Philippe Jaffeux l 4’33

4’33’’ soit 273 secondes ou 273 mots prêts à considérer l’action d’une page éclairée par la non-action d’un nombre inaudible + Une opération irrévocable du hasart révèle une forme qui se remplit d’elle-même au moyen d’une addition de mots vides + Le silence d’une salle de concert est perçu comme un bruit accordé à un couvercle de clavier qui s’ouvre et se ferme sur les touches immobiles d’un piano + Une écriture désactivée explore un chaos qui renverse la réalité d’un rectangle sur l’œuvre indéterminée d’un nombre + Des mots détachés d’une volonté s’ouvrent sur des phrases aléatoires pour participer au silence paradoxal d’une expérimentation bruitiste + John Cage reflète l’univers incontrôlable d’un silence sonore qui s’accomplit dans le Wu-Wei l’action de la non-action du taoïsme + La musique d’un silence impossible éclipse l’intervention d’une individualité pour assurer le surgissement spontané de n’importe quel vocable + Des lignes décentrées accueillent l’environnement d’un vide musical en réverbérant le bruit de fond d’une page + Une réaction du hasart supporte la présence accidentelle de bruits qui évoquent une écriture absente + Un échange entre des blancs et des silences apparents entretient le processus d’un nombre irresponsable + Des phrases fugitives rebondissent sur un alphabet inexistant pour se soustraire à l’autorité de l’intellect + La perspective d’un silence extravagant appréhende la situation d’une langue qui accueille l’activité d’un univers imprévisible + Un concert composé par des auditeurs désenclave 273 mots grâce au bruit renversant d’une atmosphère qui nomme un vide créateur + 4’33’’ convoque des accidents au risque de surprendre l’autonomie d’une forme en contact avec l’éloquence du hasart + L’énergie remuante d’un silence découvre le mouvement d’un nombre de mots qui accède à la volte-face musicale d’une page chronométrée

21 août 2018