Roger-Pol Droit dans une récente recension, [1] a trouvé les mots justes pour désigner le dernier livre de Petr Král, paru chez Flammarion : "des voyages de poésie pensante".
Nous y invitent également pas moins de trois préfaciers :
Milan Kundera, qui conclut : C’est une leçon de modestie qu’inflige à notre individualisme cette étrange et belle encyclopédie existentielle de la quotidienneté [2]
Massimo Rizzante, souligne à propos de "La chemise", que l’auteur salue ainsi le visage matinal de cette vieille maîtresse qu’on avait oubliée pendant la nuit : l’existence.
Yves Hersant, quant à lui, nous rappelle que l’amoureux du burlesque [3] est aussi un grand éducateur du regard, que derrière chaque porte, peut s’ouvrir une vita nuova.
Vivant en France depuis 1968, Petr Král, né en 1941, a appartenu au groupe des surréalistes tchèques, dont il a souligné une dimension manquante selon lui : la métaphysique [4] .
Cette réflexion est très présente au coeur de ses livres ; à propos de l’un d’entre eux, publié chez POL en 1991 : Sentiment d’antichambre dans un café d’Aix, Dominique Grandmont [5] a conclu une approche de ce livre et de la poétique de l’auteur ainsi :
C’est cela qu’avec lui l’on voit « dans les miroirs, ailleurs ». C’est cela qui est tangible et dont la vue même nous sépare. « Je ne promets rien », nous dit-il : « je murmure, rien de plus, comme si je répétais ». Mais dès lors le propos se fait plus ample et rejoint ses propres exemples. Comme si les mots s’intégraient enfin à la nature, ou que la littérature était une branche de la Physique. « Rien le fauteuil qui oscille encore un peu/ face à la grande baie déserte ». Car une fois de plus le rien, ce n’est pas le vide, mais bien le souffle le plus profond, peut-être le plus généreux d’un poète qui veut « garder grande ouverte la plaie du réel » et qui conçoit l’art, pour notre plus grand profit, non plus comme une réponse habile à une étude de marché idéologique, mais comme une résurrection ultime de l’espace entier par le geste. C’est là son plus secret pari.
Pendant qu’il est encore temps, partageons - si vous le voulez - "La Terrasse" (p. 155) :
Le doux frisson d’une nappe à la terrasse d’un restaurant repousse brièvement la vague du vide qui nous assaille, le claquement de l’auvent fait tout à coup battre le ciel là-même, au-dessus de notre tête.
A vous de déguster le reste !
[1] Le Monde des Livres du 2 septembre 2005 : "Explorer les failles du monde" (je ne sais si c’est une invite à parcourir le "Supplément" de cette manière)
[2] Un astucieux index alphabétique en fin d’ouvrage conforte cette allure.
[3] Voir KRÁL, Petr. Le mythe et le rituel dans le burlesque de cinéma : Humour et cinéma, (1995), Collection « Humoresques », Paris, Édition Saint-Denis : Presses universitaires de Vincennes.
[4] Voir l’entretien avec S. Druet pour Litur : Petr Král, dialogue au cœur du silence
[5] L’Humanité, 24 avril 1991, VERS UNE UTOPIE NOUVELLE