » Et le vers suivant : « Vous en voudriez (nemesaton, vous auriez un sentiment de nemesis) à tout autre qui se conduirait comme vous. » Pachet insiste sur la différence entre le caractère individuel (Achille est colérique) et les circonstances ou la situation (Achille est ici un « témoin » qui se sent « extérieur à la querelle », par un effet de « place », presque un effet « d’optique », et qui intervient à ce titre). L’idée de Pachet, c’est que l’intervention d’Achille n’est liée à aucune « supériorité » : elle n’est pas le fait de la « raison » ni d’un « tribunal supérieur ». Pachet a en tête certains conflits contemporains, ou du XXe siècle. Il pense en particulier à ce qui s’est produit en Argentine sous la dictature, ou en Russie, en Ukraine : « on peut penser à ces groupes de femmes qui ont parfois joué un rôle dans les conflits contemporains, disant qu’elles sont parties prenantes de ce qui est en train de se passer : leurs frères, leurs pères, leurs maris, suscitent en elles le désir d’intervenir ». Il pense surtout au conflit israélo-palestinien. Il a conscience de l’originalité de sa position, en concevant ainsi la nemesis comme « colère contre la colère » (« je m’engage beaucoup sur ce point », dit-il). Il tente d’appliquer jusqu’au bout la leçon d’Homère. Il met en question la « représentation commune » que la « société israélienne » se fait du conflit : elle se pense elle-même « comme une société raisonnable », dit-il, et pense « la société qui se trouve en face d’elle comme mue par les passions ». Il prend l’exemple des funérailles : dans le cas d’une victime israélienne, les médias israéliens montrent une « cérémonie très digne, très pacifique » ; dans le cas d’une victime palestinienne, ils montrent « la réaction de la foule » dans les villes ou les villages arabes, accompagnée de « violence ». Cette représentation est « inexacte », dit-il : d’une part, parce que « sous l’apparence d’un ordre peut se manifester une extrême violence » ; d’autre part, parce que « dans l’exercice des passions, aussi chaotique qu’il paraisse, peut advenir le début d’institution d’un ordre qui permet de sortir de l’enchaînement de la violence ». Puis il s’explique, en référence à l’Iliade : l’ordre qui cache la violence, dans l’Iliade, c’est le rituel des funérailles de Patrocle, telles qu’elles sont organisées par Achille (en réalité, une suite d’« actes de violence » : couper des arbres pour le bûcher, égorger des moutons et des bœufs, sacrifier des juments, tuer deux des chiens de Patrocle, tuer de jeunes Troyens prisonniers) ; et les passions qui cachent – peut-être – une « vertu positive », c’est la force de la nemesis, telle que Pachet l’interprète (en 2010) : « la possibilité que du sein du conflit naisse une amorce de neutralité qui ne vienne pas d’une instance supérieure » [49].

Pachet est interrogé sur la religion, dans un entretien. Il rapproche le judaïsme et le stoïcisme (ici le stoïcisme latin) : « Je ne suis pas croyant. Le seul credo de mon éducation religieuse était le "faire ce qu’il faut". Pas si différent du credo stoïcien d’un Marc-Aurèle selon lequel chacun est l’acteur d’une pièce qu’il n’a pas écrite et qu’il doit jouer le mieux possible : ce qui dépend de nous, c’est la libre volonté de faire le bien et le mal [50]. »




5.
À propos de Soizic.
Pachet parle d’Adieu dans un entretien à la radio (en 2011).
Mais il parle de la couverture du livre : l’illustration qu’il a demandée à Pierre Le-Tan (qui a fait aussi des couvertures pour les livres de Patrick Modiano).
Pachet raconte. Il voulait mettre sur la couverture d’Adieu une photo qu’il aime beaucoup, « où on voit Giacometti de dos en train de peindre Annette », sa femme. On y voit « le crâne de Giacometti, déjà un peu dégarni », et devant lui « le tableau qu’il est en train de dessiner – de dessiner et effacer, comme il faisait » ; et en face, « Annette, assise ». Mais pour des questions de droits, il n’a pas été possible d’utiliser cette photo. Le-Tan connaissait Soizic. Pachet lui demande alors de s’inspirer de cette photo. Il fait quelque chose de « très joli », dit Pachet : « on voit quelqu’un qui pourrait être moi vu de dos, en face de lui une silhouette féminine qui pourrait être ma femme » (Pachet ne dit pas que cette silhouette apparait sur une photo tenue par l’homme de trois-quarts dos). Il termine de décrire : « entre les deux, un papier sur lequel le personnage gribouille quelque chose » [51].

Soizic était professeur de lettres dans un IUFM (où l’on forme les futurs enseignants à l’école primaire et au collège). C’était son travail, « son domaine à elle », dit Pachet : « réunions, projets de stages, coups de téléphone nombreux, concertations, voyages, crises, fêtes de fin d’année » [52].
À un certain moment, Soizic, qui « voulait écrire » et « écrivait » (elle voulait écrire « des histoires pour enfants »), s’occupe s’étudier le genre du conte (traditionnel ou folklorique). Au début des années 1990, elle publie des études dans la revue Dire (sous-titrée Revue du conte et de l’oralité) animée par Henri Gougaud. Pachet relit ces textes (il y a d’ailleurs parfois collaboré). Il y a cette étude sur « la femme qui ne mangeait rien », un conte japonais. En réalité, quand son mari est absent, « elle avale goulûment des boulettes de riz grâce à une bouche dissimulée qu’elle a sur le dessus de la tête », dit Pachet. C’est l’histoire d’un paysan « qui se méfie du caractère dépensier et destructeur des femmes, et qui souhaite acquérir une femme qui ne lui coûtera rien ». La femme est découverte et elle se transforme, dit une adaptation en anglais, en géante et en « vieille sorcière » (giant old hag). Soizic réagit contre cette adaptation et cette interprétation : « elle préfère imaginer non pas que la femme se transforme en sorcière, mais qu’elle reste elle-même en révélant sa vraie nature », dit Pachet. Il y voit a posteriori « l’écho très sensible de thèmes des années 1960 », dans les milieux qu’ils fréquentaient alors : en France, « le milieu qui gravitait autour de Françoise Dolto » ; puis aux Etats-Unis, à Berkeley, en 1965-1966 ; puis à nouveau en France, « avec la redécouverte de l’œuvre de Georges Bataille ». La femme du conte n’est pas une « vieille sorcière », dit Soizic (citée par Pachet) ; dans la peur de son mari, « terrifié » quand sa femme, une fois découverte, se met à le poursuivre, il faut comprendre autre chose : « Cette peur est la peur de découvrir la vraie nature de la femme et elle est d’autant plus grande que la soumission que la société exige d’elle est plus importante. Soumission, discrétion, pudeur, effacement. On veut d’elle qu’elle ne mange pas et partant, on s’expose au pire : à l’expression incontrôlée, incontrôlable de ses pulsions existentielles légitimes. Si la femme devient si grande, c’est qu’elle ne peut contenir la rage qui l’anime. Elle réclame son dû [53]. »
Commentaire de Pachet : « C’est elle, la douce Soizic, qui a écrit cela ? » Il réfléchit : ce qu’on voit dans cette étude, c’est que « sa violence et sa douceur ne font qu’un, son sens de ce qui est juste et sa loyauté envers elle-même » [54].

Au moment où Soizic s’occupe de contes, Pachet s’occupe de Salman Rushdie. Il défend ses livres (Les Versets sataniques, Haroun et la mer des histoires, Le Dernier Soupir du Maure, etc.). Il défend et soutient l’homme (Pachet participe à un comité de soutien, au moment où Rushdie est menacé par une fatwa, un appel au meurtre : il évoque par exemple cette conférence de Rushdie au Salon du Livre à Paris, en 1995, où Alain Finkielkraut s’emporte contre les médias, contre les caméras de télévision, les techniciens et journalistes « massés avec leur encombrant matériel devant l’estrade », qui empêchent le public d’apercevoir Rushdie – et de fait, malgré son propos « passionnant », rien de ce que dit Rushdie ce jour-là n’est transmis à la télévision) [55].
Pachet est alors particulièrement attentif à la place des contes dans la culture et dans l’art poétique de Rushdie. Dans Les Versets sataniques, d’abord, puis dans Haroun et la mer des histoires, qui est un conte, qui revendique de l’être, et met en scène un personnage de conteur « en panne d’inspiration », où il est question de s’inspirer d’un livre de la « tradition indienne » médiévale intitulé Kathâsaritsâgara, l’Océan des courants d’histoires (il sera traduit bientôt intégralement en français sous le titre Océan des rivières de contes). Ainsi Rachid, le personnage de conteur, qui a renoncé, qui a abandonné son métier après que sa femme l’a quitté, va réapprendre à raconter des histoires, aidé par son fils Haroun, au terme d’aventures extraordinaires qui passent par un voyage sur une « deuxième lune de la terre » (selon les termes de Rushdie), appelée « Kahani » (un mot qui signifie « histoire »). Là se trouve « l’océan des histoires » ; il est pollué, et il va falloir le sauver contre les agissements de certains « méchants », dit Pachet (qui souligne la satire faite par Rushdie de la mauvaise littérature : « on laisse pourrir les anciennes histoires », « les récits […] se limitent à la reprise indéfinie de thèmes à effets trop sûrs », etc.). Au contraire, il lui semble que Rushdie refuse les procédés qui figent et réduisent ; dans son conte, « l’océan est vivant : il est irrigué, nourri en permanence par une "source des histoires", source unique et universelle qui alimente l’imagination humaine depuis toujours, la maintient en contact avec ce qu’elle reçoit de plus ancien, et même d’immémorial ». D’où la « responsabilité » des conteurs et des artistes : « il leur incombe de ne pas abandonner le terrain aux faussaires, aux plagiaires, à ceux qui stérilisent la substance vivante des histoires » [56].
Et à propos des Versets sataniques, qu’il admire, il semble à Pachet que « les espoirs placés dans la littérature ne sont pas vains ». Rushdie, c’est la littérature conçue comme « activité délibérément et agressivement profane », comme « absolue liberté d’imaginer et de parler », et qui pourtant « hérite […] de tous les écrits sacrés, anciens ou modernes, de la Bible et du Coran à William Blake, de leur liberté et de leur imagination ». Pachet résume son admiration : « Une telle volonté d’hériter, et de se montrer digne de l’héritage, est impressionnante [57]. »

Pachet revient sur Rushdie dans les années 2000, à propos des Enfants de minuit (son premier roman). Dans les pays de langue anglaise, il est devenu « une sorte de classique ». À la fois l’histoire d’un personnage et l’histoire de l’Inde : Rushdie a voulu « tresser », voire « unir l’histoire d’un individu, Salem, et elle d’un pays qui conquiert son indépendance au moment même de sa naissance, en cette mi-nuit du 15 juin 1947 ». Rushdie est déjà dans la « démesure ». Il explore la réalité de Bombay, sa ville natale, « une réalité aimée pour ses saveurs et ses aspects imprévisibles et contradictoires » : « noms de lieux, de boutiques ou de quartiers […], nourritures diverses : bhel-puri, lait de noix de coco, curry, channa, et surtout le chutney, en particulier le chutney couleur "vert sauterelle" dont le narrateur respire le parfum qui avive sa mémoire et lui donne la force de raconter ». Il puise dans « de larges pans de la culture traditionnelle », dans « la littérature classique et moderne de l’Occident », dans « la culture pop contemporaine ». Il participe déjà avec ce livre « à un monde d’écrits romanesques puissants, ceux de Thomas Mann, de James Joyce, de Günter Grass, de Gabriel Garcia Marquez ». Pachet, rétrospectivement : « Ce fut aussi un événement culturel autant que littéraire, l’un de ceux qui donnent l’impression – l’illusion ? – que notre monde s’unifie, que ses parties entrent en relation étroite : l’Asie et l’Europe-Amérique, la tradition et la démocratie, les traditions religieuses et le scepticisme, les formes narratives anciennes et l’art contemporain [58]. »

Soizic est présente dans Adieu, dans L’Amour dans le temps, dans Sans amour.
Pachet parle d’elle à la télévision, en 2005. Il explique qu’avant lui, Soizic n’avait pas eu d’amant – il a été le premier homme qu’elle ait connu ; et qu’après lui, personne ne l’a tenue dans ses bras – il l’a tenue une dernière fois, morte. Il dit simplement : « Sa vie est comme incluse dans la mienne [59]. »
Plus tard, dans Sans amour, il rapporte une conversation qu’il a eue avec une amie peu après la mort de Soizic. Il lui a dit ce soir-là : « J’ai tenu dans mes bras le corps nu de Soizic une première fois […] dans un appartement presque vide d’Epinay-sur-Seine, à un étage élevé d’une tour. Ses parents n’y habitaient pas », etc. [60].
Il lui a dit aussi : « J’ai tenu dans mes bras le corps nu de Soizic une dernière fois, dans la nuit suivant sa mort, lorsqu’un aide médical un peu maladroit est venu pour "préparer le corps" », etc. [61].
Pachet commente maintenant, en se souvenant du recueil de contes indiens invoqué dans Haroun et la mer des histoires (peut-être ceux que Soizic lisait quelque temps avant sa mort, comme évoqué dans Adieu) ; il en abrège le titre :

Ce parcours d’un corps nu au même corps nu est comme mythologique. Il me fait penser à certaines histoires d’initiation qu’on lit dans le recueil de l’Inde ancienne, L’Océan des contes, dans lesquelles le candidat à la fonction de roi, c’est-à-dire de sage, doit subir des épreuves, résoudre des énigmes, pour se qualifier [62].

Lire la suite.

1er mai 2018

[1« La Boétie et les poètes » (inédit, disponible sur le site de Pachet), s. d., p. 1 ; Séminaire « Critique sentimentale », 2 décembre 2011. Cette étude inédite correspond en partie à l’intervention au séminaire.

[2« Un professeur de découragement », La Quinzaine Littéraire, n° 1053, 2012, p. 21.

[3Entretien avec A. Perraud dans l’émission « Tire ta langue », France Culture, 24 novembre 2013.

[4Entretien avec G. Moreau, Les Moments Littéraires, n° 18, 2007, p. 23 ; « La forme des jours » (entretien avec P. Bouhénic et P. Zaoui), Vacarme, n° 61, 2012, p. 238.

[5Entretien avec J.-P. Salgas, La Quinzaine Littéraire, n° 570, 1991, p. 15.

[6L’Amour dans le temps, Calmann-Lévy, 2005, p. 30.

[7Entretien avec P. Lefait dans l’émission de télévision « Des mots de minuit », 30 mars 2005.

[8« Un cas singulier », La Quinzaine Littéraire, n° 775, 1999, p. 7.

[9L’Amour dans le temps, op. cit., p. 33.

[10Loin de Paris. Chroniques 2001-2005, Denoël, 2006, p. 21.

[11L’Œuvre des jours, Circé, 1999, p. 83, 112-113.

[12« Vivre seul » (entretien avec N. Vasseur, inédit, disponible sur le site de Pachet), 2008, p. 1.

[13Ibid., p. 6, 2.

[14Ibid., p. 4.

[15Ibid., p. 3.

[16Adieu, Circé, 2001, p. 46.

[17« La forme des jours », op. cit., p. 235 ; « Rencontre avec Pierre Pachet » (entretien avec A. Bergé dans le cadre de la Maison des Ecrivains et de la Littérature, Petit Palais, Paris), avril 2011.

[18« Le regard de Pierre Michon », in A. Girard-Daudon (dir.), Pierre Michon, une autolégende, Initiales, 2003, p. 29.

[19Mémoire pour l’habilitation à diriger des recherches (inédit, disponible sur le site de Pachet), 2001, p. 28.

[20« Le regard de Pierre Michon », op. cit., p. 29-30.

[21« Les métamorphoses de Hugo », La Quinzaine Littéraire, n° 223, 1975, p. 10.

[22« Vladimir Nabokov : de la réalité du réel à l’imprévisible invention », Critique, n° 409-410, 1981, p. 701, 698.

[23« Soupçons », La Quinzaine Littéraire, n° 767, 1999 ; « Andrei Platonov », La Nouvelle Revue Française, n° 530, 1997, p. 104 ; Mémoire pour l’habilitation à diriger des recherches, op. cit., p. 29 ; « Soupçons », op. cit. ; « Pas si drôle », La Quinzaine Littéraire, n° 603, 1992, p. 14.

[24« L’amitié d’Emmanuel », Les Moments Littéraires, n° 23, 2010, p. 6, 9-10, 5, 9.

[25Entretien avec P. Lefait, op. cit. ; Sans amour, Denoël, 2011, p. 140.

[26Devant ma mère, Gallimard, 2007, p. 165 ; Entretien avec O. Barrot dans l’émission de télévision « Un livre, un jour », n° 3687, 2007.

[27Entretien avec G. Moreau, op. cit., p. 27, 30-31.

[28Chronique « Loin de Paris » (2e série), La Quinzaine Littéraire, n° 961, 2008.

[29Chronique « Loin de Paris » (2e série), La Quinzaine Littéraire, n° 949, 2007, p. 6.

[30Chronique « Loin de Paris » (2e série), La Quinzaine Littéraire, n° 954, 2007, p. 12.

[31Entretien avec Léon-Marc Lévy, La Cause Littéraire, 1er mai 2011.

[32« La forme des jours », op. cit., p. 220 ; « Les feuillets du rêve » (entretien avec Y. Hersant, M. Macé et P. Roger), Critique, n° 792, 2013, p. 426.

[33« Un deuxième volume (enfin !) des œuvres de Blake », La Quinzaine Littéraire, n° 259, 1977, p. 13.

[34« L’amitié d’Emmanuel », op. cit., p. 8.

[35Entretien avec A. Fillon, Livres Hebdo, n° 853, 2011, p. 60.

[36Entretien avec Léon-Marc Lévy, op. cit.

[37Idem.

[38Idem.

[39Entretien avec A. Veinstein dans l’émission « Du jour au lendemain », France Culture, 12 avril 2011 ; Sans amour, op. cit., p. 149 ; « Un grave chagrin d’amour dans la Roumanie de 1934 », La Quinzaine Littéraire, n° 838, 2002, p. 11.

[40Sans amour, op. cit., p. 146-147.

[41« Pierre Vidal-Naquet : jeunesse et tradition », Critique, n° 418, 1982, p. 220 ; Débat avec E. Weil et A. Wieviorka (sur la mémoire de la Shoah), Tenou’a, n° 140, 2010, p. 9. Voir P. Vidal-Naquet : Les Juifs, la mémoire et le présent, Seuil, collection « Points Essais », 1995, p. 44.

[42Sans amour, op. cit., p. 146 ; Entretien avec A. Veinstein, op. cit.

[43Autobiographie de mon père, Le Livre de poche, coll. « Biblio », 2006, p. 164, 92 (1re édition 1987).

[44« L’effacement d’un père », in J. André et C. Chabert (dir.), L’Oubli du père, PUF, 2004, p. 25.

[45« Le sionisme de Koestler », préface à A. Koestler, Analyse d’un miracle, La naissance d’Israël, Circé, 1998, p. 17-18.

[46Autobiographie de mon père, op. cit., p. 98 ; « Le sionisme de Koestler », op. cit., p. 15.

[47« Les comités de défense, l’opinion et les médias », in M. Wieviorka (dir.), Raison et conviction : l’engagement, Textuel, 1998, p. 114 ; « Réaction émotive », Le Monde, 1er novembre 2001.

[48« Régis Debray en Terre Sainte », La Quinzaine Littéraire, n° 964, 2008, p. 24.

[49« Pleurs », in M. Marzano (dir.), Dictionnaire du corps, PUF, 2007, p. 740 ; « Un sursaut de l’être », in P. Pachet (dir.), La Colère, Autrement, coll. « Morales », 1997, p. 32 ; « Sur une scène de l’Iliade : en colère contre la colère », Littérature, n° 159, 2010, p. 106 ; « Un sursaut de l’être », op. cit., p. 32 ; « Sur une scène de l’Iliade : en colère contre la colère », op. cit., p. 106-107, 103, 105-107.

[50Entretien avec N. Sautel, Le Magazine Littéraire, n° 462, 2007, p. 65.

[51Entretien avec L. Adler dans l’émission « Hors champs », France Culture, 7 juin 2011.

[52« Juin cruel », in Etiolles, un lieu en travaux, IUFM de Versailles, 1999, p. 48.

[53Adieu, op. cit., p. 44-47.

[54Ibid., p. 47.

[55« Les comités de défense, l’opinion et les médias », op. cit., p. 133.

[56Un à un. De l’individualisme en littérature (Michaux, Naipaul, Rushdie), Seuil, 1993, p. 145-147.

[57Ibid., p. 142.

[58« Les Enfants de minuit, Salman Rushdie », in S. Barluet (dir.), Un lieu pour les livres, CNL, 2006, p. 18.

[59Entretien avec P. Lefait, op. cit.

[60Sans amour, op. cit., p. 142.

[61Idem.

[62Ibid., p. 142-143.