Lies Van Gasse | Révolution XVIII & XXI

Traduction du flamand : Kim Andringa



Révolution XVIII

Cette nuit, parmi des poings où pousse de la calotte
et des applaudissements blancs sur nos murs,

je veux chuter comme du verre.

Dénuée de moi je serai vôtre
et dans ma tête un muscle ouvert
qui saisit son bonheur.

Je suis une sauvage qui ignore le chemin
sur cette paroi doucement remmaillée.

Mon monde est un aveu de faiblesse.
Dans ces forêts je défriche mon cœur.

Donc cette nuit,
quand des arbres pousseront dans mes yeux
et que chaque branche me fermera,

je planterai mon crayon dans le sable
et dans le monde.

Il y a des formes de progressivité plus douces.
Il paraît qu’après une éternité ça se fane.

Ainsi je suis un nichoir plein de gens
sous de vieilles arches en pierre.

Trois hommes se tiennent sur la rive.
Parfois, les hommes grimpent sur le toit.

Cette nuit je m’enferre
dans l’alphabet de mon souvenir

et j’ai beau vouloir tomber doucement,
il n’y a pas de filets.

Les lignes sont un adieu à ce qui était ouvert
et enferrée dans le centre

je peux bien cacher quelque chose,
mais pas ces dernières terres arables.

Je veux être libre à l’intérieur,
cette nuit encore.
Et respirer, recommencer.



Révolution XXI

Ce matin, en refaisant surface après des années,
mes cheveux étaient mouillés,
des écailles poussaient sous mes aisselles.

La chaleur reposait sur la peau
comme un faux accord.
Les pupes étaient à découvert.

Des asticots rongeaient mes doigts
et la croissance prenait du temps.

Lorsque mes yeux s’ouvrirent aussi,
le soleil se leva. Des crapauds se turent soudain.

Je faillis regretter.

Il y avait un rideau qui me coupait la vue
et mes nageoires aspiraient.

Je n‘avais rien appris, mais ce printemps
me donna des branches mortes et un doux marécage.
Cela me suffit.

Je me disais que même les plus gros poissons
aspirent la douleur, que la terre la plus douce est navigable.

Je me disais que là où les fins se touchent
plus rien ne veut dire quoi que ce soit.

Il y a de drôles de courants en nous,
qui nous tirent vers les hauteurs et les profondeurs,

mais après des années de lenteur nous débordons vite.

Nous voguons vers la fin.
La faim tiraille.

Je suis un mât qui capte des mots,
les cordes dures, mais tendues.




Lies Van Gasse est une poète et artiste belge flamande née en 1983. Son premier livre Hetzelfde gedicht steeds weer (The same poem over and over again) a été publié en 2008. Elle a publié ensuite Brak de Waterdrager (Broke the Water Carrier) (2011), M (2012) et Wenteling (Revolution) (2013). Son travail graphique a fait l’objet de nombreuses expositions.

12 juillet 2018