Iceberg de pierre

« Parfois il imaginait que l’immeuble était comme un iceberg dont les étages et les combles auraient constitué la partie visible. Au-delà du premier niveau des caves auraient commencé les masses immergées : des escaliers aux marches sonores qui descendraient en tournant sur eux-mêmes, de longs corridors carrelés avec des globes lumineux protégés par des treillis métalliques et des portes de fer marquées de têtes de mort et d’inscriptions au pochoir, des monte-charges aux parois rivetées, des bouches d’aération équipées d’hélices énormes et immobiles, des tuyaux d’incendie en toile métallisée, gros comme des troncs d’arbres, branchés sur des vannes jaunes d’un mètre de diamètre, des puits cylindriques creusés à même le roc, des galeries bétonnées percées de place en place de lucarnes en verre dépoli, des réduits, des soutes, des casemates, des salles de coffres équipées de portes blindées.(...) »

Georges Perec, La Vie mode d’emploi.

Pour vendre des logements, faire bonne figure, avec un sourire de façade !

Lorsque l’Hôtel du Nord, celui qui joue son rôle dans le film de Marcel Carné, après avoir été entièrement reconstruit en studio par Alexandre Trauner fut transformé en immeuble d’habitation, la façade, donnant sur le canal Saint-Martin à Paris, fut sauvegardée, et le reste démoli. Les touristes sont persuadés d’admirer là un lieu de tournage célèbre, avec la passerelle sur laquelle Arletty déclamait sa réplique « atmosphérique ».

L’architecture serait-elle devenue la simple sauvegarde, à claire-voie, de l’apparence du passé ? La vente de l’immobilier « à la découpe » ressemble, elle aussi, à une image de bulldozer en action (imaginer le son). Car l’architecture peut aller jusqu’à se faire musique comme chez Xenakis.

La partie immergée de l’iceberg recèle sans doute encore quelques surprises...

27 avril 2005
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