Christophe Marchand-Kiss | (attente, si regard)




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rit lui aussi, doigts pianotant sur le volant, la portière de la dyane ouverte, par ces chaleurs, pas un souffle de vent, ne transperce pas les dunes, demeure en retrait, respectant ce monde immobile, la volonté arbitraire de la poussière, recouvre la route, s’amoncelle sur les bas-côtés, puis au-delà, édifie des monticules, absorbe les maisons, aplatit les formes, ou donne du relief, ils ont emporté le parasol, des paniers remplis de serviette éponge, de crème à bronzer, d’une bouée et d’un seau, d’un goûter pour l’enfant, quelques livres, chapeaux et casquettes, le coffre est plein, rit, se souvient des chants en andalousie, dans les virages, et elle, ne va pas si vite, son mal de tête, progresse à mesure des cahots, il n’a rien dit, s’est mis à parler, les roues dérapent si près du ravin, enfin le passé, rit tout de même, s’attend à la vue du bac, et de setubal au fond, et lui, il aura marché le long de la route, les yeux clignent, un hôtel apparaît et disparaît, il mesure le temps, le sépare d’un parking imaginaire, ose de grands pas, s’arrête pour redresser la bretelle de son sac,



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dirait non,
soupire entre les mots, le café brûle, où a-t-il mis le, ceci à travers cela, la table encombrée, doigts et coudes, tasses, figues et pain perdu, beurre, confitures, ceci pour moins que cela, le chant, triste, monte de la chambre, à l’étage, emplit bientôt l’escalier, la température ce matin sous abri est de 24°, pas de vent, la sieste l’après-midi, une heure, ou plus, le café emplit les tasses, le chant s’est tu, collé à l’oreille, un engloutissement, qui est-il pour, ne dirait rien, mais dira, le bruit de la chaise, intentionnel, réveille les soupçons, colle aux opinions, si c’était vrai,



Christophe Marchand-Kiss, aléas, (Le bleu du ciel, 2007)

3 août 2018