Avril 2015

00-04-15
7 rencontres et + de 15h d’entretien
Contrairement à ce que j’écrivais dans mon dossier, je ne parviens pas à lancer l’opération « un entretien/un poème ». Ça ne prend pas.
Il y a une ir-réconciliation entre le temps de l’échange et l’espace en attente de l’écriture. J’imagine un train traversant la plaine. Je m’imagine dans ce train, ne pouvant traduire le mouvement, le voyage, le ciel, la plaine…

01-04-15
« Quand le changement s’est fait, il reste beaucoup de vrai. »
L’esprit du temps, Hölderlin

02-04-15
Ai entamé/repris quelques poèmes pour le blog de M. SLOOP. Des silhouettes qui ne sont pas liées directement aux entretiens mais, par CONTOURNEMENT, les esquissent.

LA VIEILLE
plus que voûtée cassée
à angle droit
ne peut plus être pilier
cette colonne stable de l’étreinte
dont on est héritier
elle est tombée déchue la vieille
devenue dissemblable
animal d’un autre temps
qui ne voit plus
ni ciel
ni visage
la vieille avance
nuque brisée si têtue
qu’on s’écarte
effrayé écœuré par cette
tortue
qu’il faudrait renverser
pour lui redonner vue
il faudrait
elle devrait
s’arrêter
lâcher prise
tout au moins disparaître
il faudrait pourtant
la remercier d’être là
la remercier de garder place
et d’élargir les bords du vivant
ce peu fondamental qui
nous figure

04 au 11-04-15
Retour sur entretiens – de ce qu’« on » me dit du travail, je laisse émerger quelques impressions :

Centre de tri postal
un hangar battu par les vents
UTOPIE
aussi lourde que les sacs de courriers
peut-être plus
frustration/s’enfuir
solitude
le GRAND SOUCI du réel
un voile entre MOI et tous les POSSIBLES
construire sa vie sur des idées

GEMALTO
passe
circulation contrôlée
corps-sourire détendu
ce point fixe insaisissable où l’on se perd

Ce qu’est un vrai métier
la tête les mains
menuisier boulanger
médecin… un VRAI métier
erreur de chemin – se chercher
apathie et sursaut

le travail n’est pas une FIN EN SOI
« je veux réussir ma vie PERSONNELLE »
« je pressens ce que je dois faire, je bosse à l’INSTINCT »

Question : dois-je m’appuyer sur ce qui fait IMAGE ou sur ce qui PARLE
Question : poésie ou théâtre ? une hybridation ?

11 -04-15
Ce que j’accumule me resserre et me dilate > c’est ce que je ne retiens pas CONSCIEMMENT qui travaille le plus.
Je retiens et oublie.





















Et dans cet oubli, les échanges sont retraités, retenus activement et positivement. J’ignore ce qui provoquera la fission.

12-04-15
Un salon du livre en Bourgogne. La région est jolie en ce printemps naissant mais, quitte à organiser un marché du livre, il me manque veaux, vaches et cochons.
Ennui.
Ce n’est pas mon métier que d’attendre le chaland – qui pour sa part ne me calcule que rarement. Cette attente (avec tout le respect que j’ai des personnes qui viennent demander une dédicace) m’irrite, me renvoie sans que je puisse le maîtriser à un sentiment de gêne, quasi de honte – en tout cas d’absurdité douloureuse. Je pense à A.G., l’un de mes premiers entretiens, qui évoquait le stress gris et acide qui le rongeait lorsqu’il s’ennuyait dans l’atelier Renault de Boulogne-Billancourt. Je ne vois pas de différence entre ce qu’il a vécu et ce que je vis. Le travail « doit » faire sens.

15-04-15
MARELLE - Reims
Ai rencontré un menuisier, le bras en écharpe pour huit mois, qui rabote son impuissance à grands coups de plaisanteries – une coiffeuse devenue, par amour, la partenaire d’un magicien. La vie ne manque pas d’imagination. :)

17-04-15
Échange avec le poète F.C. > il souligne — notre — différence : sa poésie tente de « se coltiner le monde ». Je ressasse la formule. Revisite mon recueil en cours Échopanie. Tenter de restituer la mort, la finitude, aborder le « lieu de l’être » et l’infini des voix qui l’habitent, n’est-ce donc pas se « coltiner le monde » ? Ne serait-ce pas le piège de cette résidence, être "trop vrai" ?
Cette séparation que F.C. marque entre lui et moi ne devrait pas me faire souffrir – POURTANT…

18-04-15
"L’artiste, le vrai artiste, le vrai poète, ne doit peindre que selon ce qu’il voit et ce qu’il sent. Il doit être réellement fidèle à sa propre nature."
C. Baudelaire

Souvenir d’enfance : Un soir de Noël, allongée sur le parquet, les yeux fixés sur les ombres glissant au travers du rai de lumière qui détourait la porte de ma chambre, j’ai volé pour la première fois.

20-04-15
M. SLOOP - Discussion avec Solenne Gautier, attachée commerciale.
D’une anecdote l’autre > une conclusion > la relation auteur/éditeur ne diffère guère de la relation client/entreprise = attente, effort, compromis, in/satisfaction, contrat, angoisse de l’échec, trésorerie précaire…

21-04-15
Echange téléphonique avec Hérem « ce qu’on appelle le travail n’est pas le travail ». Comme à chaque fois, je complète la (longue) liste de ce qu’il serait bon de lire (François Dupuy, [Bruno Jarrosson etc.) ou relire (Correspondances de V. Van Gogh, les carnets de Léonard de Vinci, etc.)

22-04-15
« Pour être habitable, le monde doit être mis en scène par les mots. »
Question : puis-je l’appliquer au « monde du travail » ?
« Le langage dépasse toujours celui qui parle. »
Question : Le travail nous dépasse-t-il ? Si oui, dans quelle situation ?

La fabrique de l’homme occidental de P. Legendre

28-04-15
Échange avec J.G. (éditrice) autour de mon roman Le petit métier. Je dois admettre (et j’admets bien volontiers) que j’ai encore trébuché sur mon besoin de « dire » à la place de mes personnages — comme si j’étais sans cesse dans la PREUVE. Or, un roman ne prouve rien. Une heure plus tard, je vire l’avant-dernier chapitre sans remords – Le petit métier se rééquilibre de suite. Ce qui devait s’écrire accède à son autonomie réflexive.
// avec Pascal Oriot, fondateur de la société OP2 : « J’ai un plan préétabli, une intuition prenant forme, de ce que je dois réaliser et de comment je dois le réaliser. »

23 mai 2015
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