Ivar Ch’Vavar, Cadavre Grand m’a raconté…

Le samedi 4 juin 2016 à 18 heures, Ivar Ch’Vavar et Lucien Suel liront des extraits de Cadavre Grand m’a raconté à la Maison de la poésie, Paris.

Cadavre Grand m’a raconté : anthologie de
la poésie des fous et des crétins dans le Nord de la France
d’Ivar Ch’Vavar a paru au Corridor bleu.

Dossier sur Ivar Ch’Vavar, sur Lucien Suel.






Je vais parler d’un livre de 360 pages, constitué de poèmes, proses, fragments de dialogues ou pièces de théâtre, dessins (2 fois), récits de vie (presque 100), tous écrits par un seul auteur (Ivar Ch’Vavar, pseudonyme), sous quatre-vingts hétéronymes. Je vais parler d’un livre dont on ne peut rendre compte, d’un livre monstre — certes —, fou — si l’on veut —, crétin (c’est moins sûr, ou alors d’une crétinerie follement érudite). Les lecteurs qui connaissent Bernanos autant que Brisset, Bloy autant que Rimbaud, le spatialisme de Pierre Garnier, Dubuffet ou Charles Nodier (liste sans fin) seront sans doute moins surpris que les autres, et surtout plus à même de juger de quelle(s) outrance(s) il s’agit là. À le lire vite, l’auteur pourrait être accusé d’à peu près tous les maux — mais ce ne sont qu’outrances de langue : Rimbaud parle en picard, dans Cadavre Grand ! Le livre appelle au djihad — mais c’est au « djihad des gueux » ; on y présente même la fameuse « religion hitlérique », celle des « Grands Nazus », où Hitler est « le Marron d’Inde » et le maréchal Rommel « Ca-Minerve ». Douteux ? Cadavre Grand est simplement l’un des livres les plus inventifs, les plus foisonnants, les plus drôles, les plus déroutants, qu’il m’ait été donné de lire. Il devrait être, pour toute une génération de jeunes poètes et lecteurs amateurs de beautés extrêmes (de Guyotat à Pierre La Police !) et de beautés tout court, une sorte de matrice, une référence, un livre qu’on ne peut pas ne pas avoir eu en main un jour ou l’autre, même s’il est — volontairement — sans service de presse, même si nous devrons compter sur le Net et l’immémorial bouche à oreille pour le faire connaître.

Nathalie Quintane


Illustration de Konrad Schmitt.

Cet article de Nathalie Quintane a paru initialement dans le numéro d’Automne 2005 de la revue.