Ambroise Monod nous avait dit que Théodore...


Ambroise Monod nous avait dit que Théodore jusqu’à la fin de sa vie de marcheur avait habité du côté du numéro 6 ou 8 Quai d’Orléans sur l’île Saint-Louis,

samedi matin 24 octobre, soleil, Vincent, Alain et moi,
on sonne au n°8, un concierge dit que Théodore Monod n’habitait pas là, enfin, il ne pense pas, y a 16 ans que je suis là dit le concierge le monsieur de l’immeuble le plus âgé s’appelle monsieur Dupont c’est lui qui commande tout l’immeuble ici lui il sait peut-être où habitait Théodore Monod, mais c’est l’heure où, comme chaque jour il est parti déjeuner, dans le restaurant, là, juste à côté de l’épicerie de la rue perpendiculaire en face du pont de la Tournelle, en chemin on s’arrête au café du coin, la patronne il y a 20 ans a connu monsieur Monod il s’arrêtait parfois pour boire un café il y a longtemps il y a longtemps non il n’habitait pas dans l’immeuble à côté ni celui d’après pas dans l’immeuble de monsieur Dupont c’est pas son immeuble c’est pas celui d’à côté je connais tout le monde dans son immeuble le restaurant de monsieur Dupont c’est chez mon collègue à l’angle monsieur Dupont c’est un monsieur vous verrez qui a les cheveux blancs avec une canne mais y a longtemps je le voyais monsieur Monod mais pas souvent pas souvent mais de temps en temps on le croisait dans l’île il devait habiter plus loin sur le quai vers le 14 ou le 16 ; avant le restaurant il y a l’antiquaire il ne connaît pas monsieur Monod, le restaurant à l’angle est fermé le samedi, un peu plus loin rue des Deux Ponts, un autre resto, la serveuse 55 ans environ yeux bleus cheveux gris ancienne infirmière, oui là où elle travaillait Théodore venait chaque année à l’hôpital Diaconesses au moins une fois par an au séminaire il donnait des conférences parce que c’était un protestant il serrait la main à tout le monde humble aimable il avait une vraie gentillesse tout le monde connaissait un peu sa vie ce qu’il faisait il jeûnait depuis au moins 30 ans tous les vendredis quand il venait à l’hôpital tout le monde disait ah monsieur Monod est là non je ne savais pas qu’il avait habité par ici il est mort du côté de Versailles dans un hôpital là-bas à Claire Demeure et monsieur Dupont est assis à une table il a 94 ans monsieur Dupont, il y a une journaliste qui voudrait savoir si vous avez connu Théodore Monod et à Thonon aussi il habitait à côté de chez moi dit monsieur Dupont il ne veut pas me parler elle insiste un peu la serveuse alors je lui parle un peu à monsieur Dupont oui il a croisé Théodore Monod il n’a rien à nous dire non Théodore n’habitait pas au n°8 plutôt le 12 c’est au 12 qu’il habitait je le rencontrais tous les jours je le rencontrais toujours à Paris et à Thonon il avait une maison à côté de la mienne c’est le plus grand des hasards mais on se disait bonjour bonsoir je ne l’ai pas connu on se connaissait parce qu’on était voisins mais je n’ai jamais eu de rapport avec lui je sais qu’il a traversé le désert à pied tout seul pendant cent ans il a vécu à peu près cent ans mais tous ses travaux je ne sais absolument rien j’ai 94 ans alors c’est loin je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider il habitait au 12 mais je ne sais pas du tout qui a pris la suite au 12 ou plus loin en tout cas, non je ne vous dirai pas ce que j’ai fait dans la vie et qu’on me laisse tranquille au revoir monsieur Dupont merci et l’on prend un café au café du coin avant le restaurant et là Lucien D’amato a croisé Théodore Monod il habite sous les toits il est ornithologue il connait tous les oiseaux de l’île Saint-Louis il y avait Maurois aussi dans le quartier et Jean-Claude Brialy j’habite là depuis 1976 y a le Jeu de Paume aussi où il y a eu le fameux serment vous vous appelez monsieur ? capuccino madame ! monsieur D’amato il y a la librairie Thomas une librairie de sciences naturelles là-bas vous savez il y a le bus 67 sur le même trottoir en allant à Jussieu là il y a une boutique il est très âgé le libraire si vous avez la chance de le voir il pourrait vous en dire beaucoup vous descendez le pont là la tour là la tour de Jussieu où ils passent les bus il y a la librairie Thomas c’est là que je le rencontrais quand il dédicaçait des bouquins j’ai vu des documentaires aussi je le voyais dans son désert et tout ça c’était quelqu’un de bien quand même hier j’ai vu quelque chose de beau le film le nouveau film « de glace est le ciel » c’est Claude Lorius il a 80 ans il raconte tout tout ce qui se passe climatique et tout depuis le début c’est toute l’histoire du réchauffement climatique il faut le voir ce film c’est magnifique je faisais de l’ornithologie je suis camarguais moi je suis sous les toits et de temps en temps il y a des pigeons colombes qui viennent passer hier j’ai vu des mésanges noires des mésanges charbonnières de temps en temps il y a des geais des étourneaux la nuit des chauves-souris des fois sur les quais des bergeronnettes printanières y a des étourneaux et puis j’ai vu maintenant il y a des mouettes hier avant-hier des cormorans et des goélands y’a des goélands et puis à Notre-Dame y’a des choucas et puis des faucons crécerelles des pigeons ramiers ah c’est assez riche à Paris et puis des abeilles à Notre-Dame du miel de Notre-Dame du miel de l’Opéra j’avais un oncle à la campagne il avait des ruches mais maintenant c’est délicat ils nous embêtent avec leurs pesticides j’ai travaillé dans l’ornithologie à la campagne je travaillais le bois la charpente l’ébénisterie je fais mes meubles et quand il y a du bois qui reste je fais des petites maisons je les mets chez moi pour l’instant je suis sous les toits c’est un peu accumulé avec les cartons et tout ça je vais au cinéma j’apprends beaucoup de choses je vais au théâtre et tout ça moi j’adore le théâtre j’adore tout ça moi
chez moi j’ai été largué de la famille je suis joyeux je suis plein d’allant mais ils sont trop mécanisés les gens c’est de la folie c’est très dur je vais un peu partout j’adore ça j’aime pas m’ennuyer moi aussi je fais de la poésie et j’ai une amie aussi qui fait de la poésie une ancien mannequin je suis allé à Bruxelles je suis allé l’année dernière pour les premières neiges à la cathédrale il y avait une exposition de crèches internationales y avait la crèche sur la grand place bon on se revoit le 20 novembre ou le 1er décembre je suis Lucien Lucien au revoir bonne journée quand on est trop bien ça va pas j’en ai marre d’être tout seul il faut trouver quelqu’un pour le rayonnement j’arrive pas à avoir un appartement convenable j’ai envie d’écrire j’ai envie de dessiner j’ai envie de composer j’ai envie de travailler ça m’énerve j’arrive pas à me stabiliser mon ami organiste un des organistes de Notre-Dame il s’appelle Vincent aussi ravi de vous avoir rencontré comme ça il y a une coïncidence une suite,
on va au n°12 mais pas de porte d’entrée une porte sur le côté le concierge nous dit que pas du tout Théodore Monod n’habitait pas là mais au premier immeuble là à droite le 14 de vue je l’ai connu oui j’étais tout petit il allait tous les jours au musée de l’homme un jour je l’ai aidé à traverser il était très vaillant mais il ne voyait plus rien il marchait bien et tout mais il ne voyait plus rien
au n°14 il n’y a pas de sonnette on sonne au n°16 une femme nous dit au parlophone qui ? Théodore Monod ? non non, pas ici, au 14, il y a une gardienne il n’y a pas de sonnette vous frappez à la fenêtre à droite de la porte du 14 pour parler à la gardienne oui oui dit la dame du 14 à sa fenêtre ah je sais pas moi je suis gardienne depuis le mois de février je sais pas qui a habité ici, oui il y a des personnes plus âgées, j’ai une dame au 6e étage elle est là depuis 40 ans je peux pas vous donner le numéro sauf si vous attendez que quelqu’un sorte moi je peux pas madame Levardon elle habite là depuis 40 ans c’est la plus ancienne et une autre elle est pas là pour le moment elle est en Bretagne elle va et vient la gardienne elle veut bien sonner à la sonnette de madame Levardon qui veut bien nous recevoir au sixième étage bonjour madame Levardon on est un peu essoufflés on est montés à pied on voulait savoir comment ça se faisait de monter à pied oui oui il habitait ici j’ai même un livre dédicacé de lui j’avais toujours peur qu’il se cogne avec le réverbère tellement qu’il lisait en marchant il était au troisième étage quand il me rencontrait il ne devait pas voir clair il me disait bonjour mademoiselle tout à fait aimable je le connais pas du tout il travaillait au muséum d’histoire naturelle il était chercheur il passait son temps dans le désert voilà toutes les concierges m’ont dit qu’il était gentil y en a une qui trouvait drôle qu’il reçoive les gens avec du lait quand il avait du monde il leur offrait du lait il n’y avait ni alcool ni rien ah oui oui il est resté ici beaucoup d’années je l’ai connu presque tout le temps toujours ici oh oui oui j’ai du connaître sa femme aussi moi je suis là depuis 63 madame Levardon a des bigoudis elle a repris l’appartement de son beau-père qui était surveillant au muséum d’histoire naturelle il leur a fait avoir ce logement qui était à des particuliers qui sont partis à la campagne cet immeuble a été donné par quelqu’un au musée d’histoire naturelle pour louer à un prix décent à des personnes qui travaillaient là-bas au muséum mais maintenant il a été vendu nous sommes des copropriétaires je peux pas vous raconter grand-chose malheureusement j’aurais bien aimé le connaître plus mais enfin il était très… mon beau-père il était surveillant général au muséum il est rentré en 1936 moi j’ai épousé un de ses fils on l’a eu un petit peu disons par protection le logement ah oui moi je m’y plais infiniment « en bien amical souvenir » c’est la dédicace de Théodore pour madame Levardon qui nous lit tout haut la dédicace « pour monsieur et madame Levardon un bien amical souvenir » Théodore Monod octobre 1994 le mari de madame Levardon et son frère jouaient dans le jardin des plantes une fois que le jardin était fermé ils allaient avec le vélo ils ont eu une enfance formidable quand tous les gens étaient partis oui Monsieur Monod allait tout droit on arrive à un rond-point on prend la rue par là on arrive au muséum d’histoire naturelle vous pouvez aussi aller par le quai vous arrivez aussi au muséum une entrée sur la droite là non je pense qu’il prenait plutôt la rue du Cardinal Lemoine sur la fin il voyait plus bien clair moi je travaillais aussi j’avais pas toujours les yeux sur lui hou c’est bien modeste chez moi mon père faisait ces reproductions là les reproductions de Maurice Quentin de La Tour pastelliste mon père c’était pas son métier un grand amateur de peinture musique il m’emmenait beaucoup sur les quais j’en ai gardé le plaisir d’aller fouiller dans les livres et tout ça Mattei le nom de mon papa je suis née à Paris mais j’ai passé ma petite enfance à Limoges à cause de la guerre ensuite j’ai fait plusieurs quartiers de Paris le 17e le 11e le 4e oh je tricote un peu je me suis remise au tricot je ne fais pas grand-chose de formidable mais ça m’occupe il y a un désert miniature sur une table basse des chameaux j’en ai d’autres là-bas plus stylisés ça c’est une pierre de l’Etna on a ramené des pierres chaudes encore mon mari y tenait beaucoup c’est authentique j’ai une cousine en Amérique que je suis allée voir autrement j’ai surtout voyagé en Europe le désert ? ah non non, soif ! j’ai habité rue Jean-Pierre Timbaud 17 ans peut-être donc la maison des Métallos je sais où c’est c’est facile on passe par la rue Turenne mes parents habitaient là 80 rue Jean-Pierre Timbaud vous voyez la boucle est bouclée je connais une ancienne concierge elle l’a connu je la croise parfois dans le quartier elle pourrait vous en dire plus je lui demanderai si monsieur Monod offrait des petits gâteaux avec le lait il recevait toujours les gens chez lui avec du lait il n’y avait jamais d’autre boisson il était simple il disait toujours bonjour et madame Levardon le voyait depuis son 6e étage marcher à pied prendre le pont de la Tournelle chaque matin et se diriger vers le musée d’histoire naturelle tous les matins oui elle connaît une concierge qui connaissait bien Théodore Monod, sur une photo il est écrit passent les jours passent les heures sous le pont de la Tournelle j’ai malheureusement perdu un garçon dit-elle la statue du Christ ça ça vient du Cameroun j’ai une tante qui habitait au Cameroun tout le monde a de la famille un peu partout merci beaucoup madame bonne fin de journée et bonne chance pour votre opération ah oui j’irai à la maison des métallos on prend le chemin de Théo que madame Levardon nous a montré depuis sa fenêtre du 6e étage.
On passe devant le jardin des Plantes et on va manger à la Mosquée de Paris, aux portes de l’Orient, l’homme qui nous sert est berbère il a passé son enfance dans le désert avec des chèvres à les garder et des chameaux et des chamelles il était tout petit il se mettait debout sur une pierre la chamelle au-dessus de sa tête il buvait son lait à même ses mamelles et il m’appelle gazelle et il m’offre une corne de gazelle la vie est belle
et José Marie Bel vendredi soir, celui qui est parti à la recherche de l’arbre à encens, avec Théodore Monod, nous a raconté leur expédition sous 60 ° et le jour où Théodore s’est éteint comme une bougie vous voyez le moment où la flamme de la bougie s’éteint il s‘éteignait il s’éteignait il était presque parti pour toujours parti et pour lui ça aurait été simple cela avait l’air tout naturel pour Théo de s’effacer ainsi dans le désert mais José Marie avait toujours de l’eau froide et du citron avec du sucre Théodore détestait le sucre mais il lui a mis beaucoup d’eau froide sur la tête et puis lui a fait boire du citron sucré et la vie de Théo s’est rallumée comme ça petit à petit petit à petit s’est ravivé au désert brûlant du monde à l’âge de 94 ans…







2 novembre 2015
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