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Maïa Brami | Restitution des ateliers

Sous la houlette de leur professeure Marie Joliot (Français et Théâtre), une classe de 4e et le club théâtre du collège Yvonne Le Tac mettront en scène une sélection des textes poétiques travaillés ensemble depuis le début de ma résidence, jeudi 14 juin à 19 h (théâtre de la Manufacture des Abbesses, 7, rue Véron, 75018 Paris).


En 4e, on étudie la reproduction sous toutes ses formes, l’occasion de lancer un atelier d’écriture autour des langages de l’amour en explorant différents chants lexicaux (géologique, anatomique etc.).

Lors du premier atelier, je leur ai lu de la poésie scientifique du XVIIIe siècle. Amusant de découvrir que, depuis Virgile et ses Géorgiques, de nombreux scientifiques ont utilisé la poésie afin de vulgariser leur savoir. Notamment Les Amours des plantes de Charles Robert Darwin — le grand-père de Charles —, qui entend "étamines" quand il parle de bergers, d’amants, de maris, et "pistils" lorsqu’il parle de bergères, d’amantes, d’épouses etc.
Je leur ai distribué également des poèmes de Joël Des Rosiers, poète et médecin, né dans les Caraïbes et mort il y a peu au Québec :

« elle porte aux hanches
un voile transparent
couleur de pillages
un reste de lueur
achève de l’étreindre
demeurent en elle des restes spumeux
des méioses éternelles
des lymphes
mais la mort la laisse faire » (in Iles)

Ce qui a donné ce beau poème de Chaya :

Il existe
Il boue en moi
L’amour. Il produit beaucoup de dégâts sur son passage. Des inondations semblables à des tsunamis.
Il jaillit entre nous
une explosion d’amour se crée
Mais aussi des éruptions, mon cœur est en choc après ton passage, les secousses étaient trop fortes
Des larmes de joie coulent sur mon visage
Elles créent un lac de lave mais
Après viennent les larmes de tristesse

Ou celui-ci de Louise :

Ce jour-là,
tout parut plus vitreux, plus chaud, que je ne pouvais refroidir,
le lac de lave se répandait en moi.
Nous étions loin de la fusion, le tremblement était présent.
Mon cœur bouillonnait d’édifice volcanique jusqu’à ce qu’il explose de douleur quand il dit ces mots insoutenables.
Un dôme explosa, explosa partout et détruisit tout ce qui aurait pu être créé.
Son explosion pouvait être une solution, une libération, mais impossible…
La fièvre montait partout dans mon corps, c’était indescriptible, je bouillonnais, une nuée ardente, des vomissements.

Ou encore celui-ci de Tabono :

J’ai créé un effondrement entre nous.
Il y a le point chaud et le froid,
entre nous c’est le point froid.
Désormais une fissure entre nous.
Je vomis tous les soirs à force de voir ta tronche.
Tu m’as explosé le cœur comme une éruption.
Tu ne mérites pas de vivre tu es comme un séisme.
Que ne suis-je une fournaise pour te brûler ?
Que ne suis-je une éruption pour enflammer ton sang
Quand je t’aurai tué ?

Lors du 2e atelier, à la manière de Jean Tardieu et ses Formeries (1976), je leur ai proposé d’utiliser les mêmes champs lexicaux dans un poème en forme de dialogue typographique avec deux colonnes, d’un côté l’amour, de l’autre le désamour.

Le doux frétillement des nerfs à cette idée
Légère érosion du cœur

Stimulation des organes sensoriels
Artères et veines ardentes

Transmission des sensations dans tous
le système nerveux
Ébranlement du cœur

Accumulation de sensations positives
Fournaise cardiaque et jaillissements sanglants

Douce nuit de myéline

(Poème de Sacha, un des élèves)

Et enfin, lors de la 3e séance, ils ont écrit un texte inspiré du conte mythologique de Philémon et Baucis, transformés par Zeus en chêne et en tilleul pour rester à jamais ensemble au-delà de la mort. La consigne : imaginer un texte poétique dans lequel on entendrait les deux époux se parler au moment de la transformation.

Cela a donné ce poème de Darius :

L’arbre sentimental
Feuilles sous le vent
Telle une caresse
L’écorce douce
Un mot doux
Brise légère
Sur racine hypocrite
Vague de douleurs
Sur une mer de regrets
La chlorophylle sanguinaire
Un cœur de chêne
Encrée dans la terre
Tel un amour inespéré

Ou ce dialogue d’Emma :

La Femme : Pas un jour sans penser à ta peau douce que j’avais l’habitude d’effleurer aux beaux matins.
L’Homme : Pas un jour sans penser à quel point j’ai la chance de me réveiller pour toujours à tes côtés, frôlant ton écorce éternelle.
La Femme : Nous sommes arbres maintenant, nous ne pouvons plus parler, plus nous déplacer, seulement basculer.
L’Homme : Oui, nous sommes arbres désormais, mais nous avons toujours nos sentiments, nous pouvons toujours nous toucher, nous pouvons nous sentir, nous nous voyons toujours.
La Femme : Nous sommes arbres désormais, immobiles désormais, impuissants désormais.
L’Homme : Oui, nous sommes arbres désormais, mais libres désormais, mais en paix désormais et immortels ensemble désormais.

Ou encore celui-ci d’Abigail :

Je la regardais dans les yeux
et je vis qu’elle se transformait lentement.
A peine j’ai eu le temps de fermer les yeux
que ce en quoi elle se transformait m’arrivait
aussi : ses bras s’allongeaient
et ses doigts devenaient feuilles.
Avant qu’elle soit totalement transformée
je regardai pour la dernière fois
son doux et beau visage avec son
sourire angélique.
Petit à petit elle prit mes mains
avec ses bras de feuillage, son
odeur paradisiaque devenait une odeur forte et enivrante.
Sa peau agréable devenait rigide et rugueuse.
Elle me regarda dans les yeux et dit : "notre amour est immortel".
L’écorce commençait à envahir tout
son visage. En étant transformée elle réussit à se déplacer.
Je me transformai à mon tour.
J’eus l’impression que le monde autour de moi s’arrêtait de bouger.

Maïa Brami - 11 juin 2018
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